Life

Pour les vacances, je reste chez moi

Aurélien Le Genissel, mis à jour le 20.08.2010 à 5 h 58

Ne pas partir à l'autre bout du monde n’est plus ringard. Au contraire, avec leur nom alambiqué, les staycations deviennent de plus en plus tendance. Alors, n’est-on vraiment jamais aussi bien que chez soi?

Des visas / hjl via Flickr License CC by

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Comme toute mode qui se respecte, le phénomène de la staycation vient tout droit des Etats-Unis. Né outre-Atlantique en 2008, ce néologisme, composé des mots «stay» (rester) et «vacation» (vacances), veut rendre compte de cette tendance de plus en plus répandue à rester chez soi pendant les vacances d’été. Une décision évidemment liée à la crise économique de ces dernières années mais qui, petit à petit, peut devenir un vrai choix personnel.

Car le mot recouvre plusieurs réalités selon la culture et le pays où il s’applique. Au Royaume-Uni, on parle de stoliday ou holistay quand les touristes, toujours prompts à envahir les plages du sud de l’Europe, préfèrent partir en vacances dans leur pays. En Italie, le Corriere della Serra avait déjà remarqué, en 2003, que nombreux de ses compatriotes feignaient d’être en vacances alors qu’ils étaient tranquillement chez eux. Le journal avait surnommé cette idée «les vacances-taupe».

Vacances de proximité

En ce qui concerne les Français, plus de la moitié d’entre eux ne devrait pas partir en vacances cet été, selon une enquête de Protourisme. Un chiffre qui ne fait que confirmer la tendance de ces dernières années. Le plus souvent, cela est dû à des problèmes économiques. Pourtant, de plus en plus de jeunes considèrent ce choix (quand il existe) comme un mode de vie. «J’en ai assez de faire la queue dans les aéroports, de me retrouver dans des villes bondées de touristes ou de payer des hôtels hors de prix», explique Sandra, 32 ans et qui travaille dans une agence de publicité. «Je préfère rester chez moi et profiter réellement de mon temps libre», conclue-t-elle.

Une façon de penser en rupture avec l’image des vacances à la française. Comme l’explique Johan Von Sothen, dans la version française de GQ, «les Américains distribuent leur mois d’août tout au long de l’année» tandis que, traditionnellement, les vacances d’été en France font «partie d’un rituel national auquel chacun doit se soumettre pour être un bon citoyen». Mais les choses sont en train de changer. Et les staycations sont de plus en plus hype. Au lieu de partir aux Seychelles ou en croisière, les gens commencent à vouloir rester chez eux. Histoire de profiter de leur maison, de leur appartement ou de leurs proches, toute chose devenue impossible avec le rythme de vie qu’ils ont le reste de l’année.

Home sweet home

Economiser, minimiser son bilan carbone, échapper au stress des embouteillages, des aéroports ou des valises, profiter de son temps, les raisons ne manquent pas pour choisir de rester à la maison. Le cocooning, la nouvelle cuisine du terroir ou le Slow Design marquaient déjà un certain retour de la proximité face à la globalisation. Pourquoi pas en ce qui concerne les vacances? Points positifs : si, cette année, vous avez décidé de rester chez vous, vous aurez échappé, entre autres, en France aux grèves des contrôleurs aériens et à l’arnaque de Saint-Tropez et en Espagne, aux désastreuses conséquences du réchauffement climatique. Sans oublier, pour ceux qui auraient envisager de passer quelques jours aux Baléares, le plaisir de ne pas voir son voisin de chambre sauter directement de son balcon à la piscine de l’hôtel. Une pratique, appelée balconing, qui a déjà fait quatre mort cette année en Espagne

Pour ceux qui sont en manque d’idées, les conseils ne manquent pas pour bien profiter de son séjour à la maison. Les deux principaux étant de casser la routine et de s’octroyer un budget pour bien profiter de ses journées. A partir de là, libre à chacun de voir ce qui lui fait plaisir. S’occuper de son jardin, lire, se payer un bon restaurant, se faire livrer à domicile, faire du shopping, redécorer sa maison, acheter une bonne bouteille de vin… Tous les petits caprices pour rendre les staycations plus agréables sont permis. Et nombreux sont les sites ou entreprises qui commencent à mettre en place des façons d’échanger des idées ou des bons plans.

Tout et n’importe quoi

Les pouvoirs publics ont bien compris qu’une partie de leurs électeurs concitoyens préféraient désormais rester chez eux. Et la réponse a été immédiate. Paris-plage, ciné en plein air (à la Villette ou ailleurs), horaires des musées élargis, marchés nocturnes, concerts gratuits, installations d’art contemporain, spectacles en tous genres… Il suffit souvent d’aller jeter un coup d’œil sur le site web de sa mairie pour choisir une randonnée, une exposition, un événement ou un spectacle. Sachant que les Français dépensent, en moyenne, 1.300 euros pour les vacances d’été, cela laisse augurer quelques belles sorties au musée, au théâtre ou à l’opéra. Quelques exemples franciliens. Pour les amoureux, l’exposition «Emporte-Moi», au MAC/VAL, semble un bon choix. Pour les amateurs de photos, il y a Willy Ronis ou Bruno Serralongue au Jeu de Paume et, pour les plus audacieux, il reste les sculptures inquiétantes et sombres de Peter Buggenhout à La Maison Rouge. Il suffit de chercher un peu et de se motiver comme si l’on était parti à l’étranger. Redécouvrir son quotidien, en quelque sorte.    

Mais il existe d’autres idées. Les plus timides, flémards ou introvertis, pourront toujours faire appel à l’entreprise Rentafriend pour louer un ami avec qui aller faire un tour, boire un coup ou se changer les idées. Selon sa page web, l’offre est déjà opérationnelle en France. Avis aux amateurs. Pour les geeks et autres technophiles, cette période de désert facebookien, de silence twitterien et de disette 2.0 peut aussi permettre de mettre à jour son blog. Oui, celui que vous aviez actualisé le 20 avril dernier. Ou même d’en ouvrir un.

Anticiper la tendance de la rentrée

Et puis, il y a l’éternel sofa. Devant la télé ou l’ordinateur. Quelque peu dangereux (on risque d’y passer trop de temps), mais toujours agréable pour les plus paresseux. D’autant plus que 2010 marque la prise de pouvoir des jeunes cinéastes à Hollywood. En effet, cette génération qui s’est fait connaître à la fin des années 1990-début des années 2000 monopolise les écrans européens et les budgets des grosses productions américaines en ces mois estivaux. Les Nolan (40 ans), Night Shyamalan (40), Natali (41), Aronofsky (41) ou Fincher (48) envahissent les couvertures des magazines avec Inception, Le dernier Maître de l’air et, bientôt, The Social Network. C’est le moment de faire (ou refaire) un tour du côté de leurs premiers films, bien meilleurs que ceux qu’ils proposent maintenant. Rien de mieux que de se pencher sur Memento, Le Sixième Sens, Cube ou Requiem for a Dream (de très grands films) avant la rentrée. Quand on abordera le sujet dans les dîners en septembre, vous pourrez prendre un air blasé en expliquant comment l’industrie hollywoodienne a perverti la fraîcheur de leurs premières œuvres. Tout cela en étant resté bien calé dans votre canapé. Cela changera du mérou de la mer Egée ou des ruines de Pompéi.

Même chose pour les séries. Après avoir vu et revu la fin de Lost, soupesé toutes les théories et compris toutes les références, il est temps de passer à autre chose. Revoyez les vieux classiques comme The Wire, Les Sopranos ou Six pieds sous terre. Sans oublier de remarquer, lors de vos prochaines mondanités, qu’Aaron Sorkin, responsable de la série A la Maison Blanche (que vous aurez aussi revue) est le scénariste de The Social Network, le prochain film de Fincher qui va cartonner, ou que Terence Winter prépare une nouvelle série avec Martin Scorsese himself.  

Si vous vous ennuyez encore après ce tour d’horizon, il ne vous reste plus qu’à trouver une offre de dernière minute et partir pour de «vraies vacances». En ce qui me concerne, il me reste encore beaucoup de choses à faire cet été. Car, moi aussi, je prends des staycations.

Aurélien Le Genissel

Photo: Des visas / hjl via Flickr License CC by

Aurélien Le Genissel
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