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Netanyahou se tourne vers la Grèce

Jacques Benillouche, mis à jour le 19.08.2010 à 7 h 19

George Papandreou et Benjamin Netanyahou Yiorgos Karahalis / Reuters

George Papandreou et Benjamin Netanyahou Yiorgos Karahalis / Reuters

Le premier ministre israélien s’est rendu le 16 août en Grèce dans le cadre d’une visite officielle de deux jours. Il s’agit pour lui de rechercher de nouvelles alliances en Méditerranée et de compenser la fin des relations privilégiées avec la Turquie. Les relations diplomatiques entre Jérusalem et Athènes sont très récentes. Elles remontent seulement à 1990 lorsque les légations diplomatiques ont fait place à des Ambassades. La frilosité des grecs à officialiser leurs relations avec l'Etat hébreu crée en 1948 s’expliquait alors par les liens étroits que la Grèce entretenait avec les pays arabes.

Les relations entre les deux pays étaient en outre compliquées par la rivalité historique existant entre la Grèce et la Turquie qui était alors en excellents termes avec l’Etat juif. Le gouvernement grec avait recherché le soutien israélien dans le conflit avec Chypre mais le ministre de la défense de l’époque avait déclaré en 1998 qu’Israël ne cherchait pas à s’immiscer dans ce conflit et que «la coopération turco-israélienne n'était dirigée contre aucun autre pays

Les relations gréco-israéliennes ont été ainsi presque inexistantes pendant plus de 45 ans pour connaitre un tournant en 1995 lorsque la Grèce a décidé d'accroître son pouvoir de dissuasion vis-à-vis de la Turquie.  Les israéliens ont commencé à se rapprocher des grecs à la mort, en juin 1996, du premier ministre Andréas Papandreou fervent partisan et soutien de l’OLP.

Les liens se sont alors détendus essentiellement sur le plan économique puisque les échanges commerciaux ont doublé entre 1989 et 1995 pour ne plus décoller ensuite durant plusieurs années. En 2009, Israël a exporté pour 295 millions de dollars de produits chimiques et de produits pétroliers vers la Grèce et en a importé pour 201 millions de dollars de ciment, de nourriture et de matériaux de construction.

Un accord de coopération militaire gréco-israélien avait bien été conclu en décembre 1994, bien avant celui avec la Turquie de Février 1996, mais il était mort-né puisque les deux pays ne l’ont jamais activé. La Grèce refusait en effet de s'aliéner le monde arabe tandis qu’Israël avait fait le choix de ménager les turcs. Des manœuvres avaient été planifiées pour la fin de l’été 1997 mais elles avaient été reportées sine die par les grecs sous prétexte que leur marine avait beaucoup à faire à empêcher les infiltrations en provenance d'Albanie. Des tensions étaient même apparues avec le précédent gouvernement lorsque les medias ont révélé que 3 000 tonnes de munitions se trouvaient dans le port privé grec d’Astakos, prêtes à être envoyées en urgence en Israël. Le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) avait alors exigé de mettre fin au transfert d’armes américaines vers Israël.

Or il semble que la Grèce veuille à présent réactiver et consolider son amitié avec les Etats-Unis et avec l’Etat d’Israël. Benjamin Netanyahou est le premier haut dirigeant israélien à se rendre en Grèce. Il le doit au gouvernement socialiste, dirigé par George Papandreou qui lui aussi veut tirer partie des relations devenues difficiles entre la Turquie et Israël et a d'ailleurs exprimé ouvertement sa volonté de se rapprocher de l’Etat juif.

Israël de son côté a besoin de remplacer rapidement la Turquie dans son dispositif militaire méditerranéen notamment car son armée de l’air a besoin d’espace pour les exercices de ses pilotes. Jusqu’alors, la Turquie offrait son espace aérien et ses bases frontalières aux avions israéliens. Dans une sorte de réponse du berger à la bergère, Israël a décidé de prendre le risque d’attiser le ressentiment de la Turquie à son égard en se tournant vers la Grèce.

Le gouvernement Netanyahou est arrivé à la conclusion que, malgré les tentatives d’apaisement entreprises par certains ministres, il n’est plus en mesure de rétablir la confiance avec une Turquie qui a également changé de stratégie diplomatique et ne cherche plus à se rapprocher de l'Europe et des Etats-Unis. Le ministre israélien du Commerce, Benjamin Ben Eliezer, a pourtant rencontré secrètement le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, mais en vain.

Intérêts convergents

Les entretiens de Netanyahou à Athènes couvrent aussi bien les problèmes politiques qu’économiques. Israël ne refuserait pas les bons offices de la Grèce qui a des relations étroites avec de nombreux pays arabes et accepterait de la voir jouer le rôle d’arbitre dans le cadre de discussions avec la Syrie ou les palestiniens. 

Il semblerait que le premier ministre israélien soit aussi allé chercher le soutien de la Grèce face au problème nucléaire iranien si d’aventure Israël décidait d’une frappe contre les installations de ce pays. Les grecs acceptent le droit des iraniens de développer une technologie nucléaire à des fins exclusivement pacifiques sans toutefois modifier leur position en faveur de la non-prolifération d’armes de destruction massive au Moyen-Orient. Netanyahou pourrait tenter une ultime démarche auprès de la Grèce qui soutient l’initiative du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne visant à trouver une solution diplomatique au nucléaire iranien.

La Grèce peut tirer des avantages de ce réchauffement. Elle a d’ailleurs demandé à Stanley Fisher, le directeur de la Banque d’Israël, une aide concrète sur la manière de gérer les dépenses publiques dans une économie en faillite afin d’être en conformité avec les injonctions du FMI. Par ailleurs, les israéliens peuvent intervenir dans le développement du secteur touristique. Plusieurs dizaines de milliers d’israéliens, qui avaient décidé de boycotter la Turquie à la suite de l’incident de la flottille de Gaza, se sont tournés en masse vers les îles grecques au grand dam des hôteliers turcs.

Israël semble avoir trouvé en Grèce un allié de substitution en Méditerranée mais il n'offre pas exactement ce qui a été perdu avec la Turquie: une alliance étroite avec la deuxième armée du Moyen-Orient.

Jacques Benillouche

Photo: George Papandreou et Benjamin Netanyahou Yiorgos Karahalis / Reuters

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