Monde

Trouver une kalachnikov à Varsovie n’est plus chose facile

Frédéric Therin, mis à jour le 14.08.2010 à 8 h 57

Le plus grand bazar de contrebande d'Europe, symbole de la chute de l'empire soviétique, vient de fermer ses portes.

Kalachnikov et autres armes de contrebande Pascal Rossignol Reuters

Kalachnikov et autres armes de contrebande Pascal Rossignol Reuters

On trouvait de tout à Jarmark Europa. Vraiment de tout… Des CD piratés à la vodka frelatée, des vêtements faussement griffés aux armes à feu de tous calibres, le plus grand bazar à ciel ouvert d’Europe était une sorte de caverne d’Ali Baba pour les amateurs d’objets volés, copiés et trafiqués. Contre une poignée de zlotys, d’euros ou de dollars, l’acheteur peu regardant sur l’origine des biens pouvait se procurer tout et n’importe quoi. Ce marché situé très près du centre de Varsovie était devenu un symbole de la chute de l’empire soviétique, un souvenir de l’anarchie qui s’était emparée de la région après l’écroulement du régime communiste. Mais toutes les statues finissent un jour par être déboulonnées et Jarmark Europa a fermé définitivement ses portes le 30 juillet. Le ballon rond lui a donné naissance avant de le condamner à mort…

Ce souk de la contrebande est né en 1989 sur les vestiges du stade abandonné du «10ème anniversaire». Cette enceinte capable d’accueillir plus de 100.000 spectateurs avait été construite en moins d’un an afin d’être inaugurée en 1955, l’année qui marquait la première décennie de régime communiste en Pologne. Pelé a foulé sa pelouse sous les couleurs du Brésil et c’est dans ses gradins qu’un comptable et père de cinq enfants, Ryszard Siwiec, s’est immolé en 1968 au milieu de dizaines de milliers de spectateurs pour protester contre l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie. Quinze ans plus tard, Jean-Paul II rassembla près de 100.000 personnes sur ce site qui fut peu après abandonné.

En louant en 1989 le stade à la société privée Damis, la municipalité de Varsovie voulait permettre aux habitants de la capitale de faire leurs courses sur un marché à ciel ouvert proche du cœur de la capitale. Mais très vite, Jarmark Europa est devenu le cœur battant de tout un tas de trafics. Les premiers vendeurs à installer leurs étals ont été des immigrés vietnamiens. Ils ont vite été rejoints par des africains, des ukrainiens, des russes, des biélorusses, des arméniens, des bulgares, des géorgiens et des tchétchènes. Les commerçants étaient tous contrôlés par des bandes mafieuses. Pendant sa «splendeur» au début des années 90, les 5.000 stands faisaient travailler directement et indirectement près de 70.000 personnes. «Je ne manquais jamais d’y aller quand je passais à Varsovie, sourit un distributeur français. Mais j’emmenais toujours un garde du corps pour me promener entre les étals. C’était complètement fou. On voyait des canons de kalachnikov dépasser des piles de vêtements. Et ces armes étaient à vendre pour une bouchée de pain.» Un reporter de l’hebdomadaire Wprost est ainsi parvenu à rencontrer un trafiquant d’armes quinze minutes après son arrivée dans le bazar. Deux heures plus tard, un «contact» lui proposait dans un catalogue ses «promotions du moment» qui comprenaient notamment des pistolets mitrailleurs allemands et israéliens (MP-5 et Uzi) ainsi que de l’explosif tchèque Semtex qui a longtemps été utilisé par l’IRA en Irlande du Nord. Longtemps, les autorités polonaises ont tenté de mettre fin à ces marchés parallèles.

Car si officiellement, Jarmack Europa générait des revenus annuels de 125 millions d'euros, le bureau central des investigations (CBŚ) estimait que le chiffre d’affaires de ce souk un rien spécial approchait 3 milliards d’euros. Entre 1995 et 2001, la police a poursuivi plus de 25.000 vendeurs et saisit 10 millions de CD et vidéo pirates. Mais les mafias n’ont pas arrêté leurs «petites affaires» pour autant. Un homme parviendra finalement à signer l’arrêt de mort du bazar. Son nom? Michel Platini… Le président de l’Union des associations européennes de football (UEFA) a provoqué la disparition du souk de Varsovie en annonçant, le 18 avril 2007, que le championnat d'Europe de football de 2012 se déroulerait en Pologne et en Ukraine. Le dossier de candidature des deux pays organisateurs prévoyait en effet la construction sur le site du stade du «10ème anniversaire» d’une enceinte flambant neuve. Les trafiquants de tous poils ont donc du partir ailleurs pour continuer leur «business». Les traditions se perdent…

Frédéric Therin

Photo: Kalachnikov et autres armes de contrebande Pascal Rossignol Reuters

 

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