Sports

Déprimé comme un footballeur

Frédéric Therin, mis à jour le 16.08.2010 à 14 h 28

Le football rend dépressif les supporters, mais plus encore les joueurs quand ils prennent leur retraite.

Frank Leboeuf Toby Melville / Reuters

Frank Leboeuf Toby Melville / Reuters

Le football rend dépressif. Les épouses de fadas du ballon rond et les supporters des Bleus en Afrique du sud le savent depuis longtemps. Mais ce qui est moins connu est que le sport le plus populaire au monde donne également le bourdon aux footballeurs eux-mêmes. Ou plus exactement à ceux qui ont arrêté de frapper comme des bruts pour tenter de trouver une hypothétique lucarne et soulever la passion d’une foule en délire. Les héros d’hier semblent bien fragiles en dehors des stades…

Rares sont toutefois ceux qui acceptent de montrer les failles dans leur cuirasse. Hommage soit donc être rendu à Frank Lebœuf. Dans une récente interview accordée à Mazarine Pingeot dans le magazine culturel diffusé sur la Toile intitulé Le Café, l’ancien défenseur de l’équipe de France championne du monde a comparé son départ des pelouses à «une mort». Rien de moins… Et de poursuivre: «Le matin, vous vous levez et vous ne savez plus quoi faire. C’est la dépression, une grosse souffrance. J’ai eu l’impression de suffoquer et un jour vous n’avez plus envie de respirer.» Pauvre petit bonhomme… Le chauve le plus connu du onze tricolore -après Barthez- n’est pourtant pas le seul joueur à avoir plongé dans des abysses vertigineux après son départ à la retraite.

Lorsque le coup de sifflet final de leur ultime match est donné, les footballeurs se retrouvent tout d’un coup maîtres de leur propre vie. Un choc terrible pour des hommes qui ont été couvés et choyés comme des nourrissons depuis leur plus tendre enfance. Les grandes équipes gèrent en effet les moindres détails du quotidien de leur effectif. Le tabloïd britannique Daily Mirror a récemment révélé que Manchester United employait à plein temps un salarié pour régler tous les problèmes matériels des joueurs. Disponible 24 heures sur 24, Barry Moorhouse répare les jacuzzis qui fuient, change les ampoules des appartements privés des champions et trouve un garagiste pour repeindre leurs voitures égratignées. Mais quand vient l’heure de raccrocher ses crampons, tout ce petit monde disparaît. Laissés à eux-mêmes, les stars du ballon rond ont souvent du mal à s’adapter à une vie «normale». Beaucoup deviennent la cible d’escrocs qui leur volent une part non négligeable de leur fortune.

José Touré, qui fut le joueur le mieux payé de l'Hexagone avec un salaire mensuel de 800.000 francs à Monaco, a fini ruiné après quatre mois passés en… prison à Tours. Un autre monégasque, Bruno Bellone, a lui perdu toutes ses économies, soit plus de 5 millions de francs, dans l’achat d’un terrain à Mougins qui se conclura par une faillite. Pendant plusieurs mois, il dormira même dans sa voiture avant de retrouver un emploi. Les anciens champions qui ont gardé leur fortune ne sont pas forcément plus heureux pour autant.

L’adrénaline des grandes rencontres et l’excitation d’être adulées par des milliers de fans leur manquent cruellement. Tous les joueurs disent penser à leur retraite, ce moment crucial de leur vie non plus de joueur mais d’homme. Mais en fait, peu sont réellement prêts à traverser ce tsunami émotionnel. Beaucoup tombent donc dans les plaisirs faciles pour oublier leur présent si triste. Afin de retrouver les sensations de leur passé glorieux, il court après les mirages s’échappant des bouteilles d’alcool. Ils s’accrochent aux lignes tracées par la poudre blanche qui ne les conduira nulle part si ce n’est vers l’abime. Ils se goinfrent pour oublier qu’ils ne peuvent plus croquer la vie comme avant. Les exemples de telles descentes aux enfers sont nombreux. Le flegme britannique, la joie de vivre argentine, la rigueur allemande ou la bonhommie française ne changent rien à la chose…

L’ancien milieu de terrain de Newcastle, Tottenham, Lazio, Rangers, Middlesbrough et Everton, Paul John Gascoigne, a fait les choux gras des tabloïds anglais bien après son dernier match en Premier League. Plus connu sous le surnom de «Gazza», cet ancien international anglais aux 57 sélections a suivi neuf cures de désintoxication pour des problèmes liés à l’alcoolisme, à la boulimie et à des troubles psychiques graves. Dans une interview accordée à Sky News en mars 2009, Gascoigne a avoué boire en moyenne quatre bouteilles de whisky par jour en 2004. Et que dire de Diego Maradona… «El pibe de oro» a vite perdu son image de «gamin en or» avec sa consommation industrielle de cocaïne, ses prises de poids renversantes et son comportement d’enfant gâté et colérique. Les femmes sont aussi un talon d’Achille de nombreux joueurs. Franck Ribéry ne dira pas le contraire. Cette semaine, Lothar Matthäus est devenue une nouvelle fois la risée de toute l’Allemagne. Le Ballon d'Or 1990 multiplie les déboires conjugaux. L’ancien milieu de terrain du Bayern Munich, aujourd’hui âgé de 49 ans, vient ainsi de lancer une procédure de divorce contre sa quatrième épouse âgée de seulement 22 ans après que les tabloïds aient prouvé ses mœurs légères. La vie après le football n’est décidemment pas un long fleuve tranquille…

Frédéric Therin

Photo de Une: Frank Leboeuf Toby Melville / Reuters

 

 

 

 

 

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