Rouler sans conduire avec l'électronique

La multiplication des aides électroniques à la conduite change le rôle du «chauffeur».

Mannequin dans un véhicule avant un crash test Kim Kyung Hoon / Reuters

- Mannequin dans un véhicule avant un crash test Kim Kyung Hoon / Reuters -

Vous roulez, vous conduisez, enfin vous pensez que vous conduisez, en fait vous ne faites rien. Ou presque, faites attention à votre tasse de café, la voiture fera le reste. Vous êtes à 130 km/h sur l'autoroute, bien sûr, vous avez mis le stabilisateur de vitesse, mais un camion se trouve sur votre file et roule a 110km/h, la voiture ralenti et se cale sur la vitesse du balourd qui gêne votre horizon.

Mettez votre clignotant, trivial et décevant, mais c'est indispensable pour que la voiture accepte de changer de file. Si vous n'avez pas mis le clignotant, la voiture pensera que vous tournez le volant imprudemment et vous ramènera dans la file de droite. Vous êtes dans une BMW équipée d'un régulateur actif de deuxième génération et d'un radar qui détecte les obstacles que vous auriez négligé à cause du café.

On connaissait depuis belle lurette la conduite assistée, un basique, l'ABS qui pilote le freinage, il y a eu ensuite le correcteur de trajectoire qui corrige un coup de volant trop agressif compte tenu de votre vitesse et de la stabilité du véhicule, le GPS, trivial, l'allumage automatique des feux qui analyse la luminosité ambiante, le déclenchement, toujours automatique, des essuie-glaces qui ont détecter les premières gouttes de pluie. Au feu, le moteur s'arrête, et repart tout seul.

En fait, la bonne question est: il sert à quoi celui qu'on appelait le chauffeur quand il fallait faire bouillir la marmite des locomotive à vapeur? Le conducteur cède sa place à l'électronique dans le métro, comme à Paris sur la ligne 14. Les pilotes de chasse pourraient céder leur place aux calculateurs des drones et le pilote de ligne confie la sécurité de ses passagers à l'ordinateur de bord.

Soyons ouvert au changement et prenons le volant, en l'occurrence une BMW X6 avec bien sûr une boîte automatique, on ne va pas se fatiguer à passer les vitesses. Il y en a huit au programme avec de simples boutons sur le volant, à la manière des F1, mais laissons faire la voiture. Sortir d'une place de parking devrait être un exercice monstrueux, la voiture ressemble à un hippopotame avec d'énormes roues. Elle ne va pas sortir toute seule, mais elle va vous aider. Des caméras situées tout autour de la voiture retransmettent les images sur un écran vidéo. Un jeu d'enfant.

Dans les embouteillages, l'écran s'allume et joue la vision à 360°. Il faut s'imaginer à deux mètres au-dessus du toit. Vous ne voyez pas seulement qu'il y une voiture devant, ça on la voit très bien à travers le pare-brise. Non, on se retrouve en direct de son pare-choc. Et si une moto approche dans l'angle mort, vous la voyez comme à la télé. Et si votre attention est distraite ou que vous avez abandonné l'écran des yeux, un signal sonore vous prévient. Chez Volvo, le système de freinage automatique, City Safety prendra carrément l'initiative de s'arrêter pour éviter un choc imminent.

Quittez la ville pour les routes de campagne avec option virages. Vous avez l'impression de circuler sur des rails et cela ne s'explique pas uniquement par la taille des pneus. L'électronique embarquée fait tout ou presque. L'assiette, l'équilibre de la voiture semble avoir été confié à Airbus. Et puis, il y a le DCS, pour contrôle dynamique de stabilité, en cas de risque de dérapage, il gère les 4 roues indépendamment l'une de l'autre et gère un préfreinage, aide au démarrage en côte, compensation du fading, la détérioration du freinage prolongé, et la fonction «Soft-Stop» qui gère les freinages légers. Bref, vous pensiez conduire, c'est la voiture qui vous conduit.

Et le plaisir de conduire? C'est selon, si vous êtes attaché à la boîte mécanique 5 vitesses, avec l'accélération façon départ de rallye au feu vert, oubliez. Mais plus personne ne se plaint aujourd'hui d'avoir un ABS. A quand l'éviction du conducteur? General Motors a déclaré qu'elle serait au rendez-vous en 2018. Mais c'était avant la crise... La Rochelle a testé pendant 8 jours des voitures sans conducteurs, des CityMobil, mais c'était il y a deux ans et il faudrait plutôt parler de voiturette.

Bien sûr, tous ces équipements emmènent le prix de la BMW X6 au-dessus des 100.000€, parce que vous n'allez pas mégoter sur la sellerie et les finitions. Mais surtout, les coûts de l'électronique chutant rapidement, la Dacia de base devrait avoir son contrôleur d'assiette et son DCS d'ici 5 ou 6 ans.

Pour avoir le plaisir sans le prix, il reste une solution: louer pour un week-end le SUV qui conduit à votre place.

Philippe Douroux

Photo: Mannequin dans un véhicule avant un crash test. Kim Kyung Hoon / Reuters

 

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L'AUTEUR
Journaliste, ancien rédacteur en chef de Libération et Télérama. Ses articles
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Publié le 17/08/2010
Mis à jour le 17/08/2010 à 10h37
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