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Comment se passe une lapidation en Iran

Christopher Beam, mis à jour le 29.08.2010 à 9 h 30

De la taille des pierres à qui peut jeter la première.

Un tribunal iranien Reuters

Un tribunal iranien Reuters

Plusieurs centaines de personnes se sont réunies samedi 28 août en France, en soutien à Sakineh Mohammadi-Ashtiani, une Iranienne condamnée à mort par lapidation pour adultère et meurtre et dont le sort suscite une vague d'émotion dans les pays occidentaux. Devant ces réactions, l'Iran a réaffirmé avoir suspendu, dans l'attente d'une décision «finale» de la justice, l'application de la peine de mort par lapidation. Mais au fait, comment une lapidation se déroule-t-elle?

D’abord, vous êtes enterré. Le Code Pénal Islamique dit qu’un homme déclaré coupable d’adultère est enterré jusqu’à la taille; une femme, jusqu’à la poitrine.  Si la condamnation est basée sur la confession du prisonnier, selon la loi, c’est le juge présidant le tribunal qui jette la première pierre. Si la condamnation est basée sur le rapport de témoins, ce sont les témoins eux-mêmes qui lancent les premiers, puis le juge, puis les autres - en général d’autres officiels des forces de justice et de sécurité. Les pierres doivent être de taille moyenne selon le code pénal : pas trop grandes pour qu’une ou deux ne suffisent pas à tuer une personne, mais pas trop petites qu’on puisse les appeler des cailloux. En d’autres termes, à peu près la taille d’une mandarine. Toute la procédure prend moins d’une demi-heure. 

Un mince espoir pour les lapidés réside dans le fait que ceux qui arrivent à s’échapper de leur trou voient leur peine commuée. Mais cette règle s’applique uniquement pour ceux qui ont confessé leur crime. (Si vous êtes condamné à la lapidation sur la base de témoignages, s’extirper du trou ne sert à rien.) De toute manière, il est très difficile d’échapper à la punition: les prisonniers sont d’abord mis dans un sac en toile blanche avec leurs mains attachées. 

Les lapidations en Iran étaient publiques par le passé. Entre 1993 et 2000, tout le monde pouvait venir et lancer les pierres. Mais à la suite de cela, un tollé public s’est élevé contre cette pratique et les lapidations sont devenues des affaires privées. Elle ont lieu souvent maintenant à l’intérieur d’un cimetière. En 2002, le principal chef de l’institution judiciaire a même prononcé un moratoire contre les exécutions par lapidation. Mais il s’agissait plus d’une indication qu’un changement de loi, et la pratique de la lapidation s’est poursuivie pendant que les officiels niaient son existence. A l’été 2009, une commission parlementaire a recommandé qu’on abroge la loi autorisant la lapidation, mais le parlement ne l’a pas encore formellement révoquée.  (Vous pouvez regarder le film NSFW montrant une lapidation publique en 1994 ici.)

La loi iranienne décrit trois cas pour lesquels un coupable présumé d’adultère peut être condamné à la lapidation: l’auteur présumé fait lui-même une confession, des témoins attestent de sa culpabilité, ou bien encore le juge prononce la condamnation sur la seule base de sa «connaissance». (Cette dernière est aussi arbitraire que cela en a l’air).  Quand il s’agit de témoignages, un seul ne suffit pas: la cour a besoin de quatre hommes, ou trois hommes et deux femmes.  Si deux hommes et quatre femmes témoignent, l’adultère présumé est seulement passible du fouet.

L’Explication remercie Hadi Ghaemi de l’International Campaign for Human Rights in Iran.

Christopher Beam

Traduit par Holly Pouquet

Image de Une: Un tribunal iranien Reuters

 

 

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