Monde

JM Colombani: Le temps de l'impopularité

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 12.08.2010 à 7 h 04

Aux Etats-Unis, en France, en Allemagne, en Espagne et en Italie, les gouvernants sont impopulaires et le populisme a le vent en poupe.

Barack Obama, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et Silvio Berlusconi au sommet du G

Barack Obama, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et Silvio Berlusconi au sommet du G8 de l'Aquila Alessandro Bianchi / Reuters

Nous vivons le temps de l’impopularité. Le point commun des gouvernements de bon nombre de pays occidentaux est le haut niveau d’impopularité des dirigeants. Barack Obama, pourtant plébiscité lors de son installation à la présidence des Etats-Unis, n’est plus soutenu que par 44% de ses compatriotes  et n’est plus majoritaire que parmi les afro-américains. Angela Merkel en Allemagne, si elle était confrontée aujourd’hui à des élections, serait créditée du plus bas score historique de sa famille politique depuis une bonne trentaine d’années. Jose Luis Zapatero  est, lui aussi, au plus bas, alors qu’il a été réélu il y a à peine deux ans. Quant à Nicolas Sarkozy, il est à des niveaux que peu de ses prédécesseurs ont atteint, à ce stade de leur mandat, et n’est plus majoritaire dans aucune catégorie de la population,  pas même chez les seniors. Enfin, même l’indéracinable Berlusconi, celui qui paraissait devoir résister à tous les scandales -il y en a à peu près un par jour en Italie-  a également lourdement chuté et n’est plus soutenu que par une minorité de ses compatriotes.

Tous ont naturellement un point commun: la gestion de la crise économique. Celle-ci est loin d’être terminée et s’accompagne surtout d’un immense cortège de chômeurs, principal facteur  d’angoisse et d’inquiétude, notamment pour les classes moyennes. Tous avaient un programme commun: la réforme. Ils voulaient, et continuent de vouloir pour la plupart, incarner le parti de la réforme, même si celle-ci s’est trouvée très fortement contrariée par les impératifs de la gestion de la crise. Et même si les Etats-Unis sont encore dans une problématique de relance, on voit bien se mettre en place les mécanismes de retour aux équilibres fondamentaux  qui, dans la plupart des pays, seront synonymes d’effort fiscal, donc de ponctions sur le pouvoir d’achat. Le mieux-être collectif, que représentera la réduction des déficits, résonne surtout comme une promesse de davantage de mal-être individuel, s’agissant, encore une fois, des couches moyennes des salariés et des couches précaires. Autant de raisons qui structurent ces niveaux records d’impopularité.

Tous cependant ne sont pas égaux au regard de la possibilité qu’ils ont de continuer de gouverner. Par ordre de difficulté décroissante, on peut placer en tête Barack Obama. Ce dernier peut certainement s’enorgueillir d’avoir obtenu du Congrès la plus grande réforme sociale qui ait été faite depuis 50 ans, avec la mise en place d’un système de sécurité sociale pour les quelques 40 millions d’Américains qui en étaient privés. Il peut aussi se flatter d’avoir commencé à réglementer Wall Street. Mais il paraît aujourd’hui doublement bloqué: d’une part par la nature des institutions américaines, qui font du Congrès un pouvoir au moins égal, sinon supérieur au sien; et par l’approche des élections législatives de la mi-mandat de novembre prochain, perspective dans laquelle les élus démocrates semblent tétanisés de perdre la majorité au Sénat comme à la Chambre des Représentants. Difficile donc pour lui de continuer d’avancer.

Double difficulté également pour Angela Merkel, désormais contrainte d’obtenir l’aval de l’opposition, car elle n’a plus de majorité au Bundesrat; et sa coalition conservatrice libérale est non seulement très impopulaire, mais antagoniste sur des sujets essentiels comme celui de la fiscalité ou de l’Europe. Entre désormais dans cette catégorie Silvio Berlusconi, qui n’est plus majoritaire en termes parlementaires. Le programme notamment sur le fédéralisme qu’il voudrait voir adopté à la rentrée sera pour lui une épreuve de force décisive. La dissidence du président de l’Assemblée, Gianfranco Fini, et son rapprochement avec les centristes, privent le parti de Berlusconi de la majorité absolue à la Chambre des députés, et le placent dans une situation d’absolue dépendance avec la Ligue du Nord d’Umberto Bossi. Zapatero, lui, a la chance d’avoir face à lui une opposition toujours discréditée et, paradoxe de la situation actuelle, aussi impopulaire que lui. Ce qui lui permet d’avancer sur la voie de l’austérité.

Enfin, Nicolas Sarkozy est, lui, à l’abri des institutions de la Vème République et du sacrosaint «fait majoritaire». Cela lui assure de pouvoir, en toutes circonstances, faire prévaloir le point de vue de la majorité qu’il contrôle à l’Assemblée nationale, via l’UMP.

Tous, enfin, n’ont pas les mêmes chances de s’en sortir ou de rebondir. Ainsi, aux Etats-Unis, Barack Obama est moins impopulaire que ne le furent avant lui, après deux ans de mandat, Ronald Reagan ou Bill Clinton, qui furent tous deux réélus. Angela Merkel bénéficie de l’absence totale de leadership social démocrate face à elle. En revanche, il est clair que l’Italie a commencé d’entrer dans un processus de fin du berlusconisme, qui peut légalement encore durer deux ans. De même, il est désormais quasiment acquis que José luis Zapatero ne sera pas candidat à sa propre succession, à charge pour le PSOE de lui trouver un successeur. Quant à Nicolas Sarkozy, il est, électoralement parlant, dans un rapport de forces  moins négatif que ne le laisseraient penser les enquêtes de popularité, dans le sens que l’écart qui le sépare des candidats possibles de la gauche n’excède pas 4 points de pourcentage, ce qui est, en cours de campagne, un handicap qui laisse le jeu relativement ouvert.

Nicolas Sarkozy, on le sait, axe toute sa stratégie sur la réappropriation par lui-même de l’électorat de la droite sur le thème de la sécurité. Ce faisant, il prend le risque d’accompagner et, peut-être, d’encourager l’autre mouvement de fond qui accompagne, dans nos opinions, l’impopularité des gouvernants, à savoir la tentation de la radicalisation, du durcissement, du repli sur soi, bref du populisme. Ainsi, aux Etats-Unis, Barack Obama doit faire face à la tentative de certains élus républicains de mettre en cause le 14ème amendement de la Constitution, qui établit le droit du sol. La Ligue du Nord, en Italie, a toujours mis en cause l’immigration et polémique sur le thème de la nationalité. Autant de signes de ce populisme ambiant auquel seule l’Allemagne paraît avoir échappé à  travers l’enthousiasme populaire créé par une équipe nationale de football pour la première fois multiethnique. Un peu partout donc, nous sommes entrés dans une zone dangereuse…

 Jean-Marie Colombani

Image de Une: Barack Obama, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et Silvio Berlusconi au sommet du G8 de l'Aquila Alessandro Bianchi / Reuters

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