Questions sur la santé mentale de Chavez
Chavez ne croit pas à l'existence d'al Qaida, que l'homme a marché sur la Lune et laisse une chaise vide lors des Conseils des ministres pour Simon Bolivar.
- Hugo Chavez lors d'une conférence. Jorge Silva / Reuters -
On parle beaucoup, depuis peu, de la nécrophilie politique d’Hugo Chávez, et les récits qui nous sont fait semblent presque trop macabres pour être vrais – mais selon mon expérience personnelle, ils pourraient bien être en dessous de la vérité. Dans la nuit du 16 juillet –précisément à minuit– le «capo» du Venezuela a présidé à une bien sinistre cérémonie: l’exhumation de la dépouille de Simón Bolívar, chef de la révolution contre l’Espagne en Amérique latine, mort en 1830. Dans un article frappant du Washington Post (daté du 25 juillet), Thor Halvorssen nous explique de quelle manière on a exhumé les restes du héros –Chávez en a d’ailleurs fait le récit en direct sur Twitter. Quelques fragments d’os et de dents ont été récoltés en vue d’une analyse en laboratoire. La dépouille a ensuite été placée dans un cercueil frappé du sceau du gouvernement Chávez. Ce dernier s’est alors lancé dans l’un de ces discours par association dont il a le secret; il a par exemple demandé à Jésus de reproduire la résurrection de Lazare; de réanimer le corps de Bolívar. Extrait:
«J’avais quelques doutes, mais lorsque j’ai posé les yeux sur sa dépouille, mon cœur a dit, “Oui, c’est bien moi”. Père, est-ce vous? Et si ce n’est pas vous, qui êtes-vous? La réponse: “C’est bien moi, mais je ne m’éveille que tous les cent ans, quand le peuple s’éveille.”»
La télévision vénézuélienne a pris part à cette bien peu subtile tentative d’associer Chávez à Bolívar, le héros national: on l’a obligée à diffuser des images de Bolívar, des images de la dépouille, puis des photographies du «boss» –Chávez lui-même. Le tout sur fond d’hymne national. On n’avait pas vu cela depuis que les médias nord-coréens avaient dû faire de Kim il-Sung une réincarnation de Kim Jong-il: la volonté flagrante de créer une nécrocracie, une «mausolocratie», où l’héritier se drape dans l’enveloppe charnelle du disparu.
Le cadavre de Simón Bolívar est certes un cadavre comme les autres, mais son héritage pourrait être bien plus fructueux que celui de Kim il-Sung. Bolívar a connu un destin aussi tragique qu’héroïque, ce qui explique pourquoi il est encore présent dans les mémoires; pour mieux comprendre cette fascination, lire Le Général dans son labyrinthe, de Gabriel Garcia Marquez. (A New York, la statue équestre du héros domine toujours l’intersection Avenue of the Americas - Central Park South). Bolivar rêvait de créer les Etats-Unis d’Amérique du Sud. Un espoir des plus minces, mais dans sa lutte sanglante pour le réaliser, il a marqué l’histoire –au même titre que ses qualités de traître, de criminel de guerre et de fornicateur en série, comme on peut le lire dans l’affectueux portrait qu’en fait Marquez.
Durant l’automne 2008, je me suis rendu au Venezuela à l’invitation de Sean Penn, qui entretient une chaleureuse amitié avec Chávez. L’excellent historien Douglas Brinkley était aussi du voyage. Le séjour fut des plus agréables: nous voyagions à travers le pays dans le jet présidentiel de Chávez; une fois sur la terre ferme, nous le suivions de meeting en meeting. Le «boss» adore parler; il lui arrive de prononcer des discours aussi longs que ceux de Castro. Bolívar est son thème de prédilection; il ne s’en lasse jamais.
Lorsque, simple soldat, il met sur pied un mouvement contestataire –à l’origine d’un coup d’Etat manqué en 1992– ce mouvement porte déjà le nom de Bolívar. Lorsqu’il se tourne –tardivement, mais avec succès– vers la politique, il réunit l’ensemble de ses partisans sous l’emblème du «Mouvement Bolivarien». Depuis qu’il est président, le Venezuela est devenu la «République Bolivarienne du Venezuela»… (Chávez doit parfois regretter de ne pas être né en Bolivie.) On dit qu’il laisse parfois une chaise vide pour Bolívar lors du Conseil des ministres, au cas où le héros déciderait de présider l’une de ces réunions –en attendant, Chávez y règne en maître.
Cette obsession pour le héros national s’est vite manifestée de la plus étrange des façons. C’était un soir, à bord du jet, en plein ciel. Sur le ton de la conversation, Brinkley a demandé à Chávez si sa décision d’acheter un grand nombre de navires de guerre à la Russie ne risquait pas d’être interprétée par Washington comme une violation de la doctrine Monroe. La réponse du «boss» fut impressionnante de rapidité. Il affirma ne pas savoir comment les Américains réagiraient –mais qu’il espérait qu’ils l’interpréteraient de la sorte. «Les tentations impérialistes des Américains sont aussi vieilles que les Etats-Unis. Monroe et Bolívar ont longtemps été en conflit. … Il faut en finir avec la doctrine Monroe.» Sa tirade contre la perfide Amérique gagnant en violence, Sean Penn l’a interrompu pour lui demander si, malgré cette inimitié, il ne se réjouirait pas de l’annonce de l’arrestation d’Oussama Ben Laden.
Le «boss» s’est alors empressé de rejeter cette tentative de cessez-le-feu, et sa rhétorique m’a grandement impressionné. Il nous a expliqué qu’il ne croyait pas vraiment à l’existence d’al Qaida, et encore moins à ce que les médias pouvaient narrer de leurs attentats contre l’Ennemi du nord. «Je ne sais rien d’Oussama Ben Laden qui n’ait pas été passé au filtre de la propagande de l’Occident.» Sean Penn a alors fait remarquer que Ben Laden avait diffusé un grand nombre de déclarations et de vidéos personnelles. Là encore, la réponse de Chávez m’impressionna: on venait de lui jeter une bouée de sauvetage, une chance de retrouver un peu de lucidité, mais il la refusa tout net. Toutes ces soi-disant preuves de l’existence d’al Qaida avaient été montées de toutes pièces par la télévision américaine. Il se fit moqueur: après tout, «il existe bien des vidéos de l’atterrissage américain sur la Lune. Est-ce que cela veut dire que l’alunissage a vraiment été filmé? Dans le film, le drapeau “Yanqui” flotte. Est-ce qu’il y a du vent sur la Lune?» Fort de cette logique implacable, Chávez nous a lancé un sourire triomphal; un embarras soudain gagna mes compagnons –et mit fin à cette conversation.
En d’autres termes, le moment critique approche; Chávez ne devrait pas tarder à annoncer qu’il est un oeuf poché, et qu’il souhaite qu’on lui apporte un grand morceau de toast beurré pour pouvoir s’y allonger et faire une petite sieste. Jugez plutôt: ses fouilles macabres dans le cercueil de Simón Bolívar avaient d’abord pour but de vérifier ses théories; il était certain qu’une autopsie prouverait que le Libérateur était mort empoisonné –sans doute par ces infâmes Colombiens. Ce qui lui permettrait de justifier l’hospitalité que le Venezuela accorde aux FARC, gang de narcotrafiquants engagé dans une activité transfrontalière– ce qui ne facilite par vraiment l’entente régionale.
En septembre 2006, nombreux sont ceux qui ont ri lorsque Chávez a déclaré qu’il pouvait encore sentir le soufre laissé par le diable en personne sur l’estrade des Nations Unies –il faisait alors référence à George W. Bush. Le fait est qu’il a bel et bien un faible pour les formules magiques et les incantations –et qu’il présente plusieurs symptômes de paranoïa et de mégalomanie. Après l’échec de la Gran Colombia de Bolívar (qui a brièvement uni le Venezuela, la Colombie et l’Equateur, entre autres nations) William Henry Harrison, ministre plénipotentiaire à Bogotá et futur président des Etats-Unis, dira de lui: «Sous le masque du patriotisme et de l’attachement à la liberté, il ne nourrit qu’un seul projet: s’investir d’un pouvoir absolu.» La première fois fut une tragédie; aujourd’hui, la tragédie s’accompagne d’une bonne dose de farce.
Christopher Hitchens
Traduit par Jean-Clément Nau
Photo: Hugo Chavez lors d'une conférence. Jorge Silva / Reuters
Mis à jour le 09/08/2010 à 12h34












































1- "Thor Halvorssen nous explique de quelle manière on a exhumé les restes du héros" (cf. Bolivar). Soit,c'est un point de vue. Ce brave type a certes fait partir les espagnols du territoire sud-américain mais il est aussi un brave nationaliste, anti-impérialiste, choses qu'il partage avec Chavez. Il ne faut pas oublier que Bolivar fut un dictateur au Pérou ... Mais que dis-je ?! J'oubliais qu'ils aiment bien les dictateurs ces américains ! Je noterai simplement qu'ils ont armé ce gentil Pinochet pour faire un tout petit coup d'état au Chili. Salvador Allende, président alors en fonction, se suicida. Que dire de cet homme ? C'était un Grand, un socialiste, avec une vision du monde idéaliste ... Mais les intêrets financiers d'une nation autre prévalèrent au bonheur du peuple...
2- "Sa tirade contre la perfide Amérique gagnant en violence, Sean Penn l’a interrompu pour lui demander si, malgré cette inimitié, il ne se réjouirait pas de l’annonce de l’arrestation d’Oussama Ben Laden." Oh ! Sournoisie que voilà. Monsieur Penn, sachez simplement que l'on peut être anticapitaliste, fermement opposé à la doctrine impérialiste américaine qui installe dans le monde les dictateurs de demain. Fermement opposé aux spéculations sur les produits de nécessité première. Fermement opposé à l'utilisation des enfants (cf. N***, vous aurez compris). Fermement opposé aux guerres d'intêret pétrolier véritable, démocratique officiellement (certes, Sadam Hussein était un dictateur irakien, mais pourquoi ce pays en particulier alors que bien d'autres souffres du joug d'un dictateur plus puissant encore ? Sa richesse pétrolière). Et tout celà sans être pour autant en accord avec le personnage d'Ousama Ben Laden, on peut être d'accord sur l'idée mais pas sur les moyens. Et je ne cautionne pas les pratiques barbares de cet homme.
3- "il existe bien des vidéos de l’atterrissage américain sur la Lune. Est-ce que cela veut dire que l’alunissage a vraiment été filmé? Dans le film, le drapeau “Yanqui” flotte. Est-ce qu’il y a du vent sur la Lune?" Non là c'est juste par simple plaisir. Owned monsieur Penn.
Bref, moquez vous des politicards ils le méritent bien, mais n'en profitez pas pour faire passer en douce une idée d'Etats-Unis majestueuses, d'un capitalisme idéaliste (moins de riches encore plus riche, plus de pauvres encore plus pauvres). Quand je regarde les résultats dans mon pays je suis désolé, on ferme des usines car les machines viennent remplacer l'homme, sa cadence étant trop lente, on prétend que c'est la Crise, c'est triste et ainsi, mais à côté on se fait des bénéfices records ...
Pour finir relativisons :
-le taux de pauvreté a été diminué de moitié, de 54% des ménages au premier semestre 2003 à 26% fin 2008. La pauvreté extrême a diminué de 72%54. -les inégalités, mesurées par l'indice de Gini, ont diminué officiellement : de 48.1 au premier semesttre 2003 à 40.99 fin 2008. Là encore, les chiffres sont contestés, y compris par Elías Eljuri, de l'institut national de la statistique. Les inégalités se sont accrues sous la présidence de Chávez selon d'autres sources non gouvernementales et le coefficient de Gini qui mesure ces inégalités est passé de 44,1 en 2000 à 48 en 2005, alors qu'il diminuait dans -les principaux pays d'Amérique du Sud. -Les dépenses sociales par personne (corrigées de l'inflation) ont plus que triplé sur la période 1998-2006[réf. nécessaire]. Ces mesures sont contestées : En dix ans, la dette publique est tombée de 30.7% à 14.3% du PIB. La dette extérieure a décru de 25.6% à 9.8% du PIB.
Une belle copie de Wikipédia pour la fin, ce n'est certes pas des données forcément sûre ... Mais ce méchant monsieur a quand même fait de bonne chose, un peu quand même. Bon d'accord il est un peu méchant aussi.
[C'était juste pour vous dire que les journaux sont pas des gentils messieurs, non ils obéissent à une idéologie propre.]