Monde

Les primaires américaines sur Facebook et Twitter

John Dickerson, mis à jour le 13.08.2010 à 11 h 08

Les candidats républicains se battent sur les réseaux sociaux.

Sarah Palin lors d'une «Tea Party Express» à Boston le 14 avril. REUTERS

Sarah Palin lors d'une «Tea Party Express» à Boston le 14 avril. REUTERS / Brian Snyder

La prochaine campagne présidentielle des républicains se jouera de nouveaux terrains. Il y aura bien sûr les lieux habituels –l’Iowa, le New Hampshire, les dîners classiques et les dîners Lincoln Day... Mais cette semaine, on nous a rappelé (au cas où nous l’avions oublié) que la course pour être désigné candidat(e) à la présidentielle de 2012 aura lieu dans le monde virtuel. Et à la vitesse grand V. Ces 18 prochains mois, les médias en tout genre diffuseront des informations et des polémiques au sein desquelles les candidats feront passer leurs messages. Mais on ne verra aucun d’entre eux s’exprimer «physiquement».

Une com d’un nouveau genre

Dans ce domaine, il y en a une qui fait très fort, c’est Sarah Palin sur Facebook. Cela fait des mois qu’elle publie des messages sur ce fameux réseau social. Cette semaine, elle a soutenu la candidature de Karen Handel pour le poste de gouverneure de Géorgie, ce qui a suscité une vive réaction chez un des challengers républicains de Handel. Par ailleurs, s’agissant de la résolution de l’association de défense des personnes de couleur NAACP, Sarah Palin a demandé au mouvement du Tea Party de s’opposer au racisme. «L’accusation selon laquelle les Tea Partiers jugent les gens sur leur couleur de peau est infondée et scandaleuse», écrit l’ancienne gouverneure de l’Alaska. «C’est une stratégie régressive destinée à faire diversion et à changer de sujet.»

En politique, il y avait une règle générale: quand on était au cœur d’une polémique, il fallait faire l’effort de venir devant une caméra de télévision. Les choses ont un peu bougé. Le message de Palin a été cité dans presque tous les articles et sujets abordant la résolution de la NAACP, y compris aux JT des chaînes généralistes. (Ces chaînes n’ont pas pu résister à l’énorme audience que génère Sarah Palin.)

Ensuite, Newt Gingrich, qui a récemment annoncé qu’il envisageait sérieusement de briguer la présidence des Etats-Unis, a réussi à se faire voir comme l’homme politique sage, artisan de la paix. Il a proposé sur Twitter que la NAACP et le Tea Party se réconcilient. «La NAACP a créé une merveilleuse opportunité pour le mouvement du Tea Party. Les leaders locaux de ce mouvement devraient lui tendre la main (…) S’ils contactent des branches de la NAACP et leur proposent de co-organiser des réunions locales, un dialogue constructif pourra s’établir.» Trop verbeux, le message de Gingrich manque de punch (il ne tient pas sur un tweet, il lui en a fallu deux). Mais il récupère les points perdus grâce à une espèce de licence non pas poétique, mais «politique»: usage de minuscules inhabituelles et fautes d’orthographe.

Ce mois-ci, Mark Halperin a publié une chronique dans le Time dans laquelle il cite un conseiller anonyme de Mitt Romney qui fustige Palin: elle n’est «pas sérieuse». Cette info a fait le tour de l’univers politique de Twitter, jusqu’à ce que Mitt Romney publie le tweet suivant: «Le Time rapporte que des conseillers ont dénigré Sarah Palin. Des gourdes anonymes. Elle a prouvé son intelligence. Eux ont prouvé leur manque d’intelligence.»

Astucieux comme initiative, monsieur le gouverneur. Il est trop tôt pour se lancer dans une bataille anonyme contre Sarah Palin. Comme l’a dit le conseiller d’un autre républicain qui vise la présidence en 2012 quand il a eu l’occasion de taper sur un autre membre de parti: «notre but est de nous faire des amis». Nous n’avons aucun intérêt à critiquer Palin, qui ne se présentera sans doute pas à la présidence, mais sera certainement en position d’influencer bon nombre d’électeurs. Romney gagne des points au niveau de son style quand il dit «gourde», un choix lexical audacieux pour un candidat qui peu paraître insipide.

Des retombées marginales?

Au final, toutes ces manœuvres sur le Web risquent d’avoir le même effet marginal sur la course à la présidence que les techniques de campagne traditionnelles (affiches placardées dans les rues, par exemple). Il est toutefois évident que les candidats se prennent au jeu et exploitent la Toile pour contourner les médias traditionnels ou donner des informations stratégiques en espérant que les chaînes de télé et les journaux les reprendront sans tarder.

L’inconvénient de ces communications ultra-rapides, c’est qu’on a plus facilement accès à des propos sortis de leur contexte. Exemple avec Gingrich, qui avait descendu en flamme Sonia Sotomayor la traitant de raciste voilà plusieurs mois. Il a dû retirer cette accusation, mais s’il finit par être candidat dans des Etats où une bonne partie de l’électorat est hispanique, la presse et ses opposants le réinterrogeront probablement sur ce tweet.

Dans certains cas, les candidats comme Romney ne démentiront pas des propos que leur prête la presse (sans citer ses sources). Tous les candidats peuvent, à un moment donné, trouver utile de porter des messages de façon anonyme sans devoir les assumer personnellement. Quand c’est le cas et que les journalistes posent des questions, on leur répond que l’intéressé est trop occupé pour donner une interview et qu’il ne peut tout simplement pas répondre à tout ce que disent des sources anonymes. Mais comment ne pas trouver le temps de faire une réponse en 140 caractères? Les candidats auront donc plus de mal à se défiler.

Dans une campagne, le plus important reste l’argent

Ces supports de nouvelle génération ne remplacent pas les bons vieux moyens de communication. Mitt Romney, par exemple, continue de publier des éditos dans le Washington Post. Des articles qui seront lus par des gens qui pensent que Twitter signifie danser le twist. Les candidats disposent donc de nouveaux moyens pour promouvoir leurs idées –et nous disposons de nouveaux moyens pour les évaluer. En politique, rien n’importe plus que les levées de fonds; les sommes sont surveillées de près.

Je vous propose ci-après la liste des comptes Twitter de candidats qui aspirent à succéder à Obama:

Newt Gingrich: 1.308.757 followers (abonnés), 1.925 tweets (messages)
Sarah Palin: 191.164 followers, 347 tweets
Mike Huckabee: 83.297 followers, 1.188 tweets
Tim Pawlenty: 16.464 followers, 235 tweets
Mitt Romney: 14.347 followers, 241 tweets
Haley Barbour: 6.357 followers, 264 tweets
Mitch Daniels: 3.451 followers, 457 tweets

Haley Barbour et Mitch Daniels sont tellement loin derrière que Twitter ne s’est même pas donné la peine de vérifier leur compte, comme le site le fait habituellement pour les stars et les politiques. C’est une petite indication de leur position actuelle dans la course. S’ils veulent vraiment avoir leurs chances d’accéder à la Maison Blanche, ils feront en sorte que leur compte soit vérifié sous peu.

John Dickerson

Traduit par Micha Cziffra

Photo: Sarah Palin lors d'une «Tea Party Express» à Boston le 14 avril. REUTERS / Brian Snyder. 

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