France

Pourquoi Sarkozy se caricature

Thomas Legrand, mis à jour le 09.08.2010 à 18 h 42

Le Président revient à ses fondamentaux qui lui ont permis de conquérir le pouvoir. Mais le garder obéit à une autre logique.

Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux à Grenoble Philippe Wojazer / Reuters

Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux à Grenoble Philippe Wojazer / Reuters

Le projet de déchéance de la nationalité pour des Français de fraîche date (moins de 5 ans) dans certains cas de condamnations graves et cette façon d’évoquer le bon sens populaire et la défense «des honnêtes gens», nous propulse au comble du sarkozysme. Le président revient à ses propres fondamentaux, ceux qui lui ont permis de conquérir le pouvoir.

Le problème, c’est que la méthode et les mots qui permettent de conquérir le pouvoir ne sont pas forcement ceux qui conviennent pour le garder. Cette règle semble particulièrement vraie dans le cas de Nicolas Sarkozy. Le sarkozysme triomphant de 2007, c’est une force de conviction basée sur un discours volontariste qui affirme sa volonté d’action et qui prétend que le «retour du politique» qu’il prône élargira significativement les marges de manœuvre de l’exécutif. Une sorte de «quand on veut on peut» assez efficace après des années de fatalisme, de «on a tout essayé contre le chômage» ou de «l’Etat ne peut pas tout».

Le vocabulaire et les thèmes abordés par le candidat Sarkozy magnifiaient à l’extrême l’action politique jusqu’à confondre parole et action. Les problèmes de sécurité, qui, contrairement aux problèmes économiques et sociaux, semblent plus structurels que conjoncturels et donc pouvoir être réglés par l’action et la réforme (plus de répression pour les uns, plus de prévention pour les autres), offraient un terrain particulièrement propice au discours «performatif» de Nicolas Sarkozy. Un discours performatif est un discours dont les mots sont des actes. Le performatif est le domaine de l’opposition et l’outil de la conquête du pouvoir mais c’est un instrument passablement inefficace dans l’exercice du pouvoir. Je dis donc je fais, c’est parfait pour prendre position, ça ne marche pas pour faire baisser le chômage ou l’insécurité. Quand les résultats ne sont pas là (et en matière de sécurité, ils ne sont pas là), la tentation du discoureur péremptoire qu’a Nicolas Sarkozy c’est de dire plus fort, plus loin… pour que ça se fasse. Mais ce n’est pas en criant à son champ de blé de pousser plus vite qu’on obtient une récolte précoce. L’impression de l’impuissance ne sera que renforcée.

Cela ne fonctionne plus. On ne peut plus promettre comme quand on était dans l’opposition quand on est au pouvoir depuis trois ans. A fortiori, quand on est au pouvoir en matière de sécurité depuis 8 ans. 

La deuxième méthode efficace pour conquérir le pouvoir, mais sans doute mal adaptée à sa conservation, c’est la méthode du clivage. Là encore, le thème de la sécurité est propice à créer un clivage assez caricatural pour que les électeurs se disent «là, il y a vraiment deux positions différentes, là ça vaut le coup de voter». En faisant des propositions sécuritaires, clairement marquées à droite, ouvertement répressives et liées, sans états d’âme, à l’immigration, le candidat Sarkozy de 2007 n’avait pas pour seule ambition de pomper les voix du Front National, il voulait surtout recréer le clivage droite-gauche mobilisateur pour son camp en faisant réagir la gauche. La gauche devait s’offusquer de propositions scandaleuses et liberticides et ainsi apparaître faible face au crime et angélique, donc coupable.

Cette méthode a été efficace et l’outrance en forme d’échos de l’anti-sarkosysme de gauche qui voyait en Nicolas Sarkozy une variation du fascisme new look a largement aidé le candidat de l’UMP à gagner. Quand le Nicolas Sarkozy de 2010 reprend cette méthode en proposant de déchoir certains étrangers de leur nationalité, il ne fait rien d’autre que de provoquer l’opposition pour qu’elle le traite de fasciste. Rien de telle qu’un bon affrontement droite-gauche sur les valeurs pour se requinquer dans les sondages. François Mitterrand actionnait cette manette à merveille avec les thèmes du racisme et de l’anti racisme.

Seulement voilà, ça risque de ne pas marcher cette fois-ci parce que la réaction générale est plus dans le «ça ne marche pas, c’est inefficace, ce ne sont que des mots» que dans le «c’est un scandale, la République est en danger». Martine Aubry, en réagissant sur le mode du «on ne nous la fait plus, je ne vais pas polémiquer», a sans doute trouvé la parade la plus intelligente pour contrer les tentatives agitées et outrancières d’un président aux abois.

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