Monde

Le poids grandissant de l'Iran à Gaza

Jacques Benillouche, mis à jour le 03.08.2010 à 10 h 56

Le régime iranien entend faire du Hamas un allié contre Israël aussi efficace que le Hezbollah libanais.

Un défilé des forces de sécurité du Hamas Mohammed Salem / Reuters

Un défilé des forces de sécurité du Hamas Mohammed Salem / Reuters

Gaza ne désarme pas, bien au contraire. La majeure partie de l’activité industrielle de ce territoire coincé entre Israël et l'Egypte semble consacrée à la fabrication d’armes et tous les moyens sont bons en dépit des blocus israélien et égyptien. L'armée israélienne a ciblé des attaques, le 30 juillet, contre une usine de fabrication de fusées artisanales Qassam entrainant la mort du commandant de la région centre du Hamas, Issa Batran, qui dirigeait le centre de formation d’officiers de Tel Al-Hawa. Les israéliens avaient agi en représailles au tir d'une fusée Grad envoyée la veille en plein centre de la ville d'Ashkelon, n’occasionnant aucune victime mais de sérieux dégâts matériels.

 Conscription obligatoire

Cette épisode intervient après l’annonce d’un projet de conscription obligatoire pour tous les jeunes gazaouis de 18 à 25 ans visant à créer une armée populaire avec deux objectifs: réduire le chômage des jeunes qui s’élève à plus de 45% et préparer une éventuelle confrontation avec les israéliens. Il semble, en fait, que les dirigeants du Hamas craignent surtout aujourd'hui une attaque surprise des forces de l’Autorité palestinienne à travers la frontière égyptienne, le rêve caressé par l’ancien homme fort de Gaza, Mohammed Dahlan.

L’envoi d’une fusée Grad prouve en tout cas à Israël que le Hamas a atteint un niveau technique élevé. Il passe du stade du bricolage local avec les tubes Qassam à l’utilisation de matériel étranger perfectionné, aux spécifications améliorées: distance de tir étendue à 20 kilomètres, trajectoire précise et fiable, explosion assurée à l’impact et tir en salve sur une zone réduite. Le lancement d’une telle fusée depuis Gaza n’a rien d’exceptionnel puisque 90 ont déjà été envoyées depuis le début de l’année. Mais cette fusée prend une signification particulière parce qu’elle est parvenue au Hamas en dépit du blocus. Elle démontre surtout l’implication de plus en plus grande de l’Iran au Proche-Orient. Il est clair qu'un conflit avec Israël à Gaza ou au Liban via les affidés de Téhéran que sont le Hamas et le Hezbollah serait une bénédiction pour Téhéran. Cela permettrait à la République Islamique de détourner l’attention sur ce qu'elle fabrique fébrilement dans les usines enfouies dans les montagnes iraniennes.

Des conseillers techniques venus de Téhéran ont structuré le Hamas à la manière du Hezbollah libanais. Les services de renseignements israéliens ont révélé que le centre de formation des officiers, détruit par les israéliens, avait été entièrement  financé par l’Iran pour plus de 250 millions de dollars. Le gouvernement israélien a ignoré, dans un premier temps, ces informations pour éviter de peser sur la décision de pourparlers directs avec les palestiniens. Certains hommes politiques israéliens critiquent d'ailleurs vertement la retenue de Netanyahou estimant qu’elle n’a rien rapporté sinon une escalade de la violence planifiée par le Hamas pour perturber les pourparlers avec l'Autorité palestinienne.

Soutien aux islamistes palestiniens

L’Iran a clairement favorisé l’émergence de nouvelles forces de sécurité à Gaza, prélude à une conscription nationale, pour s’imposer comme le principal soutien aux islamistes palestiniens et pour éviter de se faire doubler par la Turquie à la recherche aujourd'hui du leadership du monde arabe après fait son deuil d'une entrée dans l'Union Européenne. Téhéran compte à juste raison sur l'impuissance et l'absence de toute volonté des instances internationales sur le réarmement du Hamas. Le ministre de la Défense israélien, Ehud Barak, est revenu bredouille de son périple du 31 juillet à l’ONU. Le secrétaire général Ban Ki-moon lui a fait comprendre qu’il préférait fermer les yeux sur le réarmement à Gaza et même du Hezbollah au Liban.

L’implication de l’Iran dans les rouages de l’administration de Gaza préoccupe en tout cas les dirigeants israéliens. Le rêve des mollahs serait d'ouvrir deux nouveaux fronts, au nord et au sud d'Israël, pour décourager définitivement ceux qui veulent faire dérailler leur programme d'armement nucléaire. Dans une interview à Euronews, le président du parlement iranien, Ali Larijani, vient d’annoncer que l’Iran était devenu une puissance nucléaire disposant de la technologie pour fabriquer l’arme nucléaire et que les sanctions n’auraient d’autres conséquences que de le pousser à intensifier la mise au point de son projet nucléaire. Le parlement vient justement d’adopter une loi qui ordonne au gouvernement de procéder à l’enrichissement d’uranium à 30%.

De leur coté, les israéliens cherchent à convaincre leurs alliés que les sanctions internationales prises par les Etats-Unis et l’Union européenne arrivent trop tard pour avoir un impact sur la fabrication de la bombe atomique islamique. D'autant plus que de nombreux pays sont eux toujours disposés à faire des affaires, notamment dans le domaine de l'énergie, avec l'Iran. Le 26 juillet, un gazoduc de 900 kms, Iran-Pakistan-Inde, a été inauguré à Iranshahr pour transporter le gaz vers l’Asie du sud. L’Iran négocie actuellement la participation de la Chine à ce projet tandis que la Turquie a déjà signé un accord pour se brancher au système grâce à la construction d’un nouveau gazoduc de 660 kms. Le vice-ministre du Pétrole, Hossein Noghrekar Shirazi, a confirmé que la Chine avait investi 40 milliards de dollars dans les secteurs pétroliers et gaziers en Iran: «La Chine participe à des projets en amont, pour un montant de 29 milliards de dollars, et des projets, en aval, notamment, pour la construction d'usines pétrochimiques et de raffineries, pour un montant de 10 milliards de dollars».  

Jacques Benillouche

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Jacques Benillouche (230 articles)
Journaliste
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