France

André Santini est-il à la hauteur du Grand Paris?

Gilles Bridier, mis à jour le 05.08.2010 à 16 h 47

Nicolas Sarkozy a placé le maire d'Issy les Moulineaux à la SGP. Reste à voir si ce dernier pourra transformer le Grand Paris comme il a transformé sa ville.

Nicolas Sarkozy et André Santini lors d'un meeting UMP en 2007 REUTERS

Nicolas Sarkozy et André Santini lors d'un meeting UMP à La Mutualité, le 11 février 2007. REUTERS/ Benoit Tessier

L’Ile-de-France a toujours fasciné l’Elysée. Un Français sur cinq y demeure, 28% de la richesse nationale y est produite et la région arrive au second rang des régions européennes: on ne tergiverse pas face à de tels arguments. Mais avec Nicolas Sarkozy, la fascination a grimpé d’un cran.

D’abord, le chef de l’Etat a voulu placer son fils, d’évidence inexpérimenté, à la tête de la société de gestion et d’aménagement de La Défense (Epad). Le premier centre d’affaires européen, pour faire ses classes… le parachutage du fils n’était pas un si beau cadeau du père, et le projet fut abandonné.

Ensuite, pour structurer l’avenir de la région capitale, le président de la République est passé outre le pouvoir conféré au syndicat des transports (Stif, présidé par le socialiste Jean-Paul Huchon) pour confier à Christian Blanc, nommé secrétaire d’Etat, le soin de façonner une vision que l’Histoire lui attribuerait. La Société du Grand Paris a été créée, mais Christian Blanc trébucha sur un gros paquet de barreaux de chaise payés par les deniers publics, et que des esprits avertis lui lancèrent dans les pieds comme une peau de banane pour avoir refusé de pratiquer la concertation.

On retrouve enfin la patte de l’Elysée derrière l’élection d’André Santini, maire d’Issy-les-Moulineaux, à la présidence du conseil de surveillance de cette Société du Grand Paris (SGD). La fonction aurait dû revenir à Christian Blanc s’il n’avait dérapé. Le problème? Pour que cette élection soit validée, il a fallu que le législateur introduise une dérogation repoussant l’âge maximal d’un président ou d’un vice-président à la date de l’élection à 70 ans (au lieu de 65 ans  pour tous les postes de la fonction publique). Une disposition taillée sur mesure pour André Santini, par ailleurs ex-secrétaire d’Etat à la Fonction publique, qui fêtera son soixante-dixième anniversaire…  en octobre prochain!

Compte tenu du nombre de représentants de l’Etat au conseil de surveillance de ladite société, le résultat de l’élection était acquis par avance. De sorte que les élus de gauche, dénonçant un déni de démocratie, refusèrent d’y participer.

Qu’à cela ne tienne: élu le 21 juillet, André Santini, par ailleurs vice-président du Nouveau Centre et à ce titre faisant partie pour l’UMP des alliés à ménager, préside pour cinq ans le conseil de surveillance de la Société du Grand Paris. Il supervisera les travaux d’un directoire présidé par Marc Véron, ancien… directeur général d’Air France lorsque Christian Blanc était aux commandes de la compagnie. Le monde est décidément petit, surtout lorsqu’il s’agit de la République et des fonctions qu’elle procure. A noter, toutefois, que celle d’André Santini à la SGD n’est pas rémunérée.

Issy-les-Moulineaux, «Medialand» francilien

Le cas Santini n’est pas comparable à celui de Jean Sarkozy, car le nouveau patron de la SGD a déjà beaucoup bourlingué dans la gestion territoriale et l’administration des collectivités. Maire d’Issy-les-Moulineaux, il a transformé une ville vieillissante et sans charme en une agglomération dynamique pionnière dans les technologies de la communication. Au départ, le projet est pragmatique: comment créer de la richesse et de l’emploi? En attirant les entreprises, qui paient la taxe professionnelle et fournissent du travail. Lesquelles? Les entreprises innovantes. Dans les années 80, on pressent que l’internet va révolutionner l’information. Ministre en charge de la communication en 1987 et 1988, André Santini a pu évaluer ce potentiel de croissance. Ce sera le sillon qu’il creusera. 

Aujourd’hui, Issy est devenu un «medialand», selon l’expression du maire. Une dizaine de chaîne de télévision (France 5, Canal+, Arte, BFM, Numericable et France 24…)  s’y sont implantées, tout comme les plus grands noms des télécommunications et de l’informatique (Microsoft, Cisco, Helwett-Packard, Orange, Bouygues Telecom…). Pour séduire Cisco, André Santini a fait le voyage jusqu'à la Silicon Valley pour rencontrer le patron du groupe John Chambers. Pour attirer Microsoft, l’un des derniers arrivés, il fallut être patient et démontrer que, installée dans la zone industrielle concurrente mais plus éloignée de Courtabeuf, la filiale du leader mondial des logiciels s’isolait de ses clients. Le transfert de Microsoft à Issy a symbolisé le succès de Santini.

Pionnier de la e-démocratie

On peut reprocher à André Santini d’avoir préféré dans sa ville le béton et l’acier aux espaces verts. Mais ce travail de pionnier a aussi porté ses fruits. Issy-les-Moulineaux compte plus d’emplois (de l’ordre de 70.000) que d’habitants (63.000 au 1er janvier 2010). Le taux de chômage est un des plus bas de France (4,5% avant la crise). La population a augmenté de 20% en 12 ans, et s’est rajeunie compte tenu du profils des emplois: 2 personnes sur 3 ont moins de 45 ans.

André Santini ne s’est pas contenté de faire venir les entreprises. Il a opéré la mutation de la ville en une e-municipalité. Elle a ouvert la voie en matière de e-démocratie. A Issy, l’accès à  internet est gratuit et la ville s’est lancée dans le haut débit avec des capacités multipliées par 5 depuis mai dernier. Depuis 2001, la création numérique a droit de cité au Cube, centre de rencontres et de conférences, dédié à l’innovation et à la pratique numériques. Et après un retard imputable aux procédures du ministère de la Défense pour céder ses actifs, les travaux du «fort numérique» sont en cours, comprenant la construction de logements dotés en série de tous les aménagements numériques pour favoriser la communication et réduire les consommations d’énergie. Autant de réalisations qui ont porté André Santini à la présidence du Global Cities Dialogue, association internationale créée en 1999 par 12 villes fondatrices et qui regroupe aujourd’hui 200 maires en pointe pour la promotion d’une société numérique durable.

Le bâtisseur au pied du mur

Fort de cette expérience sur Issy les Moulineaux élargie à la communauté d’agglomérations du Grand Paris Seine Ouest regroupant 7 municipalités, André Santini n’est pas le plus mal placé pour rassurer des élus franciliens plutôt malmenés par les méthodes de travail de Christian Blanc accusé de recentraliser les pouvoirs en Ile-de-France en s’affranchissant des institutions. Mais en perdant sa cheville ouvrière, quel sera l’avenir de la Société du Grand Paris et celui de la double boucle de métro automatique devant relier les pôles d’activité de la région parisienne? Pour ses détracteurs, l’élection d’André Santini couronne une carrière et la fonction sera seulement honorifique. Dans ce cas, le Grand Paris pourrait n’avoir été qu’une chimère. Dans le cas contraire, le challenge est énorme. Truculent et coléreux, André Santini aura matière à s’exprimer. Mais il faudra aussi être un bâtisseur… à une autre échelle qu’à Issy-les-Moulineaux.

Gilles Bridier

Photo: Nicolas Sarkozy et André Santini lors d'un meeting UMP à La Mutualité, le 11 février 2007. REUTERS/ Benoit Tessier

 

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