Economie

L'économie européenne n'est pas morte

Gérard Horny, mis à jour le 03.08.2010 à 16 h 07

Après un bon deuxième trimestre, un constat s'impose: l'Europe est vieille, mais pas mourante.

Il y a deux mois, on ne donnait pas cher du Vieux continent; mais il apparaît aujourd’hui qu’elle a eu un bon deuxième trimestre et que la croissance américaine s’essouffle.

Après la crise grecque et ses développements, l’affaire paraissait entendue: ce que l’Europe savait le mieux produire, c’était des déficits publics et des dettes. Pour le reste, ce n’était guère brillant : tandis que l’activité repartait vivement aux Etats-Unis et plus encore dans les pays émergents d’Asie ou au Brésil, l’Europe était durablement condamnée à une croissance molle. Pour les investisseurs industriels ou financiers, le seul mot d’ordre à suivre était très clair: tout sauf l’Europe.

La monnaie européenne se négociait face au dollar à des cours encore supérieurs à ceux qui avaient été enregistrés au moment de sa création en 1999 et pourtant il n’était question que de crise de l’euro, comme s’il était  évident que la situation ne pouvait que se dégrader davantage. Il fallait être vraiment benêt pour ne pas voir que la zone euro était condamnée à l’éclatement ou à l’enlisement!

L'Europe va mieux

Et puis, progressivement, ce sentiment a évolué. Il serait exagéré de parler d’un retournement complet de l’opinion sur l’Europe, mais le sentiment général est aujourd’hui nettement moins négatif qu’il ne l’était il y a un ou deux mois. Les raisons de ce changement sont à rechercher du côté de l’Europe elle-même, qui a pris les mesures adéquates et qui a enregistré des performances économiques relativement satisfaisantes. Elles sont aussi à rechercher outre-Atlantique, où l’activité recommence à perdre de son dynamisme.

La crise grecque avait révélé toute la complexité de la zone euro: non seulement la monnaie européenne n’est pas celle d’un pays, comme c’est généralement le cas, mais d’un groupe de pays et, qui plus est, d’un groupe de pays sans réelle autonomie. Il existe bien un Eurogroupe,  mais les seize pays qui en sont membres ne peuvent prendre seuls les décisions les plus importantes: tout ce qui concerne les institutions européennes et leur fonctionnement doit être discuté et décidé à vingt-sept, au niveau de l’Union.

C’est donc au niveau de l’Union qu’a été décidée en mai la création du Fonds de stabilisation qui pourrait venir au secours d’un Etat en difficulté. C’est un fait: les procédures permettant une action collective en cas de crise sont très lourdes à mettre en œuvre. Là où la fébrilité des marchés exigerait une réponse dans un délai de quelques heures ou de quelques jours, l’Europe ne peut répondre qu’en quelques mois… Mais, en l’occurrence, elle a fait ce qu’il fallait.

Des signaux positifs

Ainsi l’Europe n’a pas éclaté, elle s’est dotée d’instruments lui permettant d’intervenir efficacement au cas où se produirait une autre crise de type grec et la Banque centrale européenne a montré qu’elle était capable de prendre des mesures non conventionnelles s’il le fallait. La zone euro sort de la crise mieux organisée et, en fin de compte, plus forte qu’elle ne l’était. On peut en trouver de multiples confirmations dans l’actualité récente. Alors que certains misaient sur son éclatement, c’est exactement le contraire qui se produit: les événements n’ont pas dissuadé l’Estonie de poursuivre le processus d’entrée dans la zone euro; le 1er janvier 2011, elle sera le dix-septième pays à adopter la devise européenne.

Autre signe de l’apaisement des tensions: l’euro a regagné du terrain face au dollar et s’est rapproché de 1,30$. Ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour la compétitivité des entreprises européennes sur la scène internationale, mais c’est au moins la preuve d’un regain de confiance. Sur le marché obligataire, on constate une détente sur le marché des titres d’Etat émis par l’Irlande, l’Espagne et le Portugal; ce dernier pays a pu lancer le 28 juillet un emprunt à 13 ans dans de bonnes conditions. Même sur la dette grecque la tendance est à l’amélioration.

Quant à la conjoncture économique, elle déjoue les pronostics les plus sombres. La croissance européenne a sans doute connu une accélération notable au deuxième trimestre. On n’aura une première estimation d’ensemble pour la zone euro et l’Union que le 13 août, mais on dispose déjà de plusieurs  indications très positives: hausse de 1,1% du PIB britannique par rapport au premier trimestre, nouvelle amélioration du climat des affaires en Allemagne, où la production industrielle a progressé de 2,6% en mai et où le nombre de chômeurs est revenu en juillet très près de son niveau d’avant la crise, rebond aussi du climat des affaires dans l’industrie en France, etc.

Baisse du pouvoir d'achat

Toutefois, ces performances reposent pour l’essentiel sur l’exportation car la demande intérieure reste faible dans la plupart des pays. Eurostat vient de le confirmer: au cours des trois premiers mois de l’année, le revenu disponible des ménages a baissé dans la zone euro et la hausse des prix a accentué la perte de pouvoir d’achat. Mais, après la chute de son PIB de 4,1% en 2009, la zone euro devrait pouvoir enregistrer une croissance un peu supérieure à 1% cette année, même si, comme on peut le craindre, les troisième et quatrième trimestres sont moins toniques que le deuxième.

Ces résultats assez moyens seraient inquiétants si l’atmosphère était à l’euphorie partout ailleurs. On remarque en particulier un fort retour des incertitudes aux Etats-Unis. L’activité est retombée dans le secteur immobilier dès que les aides de l’Etat fédéral se sont arrêtées et le marché du travail peine à se redresser. La confiance des ménages s’en ressent.

Officiellement, on écarte l’hypothèse d’une rechute, mais la Réserve fédérale ne cache pas son inquiétude face au risque d’une croissance en net ralentissement après une reprise en fanfare au quatrième trimestre 2009. Soyons clairs : nous n’avons pas à nous réjouir des  soucis américains, nous aurions au contraire tout à gagner à avoir des partenaires en excellente forme. Mais les doutes qui s’expriment actuellement outre-Atlantique devraient au moins nous inciter à tirer cette conclusion : contrairement à ce qu’on a facilement tendance à croire ici, l’Europe ne souffre pas de maux qui lui seraient particuliers. Des pays développés dont la population ne progresse plus que lentement (les dernières statistiques d’Eurostat font même apparaître une baisse de la population dans huit pays de l’Union sur vingt-sept) ne peuvent pas se comparer à des pays émergents en phase de rattrapage avec une population jeune et en croissance. Il faut bien l’admettre: l’Europe est vieille. Mais elle n’est pas mourante.

Gérard Horny

Gérard Horny
Gérard Horny (300 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte