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De la technique du lancer de poids

Yannick Cochennec, mis à jour le 31.07.2010 à 16 h 31

Cettte discipline, qui ne défoule pas les passions, a connu une vraie révolution au cours des dernières décennies avec l'avènement d'une nouvelle technique de lancer.

Les championnats du monde d'athlétisme à Berlin en 2009, REUTERS/Max Rossi

Les championnats du monde d'athlétisme à Berlin en 2009, REUTERS/Max Rossi

Dans le stade d’athlétisme et sur nos écrans de télévision, le lancer du poids n’est pas la discipline qui suscite le plus d’intérêt –et le championnat d’Europe de Barcelone ne fait pas exception. Le marteau, le disque et le javelot paraissent, en effet, plus télégéniques et plus spectaculaires, ne serait-ce déjà parce que les engins voyagent sur des distances de plusieurs dizaines de mètres. Alors que les lanceurs de poids semblent confinés à un petit bout de terrain et donnent involontairement le sentiment de disputer une compétition entre eux.

Depuis 1990, le record du monde au poids est la propriété de l’Américain Randy Barnes, auteur d’un jet à 23,12m. Chez les femmes, il faut remonter à 1987 et à la Soviétique Natalya Lisovkaya pour retrouver la meilleure marque de l’histoire avec 22,63m à une époque, il est vrai, où les contrôles antidopage n’avaient pas la même crédibilité et la même efficacité que ceux d’aujourd’hui.

Directeur National adjoint délégué à la Fédération Française d’Athlétisme et ancien responsable des lancers, André Gimenez évoque pour Slate cette discipline méconnue qui, au cours des ans, a fait sa petite révolution avec l’avènement des lancers par rotation au détriment de la technique dite de la translation.

Quelle est la situation du lancer du poids en France?

André Gimenez: On estime la population des lanceurs à 800 ou 1.000 entre les seniors et les jeunes qui font vraiment de la compétition. En termes de recrutement, la situation est plus difficile chez les femmes dans la mesure où demeure un blocage par rapport à l’esthétisme. Contrairement aux trois autres lancers, marteau, disque et javelot, où les athlètes ne sont pas obligés d’être lourds, le lancer du poids requiert des athlètes qui ont une certaine masse. Je rappelle qu’un poids de compétition internationale pèse 7,250kg pour un homme et 4kg pour une femme.

Avec le temps, cependant, les morphologies sont devenues plus harmonieuses…

Pendant longtemps, on a privilégié la carrosserie par rapport au moteur (sourire). Même si la phase de l’éjection du poids avec le bras constitue l’élément le plus spectaculaire et le plus visible, tout ce qui précède est fondamental. En fait, tout part des pieds et des jambes, notamment avec la technique dite de la rotation, et se diffuse par les muscles de gainage avant d’arriver jusqu’au bras. Avec l’évolution des connaissances et de la technique, plus basique jadis, l’harmonisation de la musculature est devenue obligatoire avec un vrai accent porté sur tout ce qui touche à la souplesse puisqu’avec la rotation, il faut être agile et rapide sur le plateau, l’aire de lancer qui, ne l’oublions pas, ne fait que 2,135m de diamètre. Aujourd’hui, chez les hommes, un lanceur bien proportionné mesure 1,95m et pèse 120kg. Chez les femmes, les morphotypes sont un peu plus divers.

Au plus haut niveau, il existe deux manières de lancer le poids. Par translation et par rotation. Pourquoi la rotation est-elle devenue la technique la plus utilisée?

En 1983, lors du premier championnat du monde de l’histoire, à Helsinki, sur les 12 finalistes, un seul lançait en rotation. En 2009, à Berlin, ils étaient huit sur douze. La translation a l’avantage de la sécurité au niveau du placement et de la direction. On a la garantie presque absolue de ne pas mordre en sortant du plateau et on sait que le jet ne se fera pas hors zone du secteur de métrage. Comme les appuis sont plus longs, il est plus aisé de placer sa force avec l’aide du butoir qui fait office de levier, comme ce qui se passe à la perche. Avec la rotation, il est plus délicat de se diriger et donc de placer sa force, mais à l’arrivée, les vitesses d’éjection du poids sont nettement plus grandes.

Quand est née la technique de la rotation?

Le Soviétique Alexandre Baryshnikov a été l’un des premiers précurseurs, technique qui lui a permis de devenir le premier lanceur à franchir les 22m en 1976. Mais il n’a pas été suivi immédiatement. Il y a eu un long temps d’adaptation qui se prolonge encore aujourd’hui. Yves Niaré, notre champion de France en lice à Barcelone, est ainsi passé de la translation à la rotation il y a quelques années. Et cela ne s’est pas fait sans difficulté car l’école française était très ancrée dans la tradition de la translation. Pour vraiment progresser et bénéficier d’un très bon enseignement, il a dû aller aux Etats-Unis, l’une des nations dominantes du poids qui a totalement abandonné l’apprentissage de la translation pour la rotation. Christian Cantwell, le champion du monde en titre, symbolise la réussite américaine en ce domaine.

L’avenir appartient donc à la rotation…

Oui, car c’est dans l’accélération finale que l’on gagne de la vitesse et donc de la longueur. Cela dit, Tomasz Majewski, le champion olympique de Pékin et vice champion du monde à Berlin, que l’on retrouve à Barcelone, est un adepte de la translation avec cette particularité que le Polonais mesure 2,04m et dispose donc d’un énorme levier. Mais c’est dans cette technique de la rotation, encore mal aboutie, que se trouvent les marges de progrès.

Comment savoir si l’on est fait pour être un lanceur de translation ou de rotation?

Si un lanceur spécialiste de la translation, qui s’essaie à la rotation, s’aperçoit qu’il atteint des distances égales ou presque égales à celles qu’il atteint en translation, alors il est conseillé pour lui de passer en rotation parce qu’avec un bon entraînement, il ira forcément plus loin. Mais c’est une mécanique difficile à mettre en place. Un entraîneur peut passer 80% de son temps à se focaliser sur le départ du lanceur, entre la mise en tension et les tours sur le plateau. Pour acquérir cette coordination, le processus peut être long. Mais je le répète, c’est probablement l’avenir.

Propos recueillis pas Yannick Cochennec

Photo: Les championnats du monde d'athlétisme à Berlin en 2009, REUTERS/Max Rossi 

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