France

Pourquoi il n’y a plus de vaccin contre l’hépatite A en France

Jean-Yves Nau, mis à jour le 29.07.2010 à 15 h 44

Cette pénurie sans précédent coïncide avec la forte demande estivale des voyageurs en partance vers des destinations exotiques

Un ouvrier prépare des vaccins contre l'hépatite A, à Pékin.REUTERS/Claro Cortes

Un ouvrier prépare des vaccins contre l'hépatite A, à Pékin.REUTERS/Claro Cortes

L’affaire commence à faire un certain bruit dans les milieux médicaux, chez les pharmaciens d’officine comme dans l’ensemble du secteur des voyagistes: depuis une quinzaine de jours, on ne trouve plus, en France, de vaccins protecteurs contre l’hépatite virale de type A. Une situation d’autant plus problématique que la demande est toujours élevée en cette période de l’année avec les nombreux départs estivaux vers des pays où cette affection sévit sur un mode endémique. Le sujet était ces derniers jours de plus en plus fréquemment évoqués chez les professionnels. Dans les médias généralistes, c’est le quotidien Ouest-France qui, le premier, vient d’en faire état. Et en écho le Dr Alain Fisch, spécialiste hospitalier de médecine tropicale, vient de fournir sur son site les principaux éléments permettant de comprendre les raisons d’une telle situation.

De nombreux facteurs de contamination

L'hépatite A est une infection virale dont la sévérité clinique varie grandement allant (le plus souvent) d'une maladie bénigne qui dure une semaine ou deux à (plus rarement) à une affection gravement invalidante évoluant sur  plusieurs mois. Parmi les symptômes:  fièvre, fatigue, perte d'appétit, nausées, douleurs abdominales, coloration foncée des urines et jaune de la peau. Le virus de l'hépatite A est présent dans les selles des personnes infectées. Ainsi donc c'est souvent en ingérant une substance contaminée par les matières fécales d'une personne infectée que l'on contracte la maladie.

Le virus se transmet plus facilement lorsque les conditions sanitaires et l'hygiène personnelle laissent à désirer. Le virus peut également être transmis au cours de rapports sexuels oraux ou anaux. On peut, plus simplement, contracter l'hépatite A en buvant de l'eau contaminée ou en mangeant des mollusques ou des crustacés crus ou insuffisamment cuits provenant d'eaux contaminées.  C’est dire tout l’intérêt d’une vaccination préventive pour les personnes qui gagnent des destinations exotiques. 

Une baisse subite de la production de vaccins

Ce vaccin était jusqu’à présent commercialisé par deux firmes : Sanofi Pasteur et Glaxo SmithKline (GSK). Sanofi Pasteur a arrêtée il y a quelques mois sa production de Avaxim® et de Tyavax® (vaccin combiné hépatite A – typhoïde) pour des raisons techniques. Quant aux vaccins de GSK :  Havrix® 1440  (pour adultes) et 720 (pour enfants) ils étaient élaborés dans une usine de la multinationale basée à Evreux. «GSK avait décidé sa délocalisation : ceci n’a pas été du goût des salariés, qui se sont mis en grève pendant trois semaines; le travail a été repris le 19 juillet. Mais le retour à la normale est long : il faut reprendre la production, effectuer les contrôles multiples, diffuser aux grossistes répartiteurs qui doivent eux-mêmes acheminer vers les officines», résume le Dr Alain Fisch.  Selon GSK le vaccin Havrix® ne devrait pas être disponible en France avant plusieurs semaines.

Dont acte. Mais quelles conclusions en tirer en pratique selon le Dr Fisch ?

«Il est illusoire, ou tout au moins bien peu utile, de miser sur les précautions alimentaires pour prévenir l’hépatite A ; cela marche correctement pour d’autres maladies (turista, amibes…) mais très peu pour le virus de l’hépatite A omniprésent et très résistant aux agressions physiques et chimiques. Il est également illusoire d’imaginer se faire vacciner à l’arrivée à une destination tropicale : le vaccin contre l’hépatite A n’est pas présent dans les pays dans lesquels la maladie est hautement transmissible, les habitants y ayant contracté le virus dès l’enfance : le vaccin n’y a donc aucune utilité.»

Ce spécialiste recommande toutefois de se rapprocher des CVI (Centres de Vaccinations internationales). Certains pourraient encore disposer de stocks vaccinaux utilisables. Ajoutons que le très coûteux (et non remboursé par la sécurité sociale) médicament anti-paludisme le plus prescrit aujourd’hui, la Malarone®, également fabriqué par GSK, est également en rupture de stock!

«Nous sommes d’accord, GSK ne se conduit pas bien avec ses salariés. Il y a quelques mois, après l’annonce de bénéfices record, plus de 400 salariés de la filiale France furent licenciés ; lesquels, ayant organisé une manifestation, furent dûment et durement bastonnés, résume le Dr Fisch. Ceci étant dit, en tant que médecins, nous ne pouvons que condamner le caractère illimité de grèves allant jusqu’à mettant en péril la vie ou la santé des personnes.»

Jean-Yves Nau

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