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Comment se conçoivent les manèges?

Pierre Laurent, mis à jour le 09.08.2010 à 10 h 33

Sur les attractions, tout (ou presque) est devenu possible: se prendre pour Superman ou tomber en chute libre de 50 mètres. A l'origine de cette démesure, un processus de création complexe et coûteux.

Kings Dominion Theme Park, by David Blaikie via Flickr / CC Licence By

Kings Dominion Theme Park, by David Blaikie via Flickr / CC Licence By

Les fabricants d'attractions rencontrent souvent les responsables des parcs. Sur place, les conversations prennent les allures de brainstorming: l'acheteur peut soumettre ses idées de manège au fabricant. Et inversement. Pour donner un cadre pragmatique à ces échanges, le fabricant demande au parc la cible de l'attraction: sera-t-elle spectaculaire ou familiale? On ne conçoit pas le Silverstar, les plus grandes montagnes russes d'Europe, comme le Splash Battle, un jeu aquatique bon enfant.

Dès lors, le parc dresse les grandes lignes du projet à venir: son emplacement (à l'extérieur ou non?), la longueur et la hauteur du tracé, le confort des passagers (taille minimum?), le système de lancement (propulsion, par chaîne, par ascenseur?), la superficie et la topographie du terrain, le nombre de personnes par rame, le budget disponible, la vitesse désirée, la date d'ouverture au public, l'apparence souhaitée de l'attraction... Dans le cas du fabricant Maurer & Soehne, cette liste prend la forme d'un questionnaire adressé au client.

Si une étude a eu lieu précédemment, le parc peut soumettre au fabricant des documents en trois dimensions, sous format Autocad ou 3D Studio Max. Outre le questionnaire client rempli, Maurer Soehne s'appuie parfois sur ces données numérisées pour lancer le développement du projet.

D'un commun accord

Une fois qu'il a pris connaissance de cette ébauche de cahier des charges, le fabricant met au point une maquette par ordinateur, et donne au client une estimation du coût de l'attraction.

A ce stade, le projet est bien avancé, mais n'est pas encore figé: le parc peut encore demander quelques ajustements, au terme desquels le contrat est signé. S'ensuit alors la conception technique de l'attraction par les bureaux d'études et parallèlement, la préparation du terrain par le parc. Puis l'édification même du projet.

Des tests grandeur nature ont alors lieu, le parc devant bénéficier de l'aval d'une société d'audit (TüV, Securitas...) pour ouvrir l'attraction au grand public. En général, cette ouverture a lieu peu avant la saison phare, l'été, pour des raisons de fréquentation et de marketing.

A l'ancienne

Les productions originales, coûteuses car novatrices, peuvent être profitables. En 2009, le parc allemand Europa Park a battu son record de fréquentation malgré le contexte de crise. Un résultat qu'il doit largement au lancement du Blue Fire, son premier coaster avec des inversions (montagnes russes avec des loopings): en 2009, 54% des visiteurs l'ont testé dont 80% chez les 14-19 ans.

Mais pour de nombreux parcs ou forains, les manèges de cette envergure restent hors de portée. Ainsi, Fraispertuis City -un parc familial situé dans les Vosges (88)- a l'habitude de limiter les coûts en faisant ses propres attractions. Sur place, des connaissances solides en mécanique et en électricité suffisent à réaliser de petites attractions comme les carroussels, les petits trains...

Certains fabricants d'attractions sont d'ailleurs issus du milieu de l'ingénierie civile ou de la mécanique. Arrow Dynamics, fabricant de nombreuses montagnes russes inversées, était au départ spécialisé dans la fabrication de machines outils; le Français Gaston Reverchon, lui, était un ancien carrossier automobile avant de se convertir dans les manèges.

L'art de la reprise ou du recyclage

Mais du carroussel old school au Kingda Ka, le plus haut coaster au monde, le fossé technologique est immense. Et des connaissances solides en pneumatique ou en mécanique ne peuvent égaler les compétences des bureaux d'études, où l'automatisation et les procédés électroniques perfectionnés vont de pair. Le laser est ainsi régulièrement utilisé pour calibrer au plus près les pièces à assembler sur place.

Tout cela a un coût, fort variable selon la taille de l'attraction et la réputation du fabricant. La rareté du modèle, sa qualité et son image de marque influent aussi sur le prix de l'attraction: les Suisses Bolliger & Mabillard ou encore Intamin, très reconnus par leurs pairs, ne font ainsi pas partie des marques les plus accessibles. A l'inverse, l'Italien Far Fabbri est beaucoup plus abordable. Pour un manège neuf, les prix peuvent varier du simple à l'octuple, de 3 à 25 ou 30 millions d'euros. Le Top Thrill Dragster, haut de 121 mètres et fabriqué par le Suisse Intamin, a coûté 25 millions de dollars à son propriétaire, le parc américain Cedar Point.

Mais il s'agit d'une fourchette haute: plus généralement, le prix des attractions s'échelonne de 2 à 10 millions d'euros. Parmi ces attractions relativement plus accessibles, le Nemesis, fabriqué par Bolliger et Mabillard, qui a coûté 10 millions d'euros à Alton Towers, le parc anglais, ou encore le Poséidon qui a coûté à Europa Park la somme de cinq millions d'euros. Le Cobac Parc, situé à Lanhélin (Ille-et-Vilaine), lui s'est contenté en janvier 2010 de 640.000 millions d'euros pour deux manèges plus modestes, avant tout destinés à une clientèle familiale, voire enfantine. Ces sommes, variables selon la taille et la complexité des manèges, restent non négligeables et doivent être ramenées au budget de l'acheteur: des parcs rentables comme Europa Park peuvent plus facilement investir que des nouveaux venus sur le marché...

C'est pourquoi de nombreux parcs ou forains préfèrent acheter d'occasion des modèles plus modestes, ou existants, comme le Miralooping. Ce manège, attraction phare du défunt parc français Mirapolis, a poursuivi sa carrière sous le nom d'Euroloop à Europark, un parc forain situé à Vias (Hérault). Pragmatique, ce recyclage est également courant, notamment lorsque les finances sont limitées.

A la limite du plagiat

Mais cette tendance au mimétisme va plus loin. D'un parc à un autre, on retrouve parfois les mêmes attractions, dont seuls les décors ou certains détails diffèrent (décors, sonorisation, nombre de sièges...). Ainsi, l'attraction allemande Breakdance est devenue un grand classique des fêtes foraines: Blade Runner chez la Safeco, elle devient Crazy Dance sous la marque italienne Far Fabbri ou encore Star Dancer chez Nauta Bussink.

Plus fort encore, le Néerlandais KMG Europe reconnaît que son Speed ride est une copie du Booster ride, fabriqué par l'Italien Fabbri. Seule amélioration notable: un temps d'installation divisé par quatre.

Même les fabricants majeurs, comme Mack Rides, reprennent parfois des modèles existants. Et les combinent parfois. Le Twist'n'Splash, le petit nouveau d'Europa Park, est en fait un mix de deux attractions «maison»: le Tea Cup Ride et le Boat Blaster Ride. Une idée ingénieuse du directeur technique, mais en termes de popularité, rien ne vaut de battre un record de hauteur ou de vitesse. Sans les désormais renommés Silverstar ou le Blue Fire, Europa Park serait-il le premier parc saisonnier au monde?

Pierre Laurent

L’explication remercie Maximilian Röser (Mack Rides), Steve Boney (Maurer & Soehne), Bas Derkink (KMG Europe) et le parc Fraispertuis.

Photo: Kings Dominion Theme Park, by David Blaikie via Flickr / CC Licence By

Pierre Laurent
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