Economie

Une reprise avec ou sans emploi?

Gérard Horny, mis à jour le 27.07.2010 à 17 h 27

Les mesures prises dans la plupart des pays industrialisés dès le début de la crise ont permis d'atténuer l'ampleur du choc sur l'emploi. Il reste à déterminer ce qu'il faut faire maintenant.

Une femme travaillant à l'usine Volvo de Gothenburg, Suède. REUTERS/Bob Strong

Une femme travaillant à l'usine Volvo de Gothenburg, Suède. REUTERS/Bob Strong

En mai dernier (ce sont les chiffres disponibles les plus récents), le taux de chômage a légèrement reculé dans la zone OCDE, revenant en un mois de 8,7 % à 8,6 %. Mais cette timide amélioration s'explique pour l'essentiel par une baisse de 0,2 point de pourcentage dans les deux pays d'Amérique du Nord (à 7,9 % au Canada et 9,5 % aux Etats-Unis). Dans la plupart des pays, la tendance est à la stabilité et quelques hausses ont encore été enregistrées (19,9 % en Espagne, 13,3 % en Irlande, 10,9 % au Portugal). Au total, le nombre de chômeurs se chiffre à 45,9 millions dans les 31 pays de la zone ; il est en augmentation de 14,7 millions par rapport à mai 2008.

Ces chiffres sont là pour nous rappeler à une réalité que l'actualité politique ou sportive pourrait nous faire oublier : l'impact de la récession de 2008-2009 sur le chômage est comparable à celui de la plus grave récession de l'après-guerre, celle qui a suivi le premier choc pétrolier de 1973.

Le plus haut taux de chômage depuis la dernière Guerre Mondiale

Fin 2007, dans les pays de l'OCDE, le taux de chômage était revenu à 5,8 %, son niveau le plus bas depuis 1979, l'année du deuxième choc pétrolier; ce printemps, à 8,7 %, il était monté à son niveau le plus élevé depuis la Seconde guerre mondiale. Encore faut-il souligner que le taux de chômage ne donne qu'une mesure partielle du problème: si l'on comptait les personnes qui restent à l'écart du marché du travail parce qu'elles pensent n'avoir aucune chance de trouver un emploi et celles qui souhaiteraient travailler davantage, il faudrait multiplier ce chiffe par deux.

Cela dit, face au choc économique, tous les pays n'ont pas résisté de la même façon. En règle générale, les pertes d'emplois sont particulièrement fortes parmi les travailleurs du bâtiment, les travailleurs temporaires, les personnes peu qualifiées et les jeunes (ces catégories se recoupent parfois, les jeunes, par exemple, étant nombreux à occuper des emplois précaires).

Il n'est donc pas étonnant que la montée du chômage ait été rapide dans les pays comme les Etats-Unis ou l'Espagne qui avaient connu une bulle immobilière et où l'activité a brutalement chuté dans le secteur de la construction. Mais on voit aussi que les pays ont réagi différemment, selon leurs traditions et leur organisation sociale. Dans trois pays, l'Espagne, les Etats-Unis et la Nouvelle-Zélande, «les employeurs ont été particulièrement prompts à licencier», remarquent les experts de l'OCDE. Dans d'autres pays, notamment au Japon et au Mexique, mais aussi en France, on a essayé de garder la main d'œuvre dans les entreprises, en réduisant la durée du travail (réduction des heures supplémentaires, travail à temps partiel, etc.), quitte à faire chuter la productivité.

Une reprise sans effet sur l'emploi ?

Que va-t-il se passer maintenant ? A dire vrai, on ne le sait pas vraiment, car on des doutes sur la vigueur de la reprise. Le pire scénario serait celui d'une croissance si molle que les entreprises qui ont joué la carte de la réduction du temps de travail de préférence à celle de la réduction des effectifs seraient tout de même obligées de recourir à cette deuxième solution. Et le scénario le plus probable est celui d'une croissance modeste qui ne permettra pas d'améliorer de façon très forte le niveau de l'emploi, notamment dans les pays où beaucoup de salariés ne sont pas employés à temps plein.

Ainsi, selon l'OCDE, «les PIB de l'Allemagne et du Japon pourraient s'accroître de plus de 7 % sans aucune hausse de l'emploi si les heures travaillées par employé et la productivité horaire retrouvent leurs niveaux d'avant la crise».

Pour les gouvernements, la situation sera d'autant plus délicate qu'ils sont confrontés à de difficiles problèmes budgétaires. Ils vont devoir procéder à des arbitrages dans leurs politiques de soutien à l'emploi et d'aide aux chômeurs. Et là, il ne faut pas se tromper.

L'écueil à éviter est que du chômage conjoncturel ne se transforme en chômage structurel, ce qui se produit inévitablement lorsque des personnes restent trop longtemps éloignées du marché du travail; beaucoup de pays ont donc choisi de renforcer considérablement leur service public de l'emploi (le Japon a augmenté les effectifs de plus d'un tiers) pour assurer un meilleur suivi des chômeurs.

Ensuite, il faut essayer de faire porter l'effort là où il peut être le plus efficace. De ce point de vue, les aides générales à l'emploi n'ont guère la faveur des experts, car elles conduisent souvent à subventionner des emplois qui de toute façon auraient été conservés. Il semble que l'on puisse avoir de meilleurs résultats avec des dépenses relativement modestes en stimulant les créations d'emplois. C'est d'ailleurs un sujet fréquemment discuté en France où un grand désaccord règne entre économistes sur la question de notre politique (coûteuse) d'allègement des charges des entreprises.

Les politiques préconisées sont d'inspiration libérale: des procédures de licenciement plus souples auraient l'avantage de ne pas faire porter le coût des ajustements d'effectifs sur les seuls travailleurs précaires et permettraient un meilleur fonctionnement du marché du travail. Mais les experts de l'OCDE estiment aussi que des «allocations de chômage plus généreuses pourraient inciter les entreprises à offrir davantage de postes à haut risque fortement rémunérés (...), ce qui pourrait inciter plus de travailleurs à quitter leurs emplois pour rechercher plus facilement des postes plus intéressants de ce genre».

C'est là probablement que résident les idées les plus intéressantes du moment : préserver les emplois devait être la priorité du début de la crise, en créer de nouveaux devrait être celle d'aujourd'hui.

Gérard Horny

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Journaliste
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