France

Nicolas Sarkozy ajoute de l'angoisse à la peur des Français

François Hollande, mis à jour le 27.03.2009 à 13 h 15

Le chef de l'Etat, coupé des forces vives et désordonné, ajoute de la peur aux angoisses des Français.

Conseil européen à Bruxelles, le 20 mars. REUTERS/Yves Herman

Conseil européen à Bruxelles, le 20 mars. REUTERS/Yves Herman

Avec la crise, l'angoisse est revenue s'installer au cœur de nos sociétés. Fermetures brutales d'usines, montée rapide du chômage, dévalorisation continue des patrimoines, déclassements des statuts individuels, troubles sociaux...

Et aucune information n'est de nature à rassurer. Certes, il y a bien le rebond des bourses après l'annonce du plan américain d'aide aux banques. Mais la direction générale du FMI vient de doucher l'optimisme. La récession est plus grave qu'attendue et elle menace de jeter des millions de personnes dans la pauvreté.

Le Bureau International du Travail confirme ce pronostic et annonce que 50 millions de personnes sont susceptibles de perdre leur emploi en 2009/2010.

L'importance des manifestations en France marque une défiance à l'égard du pouvoir, de ses méthodes comme de sa politique, mais révèle surtout l'ampleur de la peur qui s'est emparée du pays.

Elle touche toutes les catégories sociales. Je ne parle pas de cette infime minorité de nouveaux aristocrates qui redoutent de perdre leurs bonus, leurs stock-options ou leurs indemnités et qui s'accrochent au bouclier fiscal comme la noblesse de l'ancien régime à ses privilèges, mais des cadres qui découvrent la précarité, des commerçants, des artisans, des chefs d'entreprise qui vivent dans la hantise de la fin du mois, des employés, des ouvriers, qui ne savent pas si leur entreprise sera encore là demain. Et que dire des intérimaires sans mission et des chômeurs sans indemnisation ! Enfin, les jeunes qui sont les principales victimes de la crise et qui sont devenus une variable d'ajustement de la protection des générations plus anciennes.

Le pouvoir croit naïvement déceler de l'inquiétude dans les mouvements qui montent et l'exaspération qui diffuse. C'est bien pire. Les Français sont en état d'urgence. Certes, ils savent qu'ils ne sont pas les seuls à connaître cette situation. Les Européens ne vivent rien de différent et les Américains sont nombreux à être, à tous les sens du terme, à la rue. Loin de les apaiser, cette convergence de malheurs les affligent davantage.

Aussi, le premier devoir des gouvernants n'est pas d'en rajouter dans les annonces, les milliards et les promesses. De ce point de vue, Nicolas Sarkozy a définitivement épuisé son crédit: il a fait tellement tourner les têtes que le vertige a saisi jusqu'aux plus sages. Il a supprimé les étalons, les références ou les normes. On croyait les caisses vides, on respectait avec déférence les critères de Maastricht, on appelait au désendettement de l'Etat.

Et voilà que des milliards sont trouvés, sans qu'un trésor n'ait été mis à jour, que le trou de la Sécurité sociale affiche la cote de - 18 milliards d'euros et le déficit de l'Etat plus de 100 milliards. Et l'endettement n'est plus un danger, mais une chance... Allez comprendre!

Non, la priorité n'est pas quelques milliards d'euros de plus ou un nouveau plan pour les jeunes, les seniors, les banlieues ou les campagnes, la restauration ou l'immobilier. Je ne veux pas dire que ces mesures n'ont pas de valeur, d'intérêt et même d'effets. Mais contre la peur, cette agitation désordonnée est regardée comme une fuite en avant, cette escalade de dispositifs de toute nature, comme un fragile château de cartes, cette rhétorique comme l'expression d'une panique.

Ce qui est attendu de ceux qui ont la lourde responsabilité d'affronter la plus grave crise de l'après-guerre, c'est de donner un sens général à l'action autour de l'idée de garantie. Elle a été accordée aux banques et aux épargnants. Elle doit être apportée aux entreprises et aux salariés. Accès au crédit, couverture des aléas économiques, financement des plans de formation, soutien au chômage partiel, préférence pour l'emploi plutôt qu'aux heures supplémentaires, accélération des mises en chantier des plans de relance à l'échelle territoriale.

Et la meilleure preuve de cette mobilisation, c'est le travail collectif, la solidarité, l'entraide.

A cet égard, l'image d'un pouvoir coupé des forces vives, décidant unilatéralement et dont le chef occupe seul la scène, loin de conjurer la peur, la convoque chaque soir à la télévision.

A lire sur Slate, l'article de Jean-Marie Colombani, Il joue gros

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Image de une: Conseil européen à Bruxelles, le 20 mars. REUTERS/Yves Herman

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