Monde

WikiLeaks: les documents ne nous apprennent rien de nouveau

Foreign Policy, mis à jour le 26.07.2010 à 15 h 37

Sauf en ce qui concerne l'Allemagne, ils confirment plutôt des choses que l'on savait déjà sur la guerre en Afghanistan.

Un soldat américain regarde le coucher du soleil depuis l'avant-poste militair

Un soldat américain regarde le coucher du soleil depuis l'avant-poste militaire de Terra Nova dans la vallée d'Arghandab au nord de Kandahar REUTERS/Bob Strong -

Trois médias – le New York Times, le Guardian et Der Spiegel – ont publié dimanche 25 juillet des rapports explosifs sur un véritable trésor de guerre composé de plus de 91.000 obtenus par WikiLeaks, le site fauteur de trouble autoproclamé.

J’ai parcouru les rapports et la plupart des documents sélectionnés (mais pas la totalité des documents), et je pense qu’il y a moins de choses à se mettre sous la dent qu’on ne pourrait l’imaginer à première vue. L’information qui semble attirer le plus d’attention, qui répète les vieilles accusations selon lesquelles le Pakistan aiderait les insurgés afghans, n’offre que quelques nouveaux détails mais pas vraiment plus de clarté. Le New York Times et le Guardian soulignent tous deux que les rapports archivés par WikiLeaks sont souvent mal sourcés et présentent des informations peu plausibles.

«Malgré tous leurs détails qui attirent la curiosité, les documents de renseignement, qui sont pour la plupart réunis par des officiers juniors qui s’en remettent à des informateurs et à des responsables afghans, n’apportent pas la preuve formelle de la complicité de l’ISI (l’organe de renseignement pakistanais)», écrit Declan Walsh du Guardian.

Les reporters du Times semblent davantage convaincus et notent que «beaucoup des rapports se basent sur des sources jugées fiables par les militaires» et que leurs sources leur ont dit que «le portrait de la collaboration de l’agence de renseignement avec les insurgés afghans était largement cohérent avec d’autres informations classifiées.» 

Les analyses du Spiegel n’apportent pas grand chose en plus, mais les articles du magazine vont sans doute avoir un grand impact politique en Allemagne, comme l’ont sans doute voulu les gens de Wikileaks. Un des articles raconte comment une troupe d’élite américaine pourchassant des cibles talibanes et d’al-Qaida opère à partir d’une base allemande; un autre affirme que «l’armée allemande était perdue et naïve quand elle est entrée dans le conflit» et que le nord de l’Afghanistan, où le gros des troupes allemandes est basé, est plus violent que ce qui a été rapporté jusqu’ici.

A part ca, je dirais que les documents confirment ce que nous savons déjà sur la guerre: elle se passe mal; le Pakistan n’est pas le meilleur allié au monde et joue sans doute un double-jeu; les forces de la coalition sont responsables d’un nombre bien trop important de victimes civiles; et les Etats-Unis n’ont pas d’informations et de renseignements très fiables en Afghanistan.  

Ces informations vont provoquer une nouvelle poussée anti-pakistanaise au Congrès américain, et peut-être même des auditions. Mais le gouvernement semble enclin à poursuivre sa stratégie qui consiste à mettre le Pakistan sur la bonne voie, et envoie le message: Circulez, y’a rien à voir.

Un responsable militaire américain à Islamabad a déclaré au service de presse des forces américaines: «L’armée pakistanaise mérite notre respect, et franchement, ils méritent notre soutien.» Le Représentant spécial Richard Holbrooke a approuvé les récentes mises en garde contre des liens entre Islamabad et Kaboul. «Le gouvernement pakistanais et l’armée et les services de renseignements pakistanais doivent continuer leur virage stratégique contre les groupes d’insurgés», a estimé de son côté le conseiller à la sécurité nationale Jim Jones dans son communiqué condamnant le fuite des documents. Pour finir, la Maison Blanche a envoyé un document de huit pages avec des exemples du président Obama et d’autres responsables américains exhortant le Pakistan à se ranger définitivement contre les insurgés.  

L’autre message du gouvernement américain, comme on peut le voir dans un e-mail du porte-parole de la Maison blanche Tommy Vietor, est le suivant: ce n’est pas de notre faute. «La période couverte par ces documents (janvier 2004-décembre 2009) est avant que le président annonce sa nouvelle stratégie. Certains éléments déconcertants contenus dans les rapports sont justement la raison pour laquelle le président a ordonné une révision de la politique et un changement de stratégie,» écrit Vietor dans ce mail publié par le Times.

Dans ce cas précis, je dirais que c’est de la comm’ à laquelle je peux croire.

Blake Hounshell

Traduit par Grégoire Fleurot

A lire sur le blog d'Olivier Tesquet, «Déclassifiés», les billets sur Wikileaks

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