Monde

Le «savant» iranien et l'option militaire israélienne

Jacques Benillouche, mis à jour le 21.07.2010 à 16 h 23

Le retour au pays du «savant» iranien Amiri pourrait renforcer l'engagement américain aux côtés d'Israël.

Shahram Amiri à son arrivée à Téhéran

Shahram Amiri à son arrivée à Téhéran, REUTERS/Raheb Homavandi

Les experts israéliens sont convaincus qu’aucune frappe contre l’Iran ne peut être effectuée avant que des mesures draconiennes de protection ne soient assurées. Le risque vital pour l’Etat hébreu serait engagé si les Iraniens décidaient de riposter car leur capacité de nuisance et de destruction ne peut être totalement éradiquée.

Grâce un nouveau matériel sophistiqué fourni par les Etats-Unis à leur allié (ALTBMD développé par la multinationale d’origine française, Thales Raytheon Systems), l’Etat-major israélien est dorénavant en mesure de détecter et de suivre tout missile envoyé sur Israël à partir de n’importe quel endroit du Moyen-Orient, l’Iran en particulier.

Cet outil de défense, qui protège actuellement les forces de l’Otan contre les tirs de missiles, est fondé sur une capacité de détection des missiles et d'alerte avancée. La détection sert à déterminer l'origine des tirs et à caractériser les vecteurs attaquants afin de contribuer à l'identification des agresseurs. L’alerte avancée repose sur des capteurs optiques spatiaux (satellites) ou terrestres (radars UHF de longue portée) et a pour but de favoriser l'alerte des populations civiles à partir de l'estimation des zones visées. Les militaires israéliens pourront ensuite adapter la riposte en choisissant la meilleure technique de destruction du missile.

Exercices

Des sources du renseignement israélien avaient déjà révélé que le porte-avions Harry S. Truman avait mouillé au large des côtes sud-ouest d'Israël, du 6 au 10 juin, à des fins d’exercices d'interception d'éventuels tirs de missiles ou de roquettes contre des cibles américaines ou israéliennes au Moyen-Orient. A cette occasion, le système ALTBMD a pu être testé à travers des missiles balistiques tirés depuis le désert israélien du Néguev.

Cette collaboration intensive entre les deux alliés répond à l’engagement formel de Barack Obama d’aider à la défense d’Israël si Benjamin Netanyahou ne se lançait pas seul dans l’aventure d’une frappe contre l’Iran. Ces échanges techniques prouvent que les relations entre les deux dirigeants se sont améliorées et que les deux Etats-majors fonctionnent à présent à l’unisson. Cependant, cette réconciliation a une autre origine qui vient d’être dévoilée et qui fait d’ailleurs l’objet du voyage de Gaby Ashkénazi, chef de Tsahal, envoyé en mission auprès des armées italienne et française.   

Les services de renseignements israéliens sont de plus en plus convaincus que le «savant» iranien Amiri a été à la base d’une opération d’intoxication de la part du gouvernement iranien. Sa décision de retourner au pays, malgré le danger vital sur sa personne, a semé le doute sur sa prétendue volonté de fuir le régime des mollahs. Connaissant la cruauté du régime pour ses opposants, Amiri n’aurait eu aucune chance de survivre s’il avait vraiment trahi. Et si Amiri était en fait en service commandé pour agir dans l’intérêt de son pays?

Informations périmées

La CIA aurait été convaincue, dès le premier jour de son interrogatoire, que les informations qui étaient fournies par Amiri étaient de maigre qualité ou périmées. Ils auraient d’ailleurs mis en doute la compétence technique de cet expert nucléaire et vite déduit que sa mission consistait à détourner leur attention sur l’état d’avancement du programme nucléaire iranien. Cette mystification leur imposerait à présent de revoir la réalité nucléaire du régime des mollahs la considérant bien plus avancée qu’ils ne le croyaient.         

Les Américains qui prétendaient qu’Amiri était un transfuge ayant agit en toute connaissance de cause mais qui avait changé d’avis en voulant retourner dans son pays, semblent à présent vouloir lui faire payer sa mystification. La CIA dévoile qu’il travaillait depuis cinq ans pour ses services et qu’il aurait été rétribué pour un montant de 5 millions de dollars en échange de sa collaboration. Amiri a confirmé, lors de sa conférence de presse, que « des israéliens étaient présents lors de ses interrogatoires et que les américains avaient un plan pour me transférer en Israël ». Il semble, selon des sources militaires, que les israéliens avaient été invités à rencontrer le transfuge car ils avaient un doute sérieux sur le contenu de ses révélations qui ne cadraient pas avec celles collectées par le Mossad.

Nouvelle donne

De quoi remettre en cause la totalité des informations qu’Amiri leur a fournies. Toute la stratégie américaine concernant l’Iran pourrait être révisée en fonction de cette nouvelle donne car, depuis l’administration Bush, toutes les analyses ont été bâties sur la base des révélations truquées et biaisées de cet espion double. Les Américains viennent de mesurer la manipulation flagrante dont ils ont été le jouet lors de la fameuse révélation de l’existence d’une usine secrète d’enrichissement à Qom. L’information provenait d’Amiri mais il avait omis de préciser que l’usine avait déménagé six mois auparavant laissant aux inspecteurs de l’AIEA un spectacle tronqué.

Les Israéliens avaient souvent mis en garde les Américains sur les distorsions relevées sur des informations qui ne cadraient pas avec celles de leurs services de renseignements. Cette disparité des données était à l’origine de la mésentente entre Israël et les Etats-Unis qui ne mesuraient pas le risque avec la même acuité. Netanyahou insistait pour mettre l’accent sur le danger pressant du programme nucléaire iranien que les Américains considéraient comme inoffensif. Si les Etats-Unis se convainquent qu’ils se sont fait avoir, il pourrait entériner les thèses israéliennes prouvant que l’Iran est aux portes de l’arme nucléaire. L’équipement en système de défense ALTBMD, consenti aux Israéliens, donne à penser que l’acte militaire est une option de plus en plus sérieuse.

 Jacques Benillouche

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Journaliste
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