Economie

Nucléaire, la bombe allemande

Gérard Horny, mis à jour le 20.07.2010 à 7 h 38

D'ici 40 ans, le pays pourrait renoncer complètement aux centrales classiques sans mettre à mal son économie. Un pavé contre la politique nucléaire française.

Cœur de la centrale nucléaire de Gundremmingen, en 2010. REUTERS/Michaela Rehle

Cœur de la centrale nucléaire de Gundremmingen, en 2010. REUTERS/Michaela Rehle

L’Allemagne d’Angela Merkel commence à devenir franchement agaçante. Nous en sommes encore à la relance de l’activité par la dépense publique et elle annonce déjà un vaste programme de rigueur; bon gré, mal gré, nous sommes obligés de suivre. Christine Lagarde, avec son sens de l’humour un peu particulier, tente de sauver les apparences. Mais peut-on sérieusement envisager de changer l’intitulé du portefeuille de Patrick Devedjian et de faire de lui le ministre de la «rilance»? Nous voulons organiser la coordination des politiques économiques au sein de la zone euro, avec l’espoir de donner ainsi un beau rôle à notre président; Angela Merkel saborde notre projet et n’accepte de travailler qu’au niveau de l’Union à vingt-sept, où tous les rôles sont déjà attribués. Et le même scénario se reproduit dans tous les domaines.

La dernière pierre allemande jetée dans notre jardin nous vient de Jochen Flasbarth, président de l’UBA, l’office fédéral de l’environnement. Selon une étude qu’il vient de publier, l’Allemagne pourrait produire l’intégralité de son électricité à partir des seules énergies renouvelables dès 2050. Cela signifie que la première puissance économique du continent n’aurait plus du tout recours aux centrales classiques. C’est incontestablement une excellente nouvelle pour tous ceux qui pensent que la réduction des émissions de gaz à effet de serre est une nécessité vitale. Mais cela signifie aussi qu’un grand pays pourrait renoncer complètement à l’énergie nucléaire sans mettre à mal son économie. Si nos voisins voulaient torpiller notre industrie nucléaire, ils ne s’y prendraient pas autrement!

Ne prêtons pas à Jochen Flasbarth des arrière-pensées politiques qu’il n’a pas. La publication de cette étude de l’UBA est à replacer dans un cadre purement national, celui du débat en cours au sein de la coalition au pouvoir à Berlin: elle vient conforter la position du ministre de l’Environnement, partisan d’une prolongation limitée de l’exploitation des réacteurs nucléaires allemands au-delà de la date prévue (2021) face aux encombrants alliés libéraux qui réclament une prolongation de plus de quinze ans. Mais ce genre d’étude remet en question nos propres choix en matière de politique énergétique, alors que le développement d’un réacteur nucléaire de quatrième génération est une des priorités financées par le grand emprunt.

Sous la pression des Verts, l’Allemagne, elle, a clairement donné la priorité aux énergies renouvelables. Elle arrive au deuxième rang, derrière les Etats-Unis, par la capacité de production d’électricité de son parc d’éoliennes. Elle est le leader mondial pour l’énergie photovoltaïque, avec une capacité installée qui va croître de 5.000 MW cette année et atteindra au total 14.000 MW. La part de l’électricité produite à partir d’énergies renouvelables atteint aujourd’hui 16% outre-Rhin, alors qu’elle n’était encore que de 5 % il y a cinq ans. Et ce choix a des retombées économiques non négligeables: en dix ans, 300.000 emplois ont été créés dans ce secteur des énergies renouvelables.

La politique allemande est d’autant mieux placée pour faire des émules que le nouveau commissaire européen à l’Energie est le chrétien-démocrate Günther Oettinger, qui ne se gêne pour dire où il puise son inspiration: «Nous avons besoin d’une loi allemande sur les énergies renouvelables au niveau européen», a-t-il déclaré le 8 juillet dernier à Bruxelles, à l’occasion d’une conférence de presse organisée par Greenpeace.

Ce jour-là, Greenpeace et l’EREC (European Renewable Energy Council, qui regroupe en son sein diverses associations d’écologistes et d’industriels des énergies «vertes») présentait un rapport allant exactement dans le même sens que celui de l’office allemand de l’environnement: en 2050, 97% de l’électricité européenne et même 92% de l’énergie totale des vingt-sept  pourraient provenir des énergies renouvelables.

Dans ce schéma, le recours aux sources d’énergie fossile (charbon, lignite, gaz et pétrole) serait évidemment fortement réduit – c’est le principal objectif — et le nucléaire disparaîtrait complètement : en 2050, l’Union européenne ne compterait plus aucune centrale nucléaire en activité.

Du point de vue de la protection de l’environnement, ce scénario est évidemment très séduisant. Mais il doit être regardé de plus près. Car il ne s’agit pas simplement de remplacer des sources d’énergie «sale» par des sources d’énergie «propre», il s’agit aussi de consommer moins d’énergie. Et c’est là que la politique de l’énergie risque d’entrer en conflit avec d’autres politiques. Car on peut très bien imaginer  un monde dans lequel on gaspillerait moins l’énergie, pour se déplace, se chauffer, etc. Mais il n’en demeure pas moins que, fondamentalement, la hausse du niveau de vie de tous repose sur les gains de productivité et la capacité de l’homme à mettre toujours plus d’énergie à son service.

Pourra-t-on à la fois utiliser moins d’énergie fossile, se priver du nucléaire et ne pas régresser économiquement et socialement? Même dans les milieux écologistes, certains en doutent.

Alors, quel modèle l’emportera? Le modèle allemand, résolument orienté vers les énergies renouvelables, ou le modèle français, qui voit plutôt dans ces énergies un complément du nucléaire? La question est encore loin d’être tranchée, mais sur ce dossier aussi, l’Allemagne est en train d’avancer ses pions.

Gérard Horny

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Journaliste
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