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Château Smith Haut Lafitte, des vins, des soins, de l’art de vivre

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 15.12.2010 à 20 h 42

La cave du Chateau Smith Haut Lafitte

La cave du Chateau Smith Haut Lafitte, REUTERS/Regis Duvignau

C’est parce que son grand-père était marchand de vins dans un village des Alpes, à Uriage-les-Bains, que Daniel Cathiard, champion de ski à 21 ans, a jeté son dévolu sur le Château Smith Haut Lafitte à Martillac, un grand cru de Pessac Léognan sur un beau terrain de graves rouges, comme à Haut-Brion et à Pape Clément.

«Jusqu’ l’âge de quinze ans, j’ai vécu au-dessus de la cave de mon grand-père épicier: les odeurs, les bruits, les tuyaux, les tireuses, je connaissais tout ça par cœur et c’est toujours resté mon univers.»

En 1990, lorsque Daniel Cathiard et Florence son épouse changent de vie professionnelle pour devenir châtelains et producteurs de vins blanc et rouge à Martillac en Gironde, ils seront les pionniers de ce retour à la terre viticole qui va faire florès dans le petit milieu des businessmen du vin – la vigne comme nouvel art de bien vivre, loin du stress des villes et des multiples contraintes liées au poids des affaires. Un autre horizon, ô combien valorisant.

Nouvelle vie

Les quadras Cathiard qui ont fait fortune dans la grande distribution (les magasins Go Sport et Genty-Cathiard) ont vendu à la fin des années 80 leurs biens pour relancer le cru de Smith Haut Lafitte, 50 hectares de vignes, cent hectares de forêts et des bâtiments adéquats, le château et ses caves, la chartreuse de Georges Smith, le père fondateur, une rivière, des cygnes voraces et un vin en demi-sommeil.

«C’est l’espace qui nous a plu, la colline aux multiples rangs de vignes, le promontoire végétal et le millésime 1961 qui m’avait ébloui par sa puissance et sa finesse, confie Daniel Cathiard, humant le 2001, prêt à boire. Je me suis dit que ce terroir de graves nobles avait un potentiel inexploité et que c’était à nous de le révéler.»

Le couple qui se considère comme indissociable va entreprendre de gigantesques travaux de rénovation du site, comme si les Cathiard étaient devenus propriétaires de Lafite Rothschild. Tout pour la qualité des vins prônée par de fameux œnologues, Pascal Riberon Gayon, Michel Rolland, Denis Dubourdieu qui vont montrer la voie, c’est-à-dire le contrôle strict des rendements à l’hectare, trente pour cent de la vendange écartée, l’effeuillage des grappes en juillet, les tonneaux (500) fabriqués par le tonnelier maison, des photos satellite des parcelles, des photos des raisins afin de juger de leur maturité et de leur taille. La technologie au service du terroir.

Investissement

Les propriétaires passés très vite de l’état de novices à celui de connaisseurs deviennent avec le temps des obsédés du beau vin, un couple de perfectionnistes de la dive bouteille – c’est bien simple, ils vont engloutir 30 à 40 millions d’euros dans le vignoble, limitrophe des Châteaux Carbonnieux et Haut-Bailly. «Nous avons mis notre fortune sous nos pieds de vignes.»

Après quatre millésimes, 1991, 1992, 1993, 1994 sans avenir, la vendange 1995 va combler les Cathiard, suivi du 1998, vraie réussite, salué aux Etats-Unis comme un des dix meilleurs vins du monde par le Wine Spectator. Récemment, le mythique 2000 vient d’être renoté 98 points sur 100 par l’expert Robert Parker, une cote comparable à celle de Mouton Rothschild. Pas rien comme consécration pour un ancien vendeur de matériel sportif…

L’aventure bordelaise aurait pu en rester là, le blanc (20%) à base de sauvignon bien dominé et le rouge finement boisé, de longue garde, qui vont conquérir les bons œnophiles – en France, et surtout aux Etats-Unis puis en Chine ces derniers temps.

Caudalie

Le coup de baguette magique va intervenir en 1995 grâce aux recommandations du professeur de pharmacie Vercauteren, lequel va conseiller aux Cathiard de traiter les pépins de raisin, riches en polyphénols, formidables antioxydants contre le vieillissement. De là vont naître les premières crèmes antirides et anti-âge qui vont faire le succès mondial des produits Caudalie, mis en œuvre par Mathilde, la fille aînée des Cathiard, passionnée par les parfums, et Bertrand Thomas son mari, ancien de L’Oréal. Une aventure hors du commun.

La première diversification, à Smith Haut Lafitte, c’est la cosmétique industrielle à grande échelle – un million de produits vendus par an sur la planète, chez les pharmaciens adeptes des principes actifs des pépins de raisin. Aujourd’hui, Mathilde et Bertrand Thomas sont partis à la conquête de l’Amérique – des soins Caudalie sont offerts avec des millésimes Smith Haut Lafitte aux clients du Plaza à New York. C’est l’effet French Paradoxe.

Sur les terres de Smith Haut Lafitte sont dispensés au SPA les traitements de vinothérapie, uniques au monde. Bain barrique, bain hydro massant à la vigne rouge, bain au marc de raisin, enveloppement purifiant au merlot, au miel et vin hydratant, à la fleur de vigne revitalisant, massage vigneron tonifiant, gommage friction merlot, massage au raisin frais tonique: ces soins innovants de beauté, de bien-être et de relaxation sont non thérapeutiques et non médicalisés, mais bienfaisants pour l’organisme. Les cures Caudalie ont vocation à être exportées – aux Étangs de Corot près de Versailles, un hôtel de charme repris par les enfants Cathiard. Phénoménale réussite pour la deuxième génération Cathiard.

Résidence hôtelière

C’est la cadette Alice Cathiard et son mari Jérôme Tourbier qui ont développé, dès 1999, les Sources de Caudalie, la résidence hôtelière de 49 chambres et suites nichée dans le parc du château, un concept très actuel, inspiré par Christine et Michel Guérard à Eugénie les Bains dans les Landes: l’hôtellerie cinq étoiles dans les vignes, façon resort. Avec pour corollaire, in vino sanitas!

Les pensionnaires bénéficient des bienfaits de la cure dans un cadre bucolique – à 25 minutes de l’aéroport de Bordeaux – et l’on fait bombance dans l’un des deux restaurants: la Grand’Vigne, le gastro, et la Table du Lavoir, un bistrot à cheminée (100 places) pour un déjeuner canaille. Tous les crus classés de Pessac Léognan sont proposés au verre, Smith Haut Lafitte blanc et rouge, Haut-Brion à 70 euros car ici, dans la campagne des graves, le vin est recommandé aux curistes puisqu’il prévient le développement des maladies cardiovasculaires.

Depuis dix ans, la bonne chère aux Sources s’est métamorphosée. En 2010, le chef Nicolas Masse, formé à Londres, passé par la Cabro d’Or aux Baux-de-Provence et la Villa Belrose de Saint-Tropez, a retrouvé l’étoile décrochée au Grand Hôtel de Saint-Jean-de-Luz. Il supervise les deux tables, mais c’est à la Grand’Vigne qu’il exprime une créativité mesurée, raisonnable comme dans la langoustine royale croustillante aux saveurs douces et acidulées, dans ce tartare de bœuf accompagné d’une barquette de caviar sturia, et la superbe côte de veau épaisse, accompagnée de linguines farcis aux ris braisés. Sa carte est courte, ramassée sur 10 plats, à l’instar de celle de Jean-François Piège, l’ancien ténor du Crillon – un exemple parlant.

L’agneau des Pyrénées, les asperges du Blayais, l’admirable potager de M. Garbage, l’artiste de la tomate fruitée et de la fleur de concombre, le gros turbot des côtes, le bœuf «blonde d’Aquitaine» et le toast à la moelle, les produits locaux ne manquent pas, inscrivant les Sources et ses réjouissances de bouche dans l’architecture policée de la vigne.

Oui, il y a à l’ombre du château mythique au lièvre bondissant en bronze une sorte d’art de vivre lié au culte du corps et de l’esprit. Les enfants Cathiard, Alice et Jérôme, appellent cela la sérénité.

Nicolas de Rabaudy

  • Les Sources de Caudalie. Hôtel, restaurants, SPA, chemin de Smith Haut Lafitte 33650 Bordeaux-Martillac. Tél : 05 57 83 83 83. Chambres à partir de 250 euros. Menus à 60 et 95 euros à la Grand’Vigne. Au Lavoir, carte de 45 à 60 euros. Forfait cures.

Recette de Nicolas Masse: Salade croquante vitaminée, langoustine rôtie, jus de mangue relevé au piment d’Espelette, pour 2 personnes

Ingrédients

  • 4 grosses langoustines
  • 1 laitue
  • 2 feuilles de riz
  • 15 g de germes de soja frais
  • 50 g de pomme fruit
  • 4 feuille de coriandre
  • 1 tomate
  • 2 feuilles de menthe
  • 50 g de carottes
  • 100 g de mangue
  • sel de Guérande
  • piment d’Espelette

Préparation

  • 1. Décortiquez les queues de langoustine en conservant la tête, incisez-les sur le dos et réservez-les au frais (sauf 2 pièces à décortiquer complètement).
  • 2. Faites cuire 2 langoustines doucement à la poêle.
  • 3. Mondez la tomate, faites-en des pétales puis mettez-les à confire sous une source de chaleur douce.
  • 4. Épluchez la pomme, un quart de la mangue, la carotte et taillez-les en julienne.
  • 5. Trier et lavez les feuilles de laitue, de coriandre et de menthe.
  • 6. Réalisez le rouleau de printemps.
  • 7. Mettez à tremper sous l’eau froide les feuilles de riz, puis placez-les sur un linge humide quelques minutes.
  • 8. Mettez tous les ingrédients sur la feuille de riz dans l’ordre suivant : tomate confite, feuille de laitue, feuille de coriandre, feuille de menthe, germes de soja, la pomme, la manque et la langoustine cuite.
  • 9. Refermez le rouleau en le roulant délicatement et en le refermant sur les extrémités.
  • 10. Préparez le jus de mangue : mixez le reste de la mangue jusqu’à l’obtention d’une pulpe onctueuse, ajoutez du piment d’Espelette, réservez.
  • 11. Assaisonnez les langoustines et faites-les cuire délicatement sur le dos.
  • 12. Disposez au centre de l’assiette le rouleau et les langoustines.
  • 13. Lustrez le rouleau à l’huile d’olive.
  • 14. Assaisonnez le plat avec le jus de mangue et saupoudrez de sel de Guérande.
Nicolas de Rabaudy
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