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Golf: le tueur de Saint Andrews

Yannick Cochennec, mis à jour le 17.07.2010 à 10 h 47

Le mythique bunker du 17e trou du non moins mythique parcours écossais où se joue le British Open a enterré bien des espoirs

A la veille du British Open, troisième des quatre tournois du Grand Chelem disputé du 15 au 18 juillet sur le légendaire parcours de Saint Andrews, en Ecosse, tous les champions à l’entraînement n’ont pas manqué de venir faire un petit tour en enfer, si l’on veut bien résumer de la sorte le tour de force qui consiste à essayer de sortir du plus célèbre bunker au monde.

Les uns après les autres sont allés lui rendre une petite visite de politesse, histoire de refaire leurs gammes et de soulager leurs angoisses en espérant ne plus avoir à y remettre les pieds lors des quatre tours de compétition.

Appelé Road Hole Bunker (le bunker du trou de la route), cet ultime piège de sable du trou n°17 est presque aussi connu que le parcours qui l’abrite. Ce qui n’est pas peu dire puisque Saint Andrews, plus vieux golf de la planète, est un links (golf de bord de mer) qui existerait depuis le milieu du 16e siècle.

Saint Andrews est le saint des saints du golf mondial, sa cathédrale Saint-Pierre vers laquelle convergent chaque année des milliers de pèlerins en chaussures à clous qui ont économisé pour essayer de jouer sur l’un des sept parcours publics de l’endroit, en rêvant de fouler le plus prestigieux d’entre eux, l’Old Course, cadre mythologique de ce British Open.

Un parcours qui ne se laisse dompter que par les géants

Pour la 28e fois de son histoire, record de la compétition, l’Old Course, généralement battu par les vents et les grains venus de l’océan, accueille, en effet, le British Open qui fête son 150e anniversaire. Les deux dernières fois, c’était en 2000 et 2005 et dans les deux cas, Tiger Woods s’était imposé. Car Saint Andrews se laisse exclusivement dompter par des géants du jeu.

La liste des derniers vainqueurs du British Open sur l’Old Course est éloquente depuis 40 ans : Jack Nicklaus (1970, 1978), Severiano Ballesteros (1984), Nick Faldo (1990), John Daly (1995) et Tiger Woods (2000, 2005) qui a d’ailleurs confirmé que c’était son parcours préféré.

Saint Andrews est un links asséché par les rafales incessantes, aux rebonds surprenants et aux greens, parfois doubles, extrêmement larges et bosselés sur lesquels il est commun de devoir exécuter des putts d’une vingtaine de mètres. Dans le dernier numéro de Golf Européen, Tom Watson, quintuple vainqueur du British Open (jamais à Saint Andrews) et deuxième en 2009 à près de 60 ans, en évoque tout le mystère: «Je pense que, même en le jouant mille fois, personne ne pourra jamais réellement comprendre l’Old Course de Saint Andrews».

Watson y a perdu un British Open en 1984 dans une lutte au couteau avec Severiano Ballesteros. Le trou n°17, où règne le fameux Road Hole Bunker, lui a été fatal le dimanche.

Ce 17, un par 4, est le trou le plus célèbre au monde au point d’être devenu le premier trou de golf auquel un livre a été entièrement consacré (Wry Stories on the Road Hole).

Certains disent le plus dur, comme Severiano Ballesteros. Lors des deux dernières éditions du British Open à Saint Andrews, en 2000 et 2005, la moyenne des coups joués a été de 4,71 et 4,63. Le bogey (un coup au-dessus du par) est donc la norme, le double bogey rarement une exception. «En faisant 5, on s’en sort bien», a évalué Phil Mickelson cette semaine.

Mangés par le trou

Le fairway du 17 est très étroit et très ondulé. Sa partie finale est plus que délicate avec un très vaste green qui longe une route en bitume sur laquelle Watson égara sa balle en 1984 et qui est protégé sur sa gauche, en aplomb, par ce maudit Road Hole Bunker.

Saint Andrews compte 112 bunkers sur l’ensemble du Old Course. Des bunkers appelés pot-bunkers en Ecosse en raison de leur rondeur et de leur profondeur extrême qui les rend souvent injouables. Ils ont l’apparence de cratères la plupart du temps invisibles depuis l’endroit où l’on frappe sa balle.

Même s’il existe le Hell Bunker (le bunker de l’enfer) situé au milieu du fairway du 14, le Road Hole Bunker du 17 est le plus mythique d’entre tous pour y avoir englouti bon nombre d’illusions à cause de l’extrême dextérité exigée pour s’en échapper. Il a même un surnom, «Les sables de Nakajima», en hommage au joueur japonais Tommy Nakajima qui, lors du British Open 1978 où il jouait la victoire, tomba dans ce trou de sable après un putt trop appuyé sur le green. Il n’en sortit qu’au bout de sa quatrième tentative, signant à l’arrivée un quintuple bogey qui le condamna. Lorsqu’un journaliste lui demanda s’il avait perdu sa concentration à cette occasion, le malheureux Nippon lui répondit: «Non, je ne savais plus compter.»

Ce Road Hole Bunker, puits de sable d’une profondeur d’1,80m à la paroi très verticale, n’en était pas à son coup d’essai puisqu’en 1885, déjà, un certain Davie Ayton, qui faisait la course en tête, perdit tout sur ce 17, en ayant besoin de cinq coups pour s’extirper de ces sables maudits.

Ce 17 en a fait des malheureux. Même le légendaire Arnold Palmer, un jour, entra sa balle dans le trou au bout de son 10e coup. L’Américain Peter Jacobsen fut, lui, sanctionné d’un quadruple bogey pour s’être égaré dans l’inévitable bunker. Mais il ne lui en tint pas rigueur. «J’adore ce trou, avoua-t-il avec élégance. C’est un honneur d’avoir été mangé tout cru par lui.» En 1995, les «sables de Nakajima» devinrent ceux de Rocca. Alors qu’il était en play-off contre l’Américain John Daly, l’Italien Constantino Rocca vit sa balle atterrir là où il ne fallait pas. Il fut sanctionné d’un funèbre triple bogey après deux coups infructueux dans le bunker.

Un tombeau

En 2000, tandis qu’il était à la poursuite de Tiger Woods, l’Américain David Duval y enterra ses derniers espoirs avec un quadruple bogey. Deux fois, sa balle retomba à ses pieds, dans le sable, après deux chocs contre la paroi. Destinée d’autant plus cruelle qu’épiée par une masse importante de spectateurs postés là, aux abords du 17, en espérant assister au «massacre» attendu.

En 2004, le Road Hole Bunker a subi un léger lifting afin de le rendre plus ovale et plus large de 23 centimètres et donc encore plus accueillant pour les candidats à l’aventure des sables. Mais ce toilettage suscita la polémique auprès de nombreux gardiens du temple qui crièrent au scandale, un peu comme si le Vatican décidait soudain de retoucher le plafond de la chapelle Sixtine.

Rebelote en 2010, à l’occasion de ce British Open, avec l’allongement de ce 17 (448m au lieu de 425) qui a soulevé bon nombre de commentaires outrés. «Comme si ce trou n’était pas déjà assez difficile», a pesté le Nord-irlandais Graeme McDowell, vainqueur du récent US Open.

Combien seront-ils à y succomber d’ici à dimanche? Le British Open se jouera-t-il encore là? Heureusement, même s’ils seront quelques-uns à y laisser leur peau de joueur lors de ce week-end, personne ne mourra dans ce Road Hole Bunker, contrairement à l’histoire racontée dans un récent roman policier à succès (The Road Hole Bunker Mystery) qui l’imagine devenu le tombeau d’un mystérieux cadavre.

 Yannick Cochennec 

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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