Economie

Qui a dit que l'industrie britannique était morte?

Nadya Masidlover, mis à jour le 17.07.2010 à 8 h 39

Malgré des critiques de part et d’autre, l’industrie britannique n’a pas dit son dernier mot.

La centrale électrique de Battersea à Londres, REUTERS/Toby Melville

La centrale électrique de Battersea à Londres, REUTERS/Toby Melville

A force de l’entendre dire, on finit par le croire: l’industrie britannique est morte. Ce n’est pas complètement faux … mais loin d’être vrai. Tandis que les Français, les Allemands et même les Italiens continuent à vendre des voitures de marques nationales, le dernier vestige de l’industrie automobile britannique, Land Rover, a été vendu au groupe industriel indien Tata en 2008. Autrefois célèbre pour son industrie fleurissante, le pays est aujourd’hui plus tristement connu pour ses activités dans la finance, la banque et l’assurance. Mais malgré les apparences, le secteur manufacturier en Grande Bretagne a encore de nombreux atouts.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la petite île a construit deux fois plus de voitures en 2007 que pendant les années 70. Pas seulement des Rolls Royce ou des Mini mais également des Nissan, Honda et Toyota. Un paradoxe apparent qui traduit le fait que le paysage industriel en Grande-Bretagne est aujourd’hui un brassage d’entreprises étrangères qui disposent d’énormes usines, mais aussi d’entreprises britanniques qui font souvent l’assemblage de leurs produits à l’étranger et de nombreuses PME locales peu connues du public.

Investissements étrangers

Au cours des trente dernières années, les grands noms britanniques ont été progressivement cédés à des entreprises étrangères. Après le rachat du chocolatier préféré des Britanniques, Cadbury, par le groupe américain Kraft en février 2010, la dernière vente en date concerne Tate and Lyle qui vient d’annoncer la vente de son activité historique de raffinerie de sucre à nouveau à un Américain. Ces dernières années, l’industrie britannique a reçu plus d’investissements étrangers que celle de n’importe quel autre pays de l’Union Européenne. Mais même si les Britanniques ont parfois du mal à digérer ce qu’ils perçoivent comme une perte du patrimoine national, ils savent bien que l’investissement étranger a été essentiel pour la survie de l’industrie du pays.

Si on regarde les chiffres de près, le déclin du secteur au cours des dernières décennies est incontestable. L’industrie britannique n’emploie plus que 2,6 millions de salariés actuellement contre 7,3 millions en 1979. Entre 1960 et 2000, la part de l’industrie manufacturière dans l’économie est passée de plus de 30% à environ 20% du PIB. Pourtant cette tendance est loin d’être limitée à la Grande Bretagne. Aujourd’hui la part du secteur manufacturier dans l’activité du pays se situe à environ 12%, un niveau similaire à celui de la France mais légèrement supérieur à celui des Etats-Unis. Avant que la crise n’éclate, la Grande Bretagne était le sixième producteur mondial de biens industriels derrière les Etats-Unis, la Chine, le Japon, l'Allemagne, et l'Italie. Mais devant la France. Cette année, la France a dépassé son voisin d’outre-manche.

Au centre de la reprise

La diminution du pourcentage de l’industrie dans l’économie en Grande Bretagne, comme dans d’autres pays développés, reflète surtout une baisse de prix relatifs dans le secteur lié à des gains de productivité. Aujourd’hui la Grande Bretagne produit plus de biens manufacturiers, en valeur, qu’à n’importe quel autre moment de son histoire. Et les hommes politiques du pays comptent bien mettre le secteur au centre de leur stratégie de sortie de crise. Pendant la campagne électorale du printemps dernier, les candidats de tous bords ont surenchéri avec des propositions pour booster l’industrie nationale.  

Lieu de naissance de la révolution industrielle, la Grande-Bretagne était longtemps spécialisée dans les industries lourdes telles que la métallurgie, la construction navale et l’industrie de textiles. Aujourd’hui l’industrie est synonyme d’hétérogénéité, avec une concentration dans les domaines de l’alimentation, la haute technologie, l’aérospatiale, l’électronique et  la chimie. Deux des plus grands noms de l’industrie pharmaceutique, GlaxoSmithKline et AstraZeneca, sont basés au Royaume-Uni ainsi que des entreprises aérospatiales telles que Rolls-Royce (constructeur de moteurs d’avion) et BAE Systems. Mais l’espoir pour l’avenir de l’industrie britannique réside plutôt dans les nombreuses petites et moyennes entreprises du secteur où l’innovation et le high-tech sont au rendez-vous. L’exemple type étant la société Dyson, inventeur du célèbre aspirateur du même nom, qui prépare actuellement un rapport pour le gouvernement britannique au sujet des futures perspectives du secteur manufacturier.

Avec les biens manufacturiers qui constituent 46% des exportations du pays,  la chute de la livre sterling depuis 2007 n’a fait que renforcer l’idée que la reprise britannique passera par l’industrie. Après l’explosion du secteur financier en Grande-Bretagne, les britanniques espèrent, dans les années à venir, recentrer leur économie vers un secteur nettement plus tangible. Et donner une réponse définitive à ceux qui y ont douté: Non, l’industrie britannique n’est pas morte. 

Nadya Masidlover

Nadya Masidlover
Nadya Masidlover (1 article)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte