Culture

La version karaoké de Grease affole toujours autant les libidos

Dana Stevens, mis à jour le 16.07.2010 à 18 h 15

Olivia Newton-John, John Travolta et leurs copains n'ont (presque) pas pris une ride

capture d'écran de la bande annonce de Grease Sing-A-long

capture d'écran de la bande annonce de Grease Sing-A-long

«Le high school musical original est de retour!» exulte l'accroche sur l'affiche de Grease Sing-A-Long [Grease à chanter en chœur] (Paramount), la reprise de la comédie musicale de 1978 agrémentée de sous-titres comme au karaoké. La pique en direction de la franchise des High School Musical de Disney –et le dévolu jeté sur son public– est aussi inoffensive que flagrante. Dans un été rempli de suites et de remakes, et de toutes sortes de pillages pop, la Paramount impose le respect: au lieu d'essayer de mettre Grease à la sauce du nouveau millénaire, la compagnie a juste dépoussiéré la comédie musicale la plus célèbre de tous les temps, collé des sous-titres sous les chansons, et l'a renvoyée sur le marché en espérant engranger le maximum de profits possibles.

Le produit de la Paramount est peut-être rétro, mais sa stratégie marketing s'adapte parfaitement à l'ère des médias sociaux. La reprise de Grease va se faire dans moins de 20 villes aux États-Unis, mais la Paramount pousse les spectateurs potentiels à en faire la promotion sur Twitter et à visiter le site Eventful pour le faire venir dans leurs villes. Un Grease-plébiscite pour nouvelle génération: c'est une idée soit brillante soit totalement dégénérée, et je n'arrive honnêtement pas à me décider. Est-ce que le public pré-pubère –ok, disons-le «pré-ado»– sera aussi ensorcelé que je l'ai été à douze ans par les hanches orientables de John Travolta, par le groove disco de Barry Gibb dans le titre phare, et par le désir acharné d'Olivia Newton-John à libérer la salope qui sommeille en elle?

Grease n'a rien à envier à High School Musical

Trente-deux ans après sa première sortie, Grease doit traverser plusieurs couches de nostalgie avant de gagner les faveurs d'une génération qui (comme toute nouvelle génération) est impitoyablement non-nostalgique. C'est une comédie musicale sur les mythiques années 1950, vues à travers l’œil idéalisateur des années 1970, une décennie aujourd'hui mythologisée et idéalisée à son tour. Si le personnage joué par Travolta, Danny Zuko, avait 18 ans à l'époque décrite dans le film, au milieu des années 1950, il aurait un peu plus de 70 ans aujourd'hui. Une personne née le jour de la première sortie du film pourrait vraisemblablement avoir à présent un enfant assez âgé pour aller voir la version karaoké.

Et pourtant, après avoir vu Grease sur grand écran pour la première fois depuis –oh mon Dieu– 30 ans, je dois le dire, je parie sur une résurrection à demi-réussie. Musicalement, le film s'en sort parfaitement. Des chansons comme le duo masculin/féminin «Summer Nights» et la ballade à falsetto «Sandy» sont de petits bijoux de mièvrerie pop. L'intérêt de la version karaoké est difficile à juger après une projection de presse plutôt tranquille (même si je vous assure que cette critique de cinéma a fait son devoir civique en entonnant un vibrato Newton-Johnien éraillé). Mais la partition est si communicative que je ne doute pas qu'elle donne envie à quiconque de chanter malgré (ou précisément grâce à) des sous-titres accompagnés d'un graphisme à la «Pop-Up Video».

Les couleurs sont resplendissantes, les jupes virevoltent, et l'histoire merveilleusement insignifiante rebondit entre plusieurs tableaux chantants. Le numéro de Travolta est une perle: drôle, sexy et visiblement facile. Il marche comme s'il dansait et danse comme s'il marchait. Le caractère doucement provocant du film s'adapte parfaitement à ses manières de petit coq content de lui.

Un film ultra libéré

Ce qui m'a le plus surpris tient dans la politique sexuelle du film qui, vue d'une génération plus tard, semble étonnamment libre et débridée. Bien que le film soit seulement classé en PG-13 [accompagnement parental recommandé, film déconseillé auxmoins de 13 ans, NdT], Grease fonctionne globalement comme le publi-reportage en faveur d'une vie tout sauf proprette. Ses héros adolescents fument, boivent en conduisant, se poursuivent en décapotables dénuées apparemment de ceintures de sécurité, se vantent (filles comme garçons) de leurs larges exploits sexuels, et se moquent du petit inconvénient que représente un préservatif percé. Ce qui, en soi, pourrait attirer un jeune public, et même peut-être leurs parents.

D'une façon qui me sautait difficilement aux yeux quand je répétais en 5ème la chorégraphie de «Greased Lighting» (aux paroles toujours choquantes de «camion à chattes» et de «pépées» qui «mouilleront»), Grease est un conte sexuel post-révolutionnaire poussant tout un chacun à revendiquer sa propre libido. Le film ne punit même pas sa fille de mauvaise vie, Rizzo (Stockard Channing) des conséquences d'une grossesse malheureuse –dans un film pour adolescents moderne, elle aurait été forcée à avoir un bébé, comme dans Juno.

Et quand, à la fin, la virginale Sandy (Olivia Newton-John) passe du côté obscur, où habillée en pantalons moulants et sortant des cigarettes de ses talons rouges, elle crie son besoin «d'un homme qui [la] satisfera», le film cherche évidemment à nous faire voir la transformation comme une libération. En tant que fille de 12 ans inexpérimentée, les implications de la métamorphose de Sandy m'effrayaient. En tant que mère d'une future fille de 12 ans, je suis à nouveau effrayée. Mais, pour des enfants à l'aube d'une telle transformation, je peux comprendre comment la puissance sexuelle affirmée dans Grease soit toujours quelque-chose qui vaille la peine de pousser la chansonnette.

Dana Stevens

Traduit par Peggy Sastre

Photo: capture d'écran de la bande annonce de Grease Sing-A-long

Dana Stevens
Dana Stevens (29 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte