Bêtes en chaleur

Ça transpire, un écureuil ? Et un pigeon?

C'est l'été, et il peut faire très chaud en ville. Par exemple, à New York, Boston, Baltimore et Washington D.C., les températures ont dépassé 37° le mardi 6 juillet, écrasant leurs habitants dégoulinants. Et nos amis les animaux des villes? Les pigeons et les écureuils transpirent-ils à seaux, eux aussi?

Pas de surchauffe

En fait, non. Très peu d’animaux transpirent autant que les humains. Les pigeons ne transpirent même pas du tout. Les écureuils et les rats ont quelques glandes sudoripares sur les pattes, qui secrètent de l’humidité davantage pour les aider à ne pas lâcher prise que pour servir de régulation thermique (les chevaux transpirent un peu. Le système de refroidissement chevalin est la principale raison pour laquelle ils figurent parmi les rares animaux capables de rivaliser avec nous dans un marathon). Pourtant, qu’ils soient à poils ou à plumes, les animaux des mégalopoles du Nord-Est des États-Unis seront à l’abri de la mort subite par coup de chaleur cet été. Pigeons et écureuils ont tout un tas d’astuces pour rester au frais, et la canicule actuelle ne risque pas de leur coûter la vie.
Tout d’abord, les petits animaux n’ont pas franchement beaucoup de boulot pour éviter la surchauffe. Leur rapport surface/masse est supérieur au nôtre, ce qui signifie qu’ils évacuent la chaleur plus efficacement. En outre, pigeons et écureuils supportent de plus grandes variations de température interne que les humains. Les écureuils sont à peu près à la même température que nous en journée -environ 37°2- mais peuvent descendre à 35° la nuit (les humains en bonne santé restent généralement au-dessus de 36°). La température d’un pigeon oscille autour de 42°2 dans des conditions normales -les moineaux atteignent 43°3- une vague de chaleur ordinaire ne les dérange donc pas plus que ça.

La technique de l’écureuil

Si la plupart des animaux ne transpirent pas beaucoup, de nombreuses espèces dépendent du principe même de la transpiration pour se rafraîchir: l’humidité de la peau absorbe la chaleur et s’évapore, refroidissant ainsi le corps. Les animaux dépourvus de glandes sudoripares doivent trouver un autre moyen de faire rentrer l’air en contact avec leur peau humide. De nombreuses bêtes, en haletant, font passer l’air sur leur langue mouillée. La technique des pigeons, appelée gular fluttering, consiste à faire osciller le plancher du bec et la partie supérieure du gosier. Les oiseaux et les rongeurs passent beaucoup de temps à se lécher. Les écureuils favorisent l’humidification des pattes antérieures, où la fourrure est plus mince et le flux sanguin plus rapide. Certains oiseaux s’urinent sur les pattes pour évacuer la chaleur par évaporation. Quand des animaux sauvages meurent d’un coup de chaleur, c’est souvent parce qu’une catastrophe les a éloignés d’un point d’eau, et qu’ils ne sont pas assez hydratés pour se refroidir par évaporation.

Les écureuils utilisent aussi leur queue pour leur régulation thermique. Sa minceur permet à l’air ambiant d’y refroidir le sang rapidement. L’été, l’écureuil pompe directement ce sang refroidi vers son torse afin de faire baisser sa température. En hiver, l’itinéraire circulatoire se modifie légèrement, afin que le sang refroidi revenant de la queue soit réchauffé par le sang plus chaud des artères avant de toucher les organes de l’écureuil (la queue sert aussi de couverture efficace pendant les nuits trop fraîches). On voit parfois des écureuils courir avec la queue posée sur le dos en été. C’est parce qu’elle est de couleur plus claire dessous, et qu’elle absorbe donc moins la chaleur que le côté dorsal plus sombre. En outre, elle permet d’ombrager le corps de l’écureuil à la manière d’un parasol.

Les petits animaux ont aussi recours à toute une panoplie de techniques pour rester au frais. Les écureuils abandonnent souvent les cavités des arbres en été pour passer davantage de temps dans des nids de feuilles ombragés à l’air libre. Ils ralentissent leur niveau d’activités -des études en laboratoire ont montré que les écureuils terrestres passent environ 10 fois moins de temps à courir pour chaque degré supérieur à 82° Fahrenheit (27,7°C). Les oiseaux, quant à eux, se tournent vers le soleil, ce qui permet d’exposer moins de surface corporelle à la chaleur des rayons.

L’explication remercie Alan Muchlinski de la California State University de Los Angeles, et Michael Steele de la Wilkes University.

Brian Palmer
Traduit par Bérengère Viennot

Photo: IMGP2146/cphoffman42 via Flickr CC License by