Monde

Commerce équitable

Temps de lecture : 2 min

Les États-Unis ont donné à la Russie dix espions en échange de quatre prisonniers. C'était une bonne affaire.

Deux avions se sont rencontrés sur la piste de l'aéroport de Vienne, vendredi matin, pour échanger 10 Russes ayant plaidé coupable de conspiration aux États-Unis contre quatre hommes accusés par Moscou d'espionnage au profit de l'Occident. Dix espions contre quatre –les États-Unis ont-ils fait là une bonne affaire?

Qualité VS quantité

Bien sûr. Il n'y a rien de scientifique dans les échanges d'espions, auxquels les États-Unis et la Russie se sont livrés depuis les années 1960, et la transaction n'est pas souvent de l'ordre d'un contre un. Aujourd'hui, les États-Unis ont probablement fait une meilleure affaire, du moins dans la mesure où les Russes n'ont découvert aucune information confidentielle pendant les dix ans où ils étaient surveillés par le FBI. Contrairement aux quatre hommes libérés par Moscou –un chercheur en contrôle des armements, un officier en renseignement militaire, un officier en renseignement extérieur et un ancien agent du KGB– qui ont été reconnus coupables d'espionnage à la solde des États-Unis et de la Grande-Bretagne, et pouvaient réellement accéder à des secrets d’État. Le nombre penche peut-être d'un côté, mais le talent semble s'incliner vers l'autre.

Le premier échange soviético-américain en 1962 était, en fait, équitable: les États-Unis remettent l'expert en espionnage Rudolf Abel (de son vrai nom Vilyam Genrikhovich Fisher) en échange du pilote d'un avion-espion U2, Gary Powers. En 1969, la Grande-Bretagne troque aux Russes Peter et Helen Kroger, un couple d'espions américains à la solde des Communistes, en échange d'un professeur britannique emprisonné, Gerald Brooke. Les États-Unis échangent en 1979 deux Russes convaincus d'espionnage contre cinq dissidents, au sein desquels l'écrivain russe et militant des droits de l'Homme Alexander Ginzburg. Et, en 1985, les États-Unis semblent rafler la mise –25 prisonniers retenus en Allemagne de l'Est et en Pologne, contre la libération de quatre personnes reconnues coupables d'espionnage outre-Atlantique.

Ce dernier échange s'est fait plus vite et plus facilement –et de manière moins spectaculaire– que la plupart des échanges précédents. Pendant des années, une célèbre habitude des échanges d'espions Est/Ouest consistait à les amener aux extrémités du pont de Glienicke reliant l'Allemagne de l'Est à Berlin Ouest. Les espions se mettaient à marcher au même moment des deux côtés du pont et le traversaient. (Cette méthode fut employée dans l'échange Abel-Powers et lors de la transaction impliquant Anatoly Shcharansky –devenu plus tard Natan Sharansky– en 1986.) Les négociations avaient aussi tendance à durer plus longtemps. Alors que les pourparlers sur le premier échange d'espions avaient duré près de deux ans, le récent arrangement s'est joué en quelques jours.

Et leurs enfants?

Explication bonus: Qu'arrive-t-il aux enfants des espions russes –peuvent-ils rester aux États-Unis? Oui. Tous les enfants nés aux États-Unis sont techniquement des citoyens américains et peuvent y demeurer. Cependant, les mineurs seront par défaut remis à leurs parents, sauf indication contraire. Par exemple, un avocat de l'un des espions, Vicky Pelaez, a déclaré que le fils de 17 ans de cette femme russe pouvait rester aux États-Unis avec son fils de 38 ans, issu d'un premier mariage. Michael Zottoli et Patricia Mills, en couple, se seraient tournés vers des proches pour qu'ils s'occupent de leurs enfants âgés de 1 et 3 ans. Leur fils de 20 ans qui vivait à Cambridge, dans le Massachusetts, va certainement continuer ses études à l'Université George Washington. Mais rester aux États-Unis ne sera pas chose facile vu que, conformément à leur accord judiciaire, leurs maisons et comptes en banque ont été confisqués. Il existe un précédent en matière d'enfants d'espions restant aux États-Unis. Les enfants (6 et de 10 ans) de Ethel et Julius Rosenberg avaient été adoptés par une famille américaine après l'exécution de leurs parents, en 1953.

L'Explication remercie Tony Mendez du Musée International de l'Espionnage et Tim Weiner, auteur de Legacy of Ashes: The History of the CIA. Merci aussi au lecteur Derek pour avoir posé la question.

Christopher Beam

Traduit par Peggy Sastre

Photo: Après l'échange des espions, l'avion américain à l'aéroport de Vienne, tandis que l'avion russe se prépare à décoller, Herwig Prammer / Reuters


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