France

Gouverner, c'est trancher

Eric Le Boucher, mis à jour le 12.07.2010 à 18 h 13

Pour reprendre politiquement la main, le chef de l'Etat doit montrer clairement quelle voie budgétaire il a choisi.

Visite du chef de l'Etat, le 1er juillet, dans une ferme de Brommat. REUTERS/Phi

Visite du chef de l'Etat, le 1er juillet, dans une ferme de Brommat. REUTERS/Philippe Wojazer

Une bonne façon pour Nicolas Sarkozy de se sortir des affres des affaires et de reprendre la main serait de structurer fortement sa politique économique et sociale. Il compte sur la future présidence du G20 pour paraître comme «un dirigeant de stature internationale» au-dessus du cloaque national, mais cela ne suffira pas: le rétablissement de sa légitimité impose qu'il dise, sans attendre 2012, où en est la France et où elle va.

Le budget est l'occasion de présenter une politique claire. Pour l'instant, c'est le trouble qui domine. On ne sait pas comment le président de la République répond aux deux questions qui se posent: à quelle vitesse doit-il installer l'austérité (et il est temps d'appeler un chat un chat)? Sur quoi faire porter les efforts? Pour l'heure, les documents présentés par François Baroin sont de la bouillie. Le maintien d'une perspective de croissance de 2,5% pour 2011, contre tout réalisme, apporte la preuve que le président refuse de trancher. Et, pour dire les choses, même si le budget 2011 semble devoir afficher une certaine fermeté pour éviter une dégradation de la note AAA de la dette française, chacun s'interroge sur la façon dont le président va mener sa campagne de réélection. Donc sur la tenue de ce budget.

Pour dire les choses encore plus nettement, le Président s'est-il converti vraiment à l'orthodoxie budgétaire ou est-il toujours convaincu que «le rétablissement du politique» passe par un Etat dépensier, comme il en a fait la démonstration depuis qu'il est à l'Elysée? Faut-il donc une austérité minimum ou une austérité assumée? Un repli tactique ou une réorientation fondamentale de la politique économique française? Pour l'heure, bien malin celui qui sait répondre. Sans doute d'ailleurs Nicolas Sarkozy ne le sait-il pas lui-même…

A quelle vitesse l'austérité? On se moquait ici la semaine dernière de l'incapacité des économistes à se mettre d'accord sur la question de savoir s'il est temps d'appuyer sur le frein ou s'il faut maintenir des dépenses de relance parce que la reprise est mal assurée. En vérité, l'analyse n'est pas facile, les indices négatifs affluent: le moral des ménages européens n'est pas bon, les Etats-Unis patinent et la Chine hoquette un peu. On peut dans ce contexte être légitimement inquiet pour l'économie française.

Le projet du gouvernement est d'afficher qu'il reviendra de 8,2% de déficit cette année (160 milliards d'euros) à 3% en 2013. Pour y parvenir, il faut économiser 60 milliards si la croissance est de 2,5% sur la période, et 90 milliards si elle n'est que de 1,5%. Le second scénario de croissance doit, hélas, être le seul considéré et encore, sans doute est-il lui-même trop optimiste. Autrement dit, l'austérité nécessaire est très sévère. Est-elle trop sévère? Probablement, mais s'il faut repousser l'engagement européen de revenir à 3% de déficit en 2013 comment vont réagir les marchés? «L'important est un plan crédible à moyen terme», juge Laurence Boone de Barclays Capital (1). Autrement-dit, la date de 2013 compte moins que la qualité des mesures.

Ce qui nous amène à la deuxième question: comment couper? Et est-il inévitable d'augmenter les impôts (autre tabou de M. Sarkozy)? Le gouvernement parle «d'objectif très ambitieux», mais sans précision. On apprend que les budgets réduits seront ceux de l'écologie, du logement, de la solidarité et de l'agriculture. Mais pourquoi? Selon quel principe autre que discrétionnaire? En parlant de «rilance», Christine Lagarde a évoqué l'idée de couper sauf dans les dépenses favorables à la croissance. Voilà une bonne clef, selon Patrick Artus (2), mais est-ce celle utilisée?

Plus au fond, sur les 1.000 milliards de dépenses publiques en France, 500 relèvent du «social». A moins de deux ans de l'élection, Nicolas Sarkozy doit devenir le président de l'austérité et d'une austérité qui révise à la baisse «l'Etat social». Une perspective électoralement dangereuse, on en convient, surtout pour un président dont la politique est systématiquement jugée «injuste». Mais faire l'autruche n'est pas la solution, ni vis-à-vis des marchés, ni vis-à-vis des Français. Sarkozy devrait assumer l'austérité et dire quel type d'«Etat social» il entend préserver.

Eric Le Boucher

(1) Colloque « L'euro dans dix ans », 6 juin, Association d'économie financière.(2) Flash économique 5 juillet.Prochaine chronique le 3 septembre.

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
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