Life

Fumer nuit gravement à la planète

Nina Shen Rastogi, mis à jour le 25.03.2009 à 21 h 24

Enfin, surtout les sales mégots qui trainent partout

Cigarettes, Niki m, CC (Creative Commons) FLICKR

Toute la chaîne de fabrication du tabac, y compris l'expulsion de fumées, n'est pas bonne pour l'environnement.

Je fume un paquet par jour depuis des années et je n'ai pas l'intention d'arrêter. Oui, je sais, je nuis à ma santé et à celle des autres, mais suis-je en plus une plaie pour l'environnement ? Et si oui, est-il possible d'être un fumeur écologique ?

Ce n'est pas un mythe, la cigarette nuit aussi bien à la planète qu'aux poumons. Alors à défaut d'avoir la conscience verte totalement tranquille, voici tout de même quelques points à méditer.

La culture du tabac n'est pas particulièrement écologique: très sensible aux maladies, la plante nécessite de fortes doses de pesticides. Chaque année aux États-Unis, les producteurs de tabac en  utilisent 12.250 tonnes. Si c'est une broutille au regard des 550.000 tonnes de pesticides utilisés aux Etats-Unis, les plantations de tabac exigent davantage de ces produits par hectare cultivé que de nombreuses autres cultures. (Mais moins que les pommes de terre, les tomates, les agrumes, le raisin et les pommes.)

La responsabilité du tabac dans la déforestation lui vaut également les foudres des écologistes. Le moyen le plus employé pour sécher le tabac, dit séchage à l'air chaud, requiert une source extérieure de chaleur. Dans les pays en voie de développement, où 85 % du tabac mondial est cultivé, cette source est obtenue le plus souvent par feu de bois. (Aux Etats-Unis, elle provient plutôt du pétrole, du charbon ou du GPL.) Selon un rapport de 1999 très complet publié dans la revue Tobacco Control, environ 200.000 hectares de bois et de forêts sont supprimés chaque année pour la culture du tabac, ce qui représente environ 1,7 % de la déforestation mondiale. (Mais pour le bien-être sylvestre, mieux vaut encore s'en griller une que se doper à la cocaïne ou à l'héroïne: le tabac massacre trois fois moins les forêts que les plantations de coca et de pavot, selon une estimation de la CIA.)

Les éco-fumeurs peuvent tenter de limiter les dégâts en adoptant le tabac biologique, qui a le mérite de résoudre le problème des pesticides. (Cela étant, ce tabac bio reste séché à l'air chaud.) Nombre d'accros à la nicotine ne jurent plus que par la marque American Spirit, à ce jour la seule à détenir la certification bio délivrée pour le tabac par le ministère américain de l'Agriculture. Mais si l'absence de pesticides et les techniques d'agriculture durable liés à cette marque sont un progrès, les écologistes continuent de crier à l'imposture dans la mesure où la société mère d'American Spirit se trouve être Reynolds American, filiale du géant British American Tobacco. Toutefois, tant qu'à fumer, autant opter pour le tabac bio.

Bien entendu, les cigarettes bio ne sont pas meilleures pour la santé que les cigarettes conventionnelles, et leurs volutes ne sont pas moins nocives. Car la majorité des composants dangereux de la fumée proviennent de la combustion de la feuille de tabac, et non des additifs chimiques. Une cigarette «naturelle» libère tout autant de monoxyde de carbone, de particules et d'hydrocarbures aromatiques polycycliques, les fameux HAP cancérigènes. Les nitrosamines toxiques, produites durant le séchage, ne posent pas moins problème.

Ce qui nous amène à la pollution atmosphérique imputable aux fumeurs. En moyenne, une cigarette émet autour de 14 milligrammes de particules, ces minuscules fragments qui se collent dans les poumons et causent des problèmes de santé. L'industrie du tabac produit environ 5.500 milliards de cigarettes par an. En supposant que toutes ces sucettes à cancer sont fumées, elles rejettent donc un total de 84.878 tonnes de particules annuelles, soit un peu moins de la moitié des émissions dues à la circulation automobile nord-américaine.

C'est malheureux à dire, mais il n'y a pas grand-chose à faire pour réduire sa pollution personnelle, si ce n'est fumer moins. Changer de marque n'y fera rien: selon une récente étude de l'Université du Michigan, quelle que soit la teneur en goudron, et que la cigarette soit mentholée ou non, elle émet toujours plus ou moins la même quantité de particules et de composés organiques volatiles, tels que le benzène, cancérigène connu, ou le styrène, cancérigène potentiel. R.J. Reynolds produit bien une sorte de cigarette prénommée Eclipse dans laquelle un bâtonnet de charbon permet de chauffer au lieu de brûler le tabac. Une Eclipse génère de 86 à 90 % de moins de particules qu'une cigarette conventionnelle, ce qui est positif sur le plan de l'environnement. Cependant, que cette cigarette soit plus «sûre» pour l'homme n'est pas prouvée, et son fabricant est d'ailleurs poursuivi pour l'avoir affirmé.

Le seul levier d'action dont disposent les fumeurs réside dans leurs mégots. Ces déchets sont un énorme problème : le chiffre effarant de 770.000 tonnes finit chaque année à la poubelle. Les filtres, qui atténuent la nocivité de la fumée inhalée, sont presque toujours en acétate de cellulose non biodégradable. En ce sens, mieux vaut fumer des cigarettes sans filtre, ou avec filtre en papier, comme la marque Parliament. (Ou alors consommer du tabac à rouler, de préférence biologique.) Surtout, jetez vos mégots à la poubelle, pas dans le caniveau ou les toilettes, car ils risquent alors de finir dans les fleuves ou les océans. Les mégots représentent tout de même 40%.des déchets ramassés par les volontaires écologistes le long des côtes. (Une solution est d'avoir toujours sur soi une boîte de cachous vide que l'on utilise comme cendrier portatif.)

Reste la cigarette électronique, un bidule muni d'une batterie qui produit un mélange de nicotine, d'eau et de propylène glycol, substance utilisée dans les machines à brouillard. Si les organismes de santé publique soulignent le manque d'études relatives à ce produit, il est vrai qu'il génère moins de déchets et de pollution que les cigarettes traditionnelles. Certes, l'option e-cigarettes vous expose au risque du ridicule, mais cela n'a encore jamais tué personne.

Nina Shen Rastogi est écrivain et éditeur à Brooklyn, New York.

Article traduit par Chloé Leleu

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Crédit photo; Cigarettes, Niki m, CC (Creative Commons) FLICKR

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