France

Transports franciliens: Huchon signe la fin des zones

Gilles Bridier, mis à jour le 09.07.2010 à 19 h 19

Les tarifs des transports en Ile-de-France ont augmenté au 1er juillet. Une refonte radicale de la tarification est étudiée par Jean-Paul Huchon pour 2012.

Grandes manœuvres dans la tarification des transports en Ile-de-France. Les usagers en font l'expérience puisque, depuis le 1er juillet, ils supportent une augmentation de 6,25% du ticket t+ vendu 1,7 euro, et de 3,4% pour le carnet de 10 tickets qui passe à 12 euros. Pour les abonnements mensuels Navigo, la formule retenue par le Syndicat des transports d'Ile-de-France (STIF) consiste en une augmentation de 3,80 euros quel que soit le zonage, à l'exception des forfaits 1-5 et 1-6 dont les tarifs demeurent inchangés. De sorte que le pourcentage d'augmentation varie en fonction du prix du coupon mensuel et peut atteindre 7,1% pour la zone 2-3, 6,7% pour la zone 1-2, 5,1% pour 1-3, etc.

Extension programmée de la gratuité aux jeunes en insertion

Pour autant, Jean-Paul Huchon, président PS du conseil régional et, à ce titre, également président du STIF, insiste sur les efforts de la région en matière de tarification sociale. Environ 1.150.000 personnes bénéficient aujourd'hui soit de la gratuité totale ou d'une réduction de 75%, pour un coût de 87 millions euros par an pris en charge par la région. En outre, Jean-Paul Huchon attend pour le printemps 2011 une extension de la gratuité aux jeunes en insertion, qui ajoutera 20 à 40 millions d'euros à la prise en charge régionale.

En tandem avec les Verts

Mais les chantiers les plus lourds sont ailleurs. On se souvient que, dans l'entre-deux-tours des élections régionales, les Verts d'Europe Ecologie avaient obtenu de leurs partenaires socialistes un accord pour la mise en place à mi-mandat, c'est-à-dire en 2012, d'une tarification unique du Pass Navigo en Ile-de-France. Sacré défi, qui consiste à faire payer le même abonnement de transport tant aux urbains qui se déplacent dans Paris intramuros, qu'aux usagers des zones périphériques qui se rendent dans le centre de l'agglomération parisienne ou voyagent de banlieue à banlieue.

Jean-Paul Huchon affiche d'ailleurs une certaine prudence à l'égard de ce «marqueur politique des Verts». Certes, il en conçoit la logique: «Il s'agit de rétablir plus d'égalité entre les usagers qui ont un réseau de transport de qualité dans l'agglomération centrale et ceux qui, plus éloignés du centre, sont moins favorisés. L'idée est donc de diminuer la tarification des plus éloignés», explique-t-il.

Prudence sur la tarification unique

Mais cet accord tactique pour la tête de liste socialiste en Ile-de-France, a ses limites. Jean-Paul Huchon en convient: «Ce n'est pas forcément idéal au regard de la logique des transports. Le premier inconvénient est politique car on pénalise Paris et la  petite couronne», souligne-t-il. Le deuxième inconvénient est financier: quel tarif appliquer pour assurer l'équilibre du système? Aujourd'hui, le prix moyen du Pass Navigo mensuel est de 60 euros. Un tarif unique à 65 euros générerait un déficit de 400 à 600 millions d'euros par an. Pour assurer l'équilibre financier, d'aucuns avancent une nécessaire augmentation de 30% du prix actuel... politiquement bien délicate, voire impossible.

Il existe aussi un troisième inconvénient qui touche spécifiquement à l'organisation des transports, car une tarification unique risque de favoriser des transferts sur l'automobile au cas où, sur de courts trajets, les transports en commun ne seraient plus compétitifs. Ce qui irait à l'encontre de l'objectif recherché, consistant à promouvoir les transports publics.

Deux ans d'études

Aussi, sans fermer la porte à une tarification unique, Jean-Paul Huchon manifeste une retenue sans équivoque: «Il est réducteur de dire que cet accord doit donner le jour à une tarification unique. Nous allons procéder à des études. Nous nous sommes fixés jusqu'à 2012, et ces études doivent commencer au mois de septembre. Mais dans un an, nous devrions disposer des premiers éléments qui nous permettront de creuser les pistes pour y parvenir.»

Pour rétablir une certaine équité qui prenne en compte une offre de transport moins importante en grande périphérie, on pourrait aussi songer à supprimer la zone 6, précise Jean-Paul Huchon.

La fin du zonage à horizon 2012

En fait, le président du conseil régional et du STIF semble séduit par une refonte plus radicale de la tarification en Ile-de-France. Et qui passe par la suppression des fameuses zones tarifaires introduites en 1975 avec la carte Orange. «Les transports de banlieue à banlieue en utilisant des rocades vont se développer, explique-t-il. Mais lorsque vous allez d'une banlieue à une autre en contournant Paris, vous ne changez pas de zone. On n'est donc plus dans une logique de tarification à la zone, mais de tarification à l'unité de transport. On pourrait aussi moduler les tarifs en fonction des heures de la journée - heures de pointe et heures creuses - et de la journée dans la semaine - week-end pour autres jours.»

Le projet progresse: «Le STIF procède à des études qui pourraient aboutir dans un an et demi, en même temps que celles sur la tarification unique.» 2012 sera donc l'année charnière pour une nouvelle tarification des transports franciliens, mais aussi d'une négociation serrée avec les Verts.

En revanche, la tarification à l'unité de transport décrite par Jean-Paul Huchon est cohérente avec le projet de rocade Arc Express qu'il soutient, et qui est différent de celui du Grand Paris et de sa double boucle de métro automatique... même s'il peut y avoir parfois des recouvrements. Un projet à 6 milliards d'euros piloté par le STIF, qui pourrait aboutir entre 2017 et 2020.

Relever le versement transport pour Arc Express

Encore faudra-t-il le financer! Jean-Paul Huchon propose des solutions, qui passent par une augmentation du versement transport des entreprises, actuellement plafonné à 2% de la masse salariale: «Une augmentation de 0,1% rapporterait 250 millions d'euros par an. Ce qui permettrait de contracter un emprunt de 2 à 3  milliards d'euros, et de faire face aux intérêts de 70 à 80 millions d'euros par an.» Le président du STIF y croit dur comme fer et espère qu'une décision sera prise en ce sens dans le projet de loi de Finances 2011 qui sera arbitré fin août. A défaut, il mise sur un relèvement des taux les plus bas de ce versement transport, qui ont cours dans les zones jadis les moins urbanisées; cette disposition rapporterait entre 200 et 230 millions d'euros par an.

Et il se prend à espérer une restitution du FARIF (Fonds d'aménagement de la région Ile-de-France) qui avait été retiré à la région par le gouvernement Jospin («ce qui est un paradoxe savoureux», convient-il avec ironie). A la clé, 260 millions d'euros qui ne peuvent être utilisés que pour des investissements. Mais Jean-Paul Huchon reste lucide: «Ce fonds étant maintenant consolidé dans les comptes du Trésor, Bercy ne lâchera jamais.»

Sur un plan politique, l'important pour Jean-Paul Huchon, est ailleurs: lancer Arc Express, qui faillit un moment disparaître au profit du projet de Grand Paris, qui a été réhabilité après les élections régionales par Nicolas Sarkozy à la suite d'un bras de fer entre Christian Blanc (alors secrétaire d'Etat à la région capitale) et la région, et dont les consultations publiques (une vingtaine de réunions sont prévues) vont maintenant pouvoir commencer.

Gilles Bridier

Photo: Un Transilien / Benjism89 via Wikimedia

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