Philippe Courroye, un procureur sous surveillance
Le magistrat en charge de l'affaire Bettencourt est sous le feu des critiques. En cause, sa proximité avec Nicolas Sarkozy.
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Admirateur de Napoléon, le juge Courroye, surnommé «Le Héron» pour sa grande taille, avait la réputation d'un magistrat intransigeant. C'est lui qui en 2000 avait instruit à Paris l'affaire du trafic d'armes entre la France à l'Angola. Un dossier ultra-sensible qui s'était terminé par la condamnation, entre autres, de Jean-Christophe Mitterrand, le fils de l'ancien président, et de Charles Pasqua, ancien ministre de l'Intérieur.
Ce dernier se souvient encore de sa première rencontre avec le juge dans son cabinet et de son humiliation lorsque celui-ci lui avait imposé d'ouvrir son portefeuille pour en vérifier le contenu ainsi que son identité... Quant au fils Mitterrand, ulcéré par les méthodes directes du magistrat, il avait déclaré durant l'instruction que Philippe Courroye «sue la haine».
Désormais, c'est un autre parfum qui plane autour du juge. Celui d'une trop grande proximité avec le pouvoir en place, dont il se rapproche au cours du second mandat de Jacques Chirac. Le tournant dans sa carrière jusqu'alors parfaite date de mars 2007 et de sa nomination contestée comme procureur de la République de Nanterre. Malgré l'avis négatif du Conseil supérieur de la magistrature en raison de son manque d'expérience au parquet, la Chancellerie avait placé Philippe Courroye à ce poste stratégique, en plein cœur de l'ancien fief politique de Nicolas Sarkozy dont il est un proche.
Cité dans les écoutes
A 51 ans, c'est donc lui qui est aujourd'hui en charge d'enquêter sur l'affaire Bettencourt. A cette heure, il a ouvert trois enquêtes préliminaires: l'une sur les conditions d'enregistrement des écoutes pirates au domicile de Liliane Bettencourt; l'autre sur les allégations portées contre l'ancien ministre du Budget Eric Woerth et une troisième déclenchée le 9 juillet, sur des faits éventuels de blanchiment de fraude fiscale, évoqués dans les enregistrements clandestins opérés par le majordome au domicile de Liliane Bettencourt.
Jour après jour, le travail de Philippe Courroye est de plus en plus contesté, et les banderilles viennent de tous les côtés. L'Union syndicale des magistrats (USM) et l'Association française des magistrats instructeurs (AFMI) lui ont les premiers demandé de se dessaisir du dossier au profit d'un «juge d'instruction indépendant». Magistrat du parquet, le procureur Courroye est en effet statutairement subordonné au parquet général de Versailles et par effet domino au ministère de la Justice.
Côté politique, le député socialiste Arnaud Montebourg a également réclamé son dessaisissement. Martine Aubry, la première secrétaire du PS, est allée plus loin, suggérant un «dépaysement» de l'affaire dans un autre tribunal. Une telle demande «dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice» ne peut être décidée que par la Cour de cassation, soit sur requête du procureur général près la Cour de cassation, soit sur requête du procureur général près la cour d'appel de Versailles, agissant d'initiative ou sur demande des parties.
Enfin, le dernier coup en date est venu de l'ancien Premier ministre et adversaire à droite de Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin. Sur France Info, Villepin a estimé le 9 juillet 2010 qu'«un juge d'instruction ayant toutes les prérogatives d'un juge d'instruction, ce qui n'est pas le cas du procureur, serait sans doute plus à même d'aller au fond du dossier», rappelant au passage les «liens d'amitié» entre Philippe Courroye et le chef de l'Etat.
Une guerre de juges
Si un soupçon de partialité pollue en permanence le travail du magistrat de Nanterre, c'est parce que celui-ci est nommément cité dans les écoutes, et pas vraiment à son avantage. Le 21 juillet 2009, Patrice de Maistre, le gestionnaire de Liliane Bettencourt, rassure la milliardaire, en lui expliquant que Patrick Ouart, le conseiller juriridique de Nicolas Sarkozy à l'époque, lui a assuré que «le procureur Courroye allait annoncer le 3 septembre que la demande de votre fille est irrecevable».
Deux mois et demi plus tard, le 3 septembre 2009, le magistrat décide en effet de rejeter la plainte pour «abus de faiblesse» déposée par Françoise Bettencourt-Meyers à l'encontre de l'artiste François-Marie Banier. Une concordance de dates du plus mauvais effet sur l'indépendance de Philippe Courroye.
Sa situation est d'autant plus délicate que le magistrat est au centre d'une véritable guerre de tranchées judiciaire au sein du tribunal de Nanterre, avec sa consœur Isabelle Prévost-Desprez. En 2000, les deux juges avaient pourtant instruit ensemble le dossier de l'Angolagate. Les rapports entre eux étaient alors au mieux.
Désormais, la lune de miel est bel et bien terminée. Quand Philippe Courroye a rejoint le parquet en 2007, Isabelle Prévost-Desprez, elle, a choisi de rester au siège, aux affaires économiques et financières de Nanterre, se retrouvant de fait sous son autorité. Depuis, les deux magistrats se détestent, la seconde reprochant notamment au premier de ralentir tous les dossiers sensibles.
Le 1er juillet, c'est la juge Prévost-Desprez qui a présidé l'audience Bettencourt-Banier devant la 15e chambre correctionnelle. A peine a-t-elle décidé de renvoyer le procès pour s'auto-saisir d'un supplément d'information, que le procureur Philippe Courroye a fait appel, bloquant ainsi toute initiative. Détail cocasse, plusieurs enregistrements pirates résument parfaitement le bras de fer entre les deux magistrats.
Les 19 et 30 novembre 2009, Liliane Bettencourt écoute Patrice de Maistre et son avocat, Georges Kiejman, lui exposer le dossier. Pour eux, «la petite présidente» pose problème et «complique cette affaire (...) avec son ego et sa vanité (...). Il suffit que le procureur Philippe Courroye dise quelque chose pour qu'elle fasse le contraire». Selon le Nouvel Observateur, la juge pourrait néanmoins instruire son supplément d'information sur les écoutes sauvages dès le 13 juillet. Les deux magistrats enquêteraient donc en parallèle sur le même dossier...
Un déjeuner embarrassant
L'affaire Bettencourt est d'une importance capitale pour Philippe Courroye, qui a besoin de se refaire une virginité judiciaire et de prouver de nouveau son indépendance vis-à-vis du pouvoir politique. En juin 2009, une autre affaire avait déjà entaché l'image du procureur. A l'époque, le Canard Enchaîné avait révélé la tenue d'un déjeuner au domicile de Philippe Courroye, avec l'avocat Paul Lombard, le PDG de Casino, Jean-Charles Naouri, et un responsable policier chargé d'enquêtes relatives à ce groupe d'hypermarchés. Un scoop qui avait fragilisé le magistrat et nourri des soupçons de conflits d'intérêts.
Ironie de l'histoire, Me Paul Lombard était à l'époque l'avocat de... Liliane Bettencourt. Dans une écoute, Patrice de Maistre explique même à la milliardaire avoir recruté Me Lombard «parce que l'Elysée (lui) avait dit qu'il avait un très bon contact avec le procureur». A la suite de la révélation de ce déjeuner, Liliane Bettencourt avait préféré être représentée par Georges Kiejman. Un changement d'avocat à défaut d'un changement de procureur.
Bastien Bonnefous
Photo: Philippe Courroye, décembre 2009. REUTERS/Charles Platiau
Mis à jour le 13/07/2010 à 19h39













































En tout cas ce n'est pas avec une perquisition fantoche dont tout le monde était au courant de longue date qu'il va redorer son blason... Quel gaspillage de deniers publics, comment penser que les acteurs de cette affaire seraient assez débiles pour ne pas avoir tout cacher avant hier, et comment penser qu'au pire ils cacheraient tout avant l'arrivée des policiers alors que les véhicules des journalistes étaient déjà en place bien avant que la Police arrive, de qui se moque-t-on , hélas je crains de connaître la réponse...
Les procureurs ne sont qu'un maillon, il ne pourront jamais être indépendant du pouvoir politique qui se sert de ce maillon comme bouclier et de fusible.
Pour les cas sensibles de notre pays, politiques, quelques préviligiés soit riches soit amis du pouvoir, la démocratie française ressemble à toutes ses démocraties dites populaires mais qui ne sont que le reflet d'un pouvoir de république bannanière.
Le politique une nouvelle fois montre sa faiblesse, la "magouille" à tous les niveaux.
Si notre pays était une démocratie digne de ce nom un juge d'instruction serait déjà nommé et les politiques FOURNIRAIENT l'ensemble des documents qui pourraient prouver leur innocence il n'y a pas plus simple comme démarche et PLUS HONNETE, question: honnête est-il un mot dans la moralité politique??????
Et pour aboutir, il faut être en bande organisée, au sein même de l'autorité judiciaire
La preuve, avec ce juge d’instruction soutenu à tous les niveaux et nécessairement jusqu’au sommet et jusqu’à la fin des temps - candidat aux législatives 1997 et 2002 et membre de la commission de contrôle financier d’un certain parti en 2003 - qui a tranformé en miraculé judiciaire le directeur de campagne d’un certain candidat de ce même parti pour une certaine élection, alors qu’il était pris la main dans le sac - grâce à un non lieu d’anthologie qui mériterait de trôner dans votre salon.
D'autres détails ici à la fin de l'article des inrocks Indépendance de la justice française: les six cas qui fâchent http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/51753/date/2010-10-08/article/independance-de-la-justice-francaise-les-six-cas-qui-fachent