Economie

Les emplois chinois ne reviendront pas

Gérard Horny, mis à jour le 14.01.2011 à 14 h 09

La hausse des salaires en Chine fait naître des espoirs de retour des activités en France. Ces espoirs seront déçus.

Et si la Chine cessait d'être compétitive et d'attirer tous les producteurs industriels? La prise en compte des revendications sociales par les entreprises et les pouvoirs publics est observée de très près à l'étranger. Il faut dire que les hausses de salaires annoncées sont loin d'être négligeables: 33% dans certaines usines Honda, 70% chez Foxconn, l'entreprise qui assemble tous les produits Apple (parmi d'autres). Au 1er juillet, le salaire minimum a été revalorisé dans certaines villes ou provinces dans des proportions pouvant atteindre 33%, comme ce fut le cas dans le Henan, la province la plus peuplée. Ajoutez à cela l'annonce d'un peu plus de souplesse dans la gestion du taux de change du yuan, et vous avez toutes les chances de voir les produits chinois devenir sensiblement plus chers au fil des années.

Le passage du cap Lewis

Mais ce qui donne encore le plus d'espoir aux observateurs étrangers, c'est le fait que la Chine aurait passé le cap Lewis (du nom d'un économiste spécialiste du développement), c'est-à-dire que sa population comprise entre 15 et 24 ans commencerait à décliner du fait de la réussite de la politique de l'enfant unique. C'en serait fini de l'arrivée massive sur le marché de nouveaux travailleurs prêts à accepter n'importe quelle rémunération et n'importe quelles conditions de travail. Le cap Lewis, vu de loin, se transforme en cap de bonne espérance!

Les Chinois eux-mêmes se posent la question: «Combien de temps la Chine pourra-t-elle rester un pays compétitif?», s'interroge le Quotidien du peuple, alors que le yuan commence à s'apprécier face au dollar. En fait, il serait peut-être plus juste de dire que le quotidien «feint de s'interroger», car on a peine à croire que les économistes locaux n'aient pas vu l'importance de l'écart qui subsiste entre les salaires locaux et ceux de l'Occident. Malgré l'augmentation accordée à la suite de la grève de juin, le salaire de base chez Honda en Chine reste inférieur à 250 euros par mois. Il faudrait beaucoup d'autres augmentations ou une réévaluation du yuan d'une ampleur inimaginable vis-à-vis de l'euro pour que l'automobile chinoise et l'automobile européenne puissent se comparer en termes de prix. Et l'on ne parlera pas des produits électroniques pour lesquels les capacités de production sont pratiquement inexistantes en Europe.

Les emplois partis ne reviendront pas

En fait, la question n'est pas près de se poser en ces termes. Si la Chine perd en compétitivité, ce ne sera pas vis-à-vis des pays développés. Dirigeants politiques américains ou européens peuvent dénoncer les délocalisations, ils ne changeront rien au fait que les emplois partis en Chine ne reviendront pas; s'ils quittent la République populaire, ce sera pour le Vietnam, l'Inde ou l'Indonésie. D'ailleurs, la Chine s'y prépare. Son souci est de monter en gamme et d'accaparer une partie de plus en plus grande de la valeur ajoutée des biens exportés à partir de son territoire. La recherche-développement s'effectuait avant de façon pratiquement exclusive en Amérique du Nord, en Europe et au Japon. Elle se fait de plus en plus dans les grands pays émergents. Microsoft, par exemple, a installé à Pékin le centre de R&D le plus important après celui de son quartier général aux Etats-Unis.

Progressivement, Pékin pourrait donc laisser partir les activités les moins nobles qui peuvent être acceptées par une main-d'œuvre peu formée et peu payée.

Si l'on en croit les opinions exprimées lors d'un récent colloque sur le développement mondial organisé à l'OCDE, cette nouvelle répartition des tâches qui pourrait apparaître peu à peu ne concernerait pas seulement les pays de la zone Asie-Pacifique. La Chine voit plus loin. Ainsi, sa présence en Afrique ne s'expliquerait pas seulement par sa recherche méthodique du contrôle de toutes les matières premières dont elle a besoin, mais aussi par son souci de disposer d'une réserve de main-d'œuvre bon marché. Certains spécialistes du développement y voient d'ailleurs une chance pour ce continent; d'une façon plus générale, les pays pauvres pourraient profiter des investissements réalisés par les émergents confrontés à la baisse de leur compétitivité-prix.

Dans ces conditions, le débat sur les relocalisations qui agite périodiquement les pays développés depuis deux ans est pratiquement sans objet. Les exemples d'entreprises déçues de la délocalisation (travail de moins bonne qualité, délais de réaction plus longs, etc) et qui reviennent dans l'Hexagone ne manquent pas. Mais des exemples ne font pas une tendance. Les 200 millions d'euros d'avances remboursables promis par Nicolas Sarkozy le 4 mars et financés par le grand emprunt risquent surtout de profiter à des entreprises qui, de toute façon, seraient revenues. La Chine peut encore relever les salaires de ses ouvriers et laisser monter le yuan, ce n'est pas cela qui va relancer la création d'emplois industriels en France.

Gérard Horny

Photo: Un Chinois soigné par de l'acuponcture, à Pékin. REUTERS/David Gray

En partenariat avec emploiparlonsnet

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