France

L'affaire Bettencourt, le «Watergate français»

Slate.fr, mis à jour le 11.07.2010 à 23 h 05

Si l'affaire Bettencourt domine l'actualité française depuis maintenant plusieurs semaines, elle intéresse aussi beaucoup à l'étranger depuis que Nicolas Sarkozy a été mis en cause par les accusations de Claire Thibout (qui s'est depuis en partie rétractée). Les médias anglo-saxons analysent l'affaire et la situation délicate de Sarkozy avec recul et sans consession.

Vanity Fair s'étonne ainsi du refus de démissionner d'Eric Woerth malgré «son double rôle de fonctionnaire et de collecteur de fonds politique», un conflit d'intérêt qui était «encore plus flagrant quand il était ministre du Budget». Le magazine souligne aussi les contradictions de Sarkozy, qui demande à ses ministres de se serrer la ceinture alors qu'il a commandé un nouvel avion présidentiel de 150 millions d'euros et qu'il a fait doubler son salaire, ou encore qui demande aux Français de s'intéresser aux vrais problèmes de la croissance, de la santé et des retraites plutôt qu'à des ragots alors qu'il a tenu il y a deux semaines une réunion de crise sur le fiasco des Bleus en Afrique du Sud. Pour le magazine, l'affaire Woerth rappelle le pire scandale politique américain, le Watergate:

Comme Nixon pendant le Watergate, Sarkozy fait face à une mort à petit feu et essaie de minimiser les dégâts. Et comme à l'époque, les plus puissants, ceux qui sont au cœur du scandale, restent en poste pendant que les ministres moins importants sont jetés par-dessus bord comme pour lâcher du lest. Et comme pendant le Watergate, je pense que les révélations ne vont pas s'arrêter de sitôt.

Le site de The Economist fait quant à lui sa une sur l'affaire qui passionne la France, sous le titre «La comptable et le Président.» Après un rappel des évènements et des positions des différents protagonistes, le magazine britannique donne en fin d'article son analyse sur les dernières accusations concernant le Président français:

La difficulté est que, contrairement aux révélations de la semaine dernière, qui ont été confirmées par les partis concernés, celles contre M. Sarkozy reposent uniquement sur la parole de la comptable, soutenue par son avocat. [...] De plus, il pourrait y avoir des manœuvres politiques en jeu. Le fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du Monde et ancien militant trotskyste, a des relations avec la gauche française.

Le très sérieux Financial Times décrit pour sa part un Sarkozy qui «a du mal à réaffirmer son autorité» sur de nombreux dossiers: «La position de M. Sarkozy n'est pas immédiatement menacée, mais il n'a jamais eu l'air aussi faible et à la merci des évènements.» Le quotidien de la City estime qu'en ne limogeant pas Christian Blanc et Alain Joyandet, et donc en les laissant prendre les devants et démissionner, il est «apparu faible et déconnecté». Le FT qualifie lui aussi de «conflit d'intérêt flagrant» la situation d'Eric Woerth, et ne comprend pas comment Sarkozy ne lui a toujours pas demandé de quitter ses fonctions de trésorier de l'UMP.

Pour le New York Times, le scandale, «que les révélations de plus en plus surprenantes rapprochent de jour en jour du centre du pouvoir français», est «en train de devenir la pire crise politique de Sarkozy depuis le début de son mandat.»

[Lire les articles du Financial Times, du New York Times, de Vanity Fair et de The Economist]

Photo: Portrait de Richard Nixon, REUTERS/White House

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