France

Olivier Metzner, avocat d'affaires

Bastien Bonnefous, mis à jour le 17.03.2013 à 12 h 35

L'avocat est partout: de Villepin à Françoise Bettencourt, en passant par Kerviel, c'est un conseil incontournable et contesté.

Olivier Metzner, en février 2010. REUTERS/Benoît Tessier.

Olivier Metzner, en février 2010. REUTERS/Benoît Tessier.

L'avocat Olivier Metzner a été retrouvé mort, dimanche 17 mars 2013, au large de son île privée dans le golfe du Morbihan. Ci-dessous, un portrait réalisé à l'été 2010, en pleine affaire Bettencourt.

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Le sujet ne fait pas débat: Olivier Metzner est désormais un avocat incontournable. C'est aussi, depuis l'éclatement de l'affaire Bettencourt, un avocat qui dérange, voire qui déplaît. Ceci expliquant sans doute cela.

A 60 ans, cet homme au physique churchillien et à l'œil goguenard est de tous les grands dossiers. Rien que sur l'année 2009-2010, son tableau de chasse donne le vertige: il a défendu l'ancien trader de la Société Générale Jérôme Kerviel, la compagnie aérienne américaine Continental Airlines lors du procès Concorde, l'ex-dictateur panaméen Manuel Noriega, qui vient d'être condamné par la justice française à sept ans de prison pour blanchiment d'argent de la drogue.

Il représente également la municipalité de La Faute-sur-Mer, dévastée par la tempête Xynthia, et devait assister Jean-Marie Messier au procès Vivendi. Mais l'ancien tycoon français a préféré à la dernière minute ne pas associer son image à celle du défenseur du trader Kerviel, lui substituant un autre ténor, Pierre Haïk.

L'avocat de Dominique de Villepin

Surtout, Me Metzner a obtenu la relaxe de Dominique de Villepin au procès Clearstream en novembre 2009 —j'y reviendrai— et il est l'avocat de Françoise Meyers-Bettencourt, la fille de Liliane Bettencourt, qui a saisi la justice pour «abus de faiblesse» à l'encontre de François-Marie Banier. Celle par qui —indirectement— le scandale est arrivé, avec l'affaire Woerth et la crise politique qui s'en suit.

Au fil des ans et des portraits dans la presse, la légende Metzner s'est affinée, au point d'être désormais bien huilée. Olivier Metzner ou l'histoire d'un Petit Chose, fils de modestes agriculteurs normands, mauvais élève qui obtient un bac G par miracle, puis monte à Paris faire son droit sans réseau ni piston. Un garçon timide et complexé, mais travailleur et malin, qui en quelques années, va se hisser au sommet du milieu très fermé des avocats d'affaires.

Sacré n°1 dans sa catégorie au palmarès du magazine «Best Lawyers», il a défendu le gratin politico-économico-médiatique de la dernière décennie. Avocat des grands patrons Martin Bouygues ou François Michelin comme des chanteurs Bertrand Cantat ou Florent Pagny, il a assisté Jacques Crozemarie dans l'affaire de l'ARC, Loïk Le Floch-Prigent au procès Elf, le socialiste Jean-Paul Huchon ou la Scientologie.

Un palmarès impressionnant pour cet avocat amateur de havanes et fin connaisseur de Verdi, dont ses adversaires moquent la piètre éloquence. Mais Olivier Metzner a remplacé les effets de manche et les envolées oratoires par un travail de fourmi judiciaire. Adepte des «nouvelles» technologies, il a numérisé l'intégralité de ses dossiers et ne compte plus les heures passées derrière ses éternelles demi-lunes dans son cabinet —un hôtel particulier Louis XV situé dans le quartier des ministères, véritable musée du design— à traquer le vice de procédure, le PV qui fait mouche, le détail juridique qui tue.

Un expert en «coups» juridiques

Un spécialiste des «coups». Son dernier en date —et pas des moindres—, ce sont les «écoutes» sauvages de Liliane Bettencourt et de son entourage professionnel, réalisées en secret par le majordome de la milliardaire, pendant un an, entre mai 2009 et mai 2010. Dans un portrait du Nouvel Observateur publié le 10 juin 2010, «le roi de la place» Olivier Metzner annonçait d'ailleurs un «document explosif» à venir dans l'affaire Bettencourt.

Bravache, il se targuait de maîtriser le timing médiatique, en véritable chef militaire. «Sentir le bon moment pour faire évoluer un dossier, c'est le secret de fabrication», expliquait-il à l'hebdomadaire, ajoutant que «quand [il] communique, les instructions sont respectées: une agence fait un communiqué au jour dit, un journal publie l'info à un autre moment convenu d'avance, pareil pour les radios ou les télés».

Metzner a-t-il alimenté la presse?

Ces quelques phrases sibyllines vont déchaîner la colère des parties adverses au procès Bettencourt, car dès le 16 juin, Mediapart et Le Point publient les premiers enregistrements pirates. Pour Georges Kiejman, l'avocat de Liliane Bettencourt, l'enchaînement des dates fait preuve: son confrère Metzner a alimenté la presse.

Le 20 juin 2010, dans une interview au Journal du Dimanche, Me Kiejman accuse carrément Olivier Metzner d'être le «cerveau» d'un «complot organisé de longue date» contre sa cliente. Une sortie qui lui vaut d'être poursuivi en diffamation par Me Metzner, qui se défend d'être «à l'origine» des écoutes. «J'en ai pris connaissance en mai lorsque l'ancien maître d'hôtel de Mme Bettencourt a pris contact avec ma cliente. Après déclaration devant huissier, j'ai immédiatement transmis ces pièces à la police», m'explique-t-il.

Qu'importe, le 1er juillet 2010, Me Kiejman, l'avocat de Liliane Bettencourt, en remet une salve lors de l'audience correctionnelle devant la 15e chambre du tribunal de Nanterre. Traitant en aparté son confrère de «mufle» et de «voyou», il accuse Olivier Metzner d'avoir «drivé» le majordome et d'avoir transformé son cabinet en «officine». Me Kiejman en vient même à le menacer physiquement, lui rappelant que son «revers du gauche est connu».

Pour bien comprendre la haine qui sépare les deux hommes, il faut savoir que Georges Kiejman est cité dans les écoutes, notamment lors d'un enregistrement effectué le 9 septembre 2009, durant lequel l'avocat s'entretient avec Liliane Bettencourt, Patrice de Maistre, le gestionnaire de la milliardaire, et Jean-Michel Normand, son notaire. Une violation manifeste du secret professionnel que Me Kiejman ne pardonne toujours pas à son confrère Metzner.

Une ténébreuse affaire et un complet imbroglio

L'affaire s'envenime un peu plus encore le 4 juillet 2010, avec la parution, toujours dans le JDD, d'une enquête dans laquelle le nom d'Olivier Metzner est cité. L'histoire, crapuleuse, est passablement complexe: un jeune homme, présenté comme un «ancien proche» de l'avocat, est accusé d'avoir empoisonné en 2008 son amant, un riche producteur de musique australien, pour bénéficier d'un faux testament rédigé en sa faveur.

Interrogé par la police, un complice présumé du suspect «charge» Me Metzner, affirmant que l'avocat était «au courant» pour le testament. Ce complice présumé est défendu par Me Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy au procès Clearstream et adversaire à l'époque d'Olivier Metzner. Quand on ajoute que le neveu du défunt a pris comme avocat Hervé Témime, conseil de François-Marie Banier dans l'affaire Bettencourt, l'imbroglio est complet.

Olivier Metzner, lui, y voit clair et réagit en accusant le JDD de «manipulation». Dans une lettre envoyée à la direction de l'hebdomadaire, il y dénonce une «vengeance» via «un article qui [le] met sournoisement et insidieusement en cause» et une «manipulation, car cette mise en cause se situe dans un contexte très particulier où beaucoup souhaitent tenter de [le] déstabiliser».

Un avocat qu'il faut faire taire

Pour l'avocat, la révélation des écoutes Bettencourt et la crise politique jusqu'à l'Elysée qui s'ensuit, appellent les répliques les plus vives, par tous les moyens s'il le faut. «Je comprends le climat de panique de certains au vu des révélations dont on m'attribue à tort la responsabilité», écrit-il, ajoutant que «le nom des avocats intervenant dans cette procédure» est «sans doute le fruit du hasard».

Quand je l'interroge, Me Metzner n'en démord pas: il est désormais un avocat qu'il faut faire taire. «C'est une manœuvre et une tentative de déstabilisation orchestrée par l'Elysée car je dérange», déclare-t-il. Des accusations graves portées contre le pouvoir et Nicolas Sarkozy, mais que Le Monde a semble-t-il avalisées.

Dans un article du 5 juillet 2010, le quotidien revient sur cette «histoire sordide, sur fond d'affaire de mœurs», affirmant que «certains conseillers de Nicolas Sarkozy cherchaient, ces derniers jours, à [l']ébruiter». Estimant que «tous les coups semblent permis», Le Monde ajoute que Me Metzner n'est pas «aimé en haut lieu».

L'avocat, lui, dit s'en «foutre» et n'avoir toujours qu'un seul objectif: se «concentrer sur la procédure pour abus de faiblesse impliquant François-Marie Banier et les différents prédateurs tournant autour de Liliane Bettencourt». L'affaire Woerth et la dimension politique du dossier ne l'intéressent pas, jure-t-il. «M. et Mme Woerth ne font pas partie de l'abus de faiblesse, donc ça ne concerne pas ma cliente, Françoise Bettencourt-Meyers.» Parole d'avocat.

Bastien Bonnefous

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