Monde

Les Frères Musulmans lancent leur propre Facebook

Temps de lecture : 2 min

Un peu cheap et pas très fréquentée, la page facebook officieuse des Frères Musulmans ne comporte pour le moment que 127 membres. Pourtant, le groupe islamiste d'opposition égyptien est très présent sur la Toile avec IkhwanWiki, IkhwanGoogle ou encore IkhwanTube, Ikhwan signifiant «fraternité» en arabe. Et depuis quelques jours, ce panel 2.0 s'est élargi, avec un clone open source de Facebook nommé... IkhwanBook. Hormis son étiquette communautaire, le petit nouveau ne diffère guère du réseau social californien avec la même possibilité de partager des photos, des vidéos ou de discuter en direct avec ses amis.

Selon The National, un quotidien émirati anglophone, les Frères Musulmans verraient en IkhwanBook un moyen de propager leur «vision relativement modérée de l'Islam politique» et «d'attirer des sympathisants». Mais que pèsera IkhwanBook face aux 400 millions de membres de Facebook? Le magazine américain Foreign Policy semble ainsi douter du succès de l'initiative. Selon Brian Fung, IkhwanBook devrait tenter de créer des ponts, plutôt que de relayer la seule parole d'une communauté:

IkhwanBook permettra à ses membres de bénéficier d'une certaine tranquilité. Mais toucher de nouveaux publics et réseaux risque d'être plus difficile. Les réseaux sociaux à succès ont toujours grandi en créant des ponts, plutôt qu'en faisant la promotion d'un seul et même intérêt.

Cités par The National, certains membres des Frères Musulmans se défendent d'un quelconque communautarisme.«Nous ne serons pas isolés. De nombreux groupes ont leur propre réseau social sur Internet. Le réseau s'appelle Ikhwan, mais n'est pas réservé aux seuls Frères Musulmans. Il est ouvert à tout le monde», assure Ahmed Said, un ingénieur.

Un peu juste techniquement en raison de son code open source, IkhwanBook aurait l'avantage d'échapper aux pressions du pouvoir égyptien, qui serait à l'origine de la suspension provisoire des profils Facebook d'Abdel Aziz al Rantissi, un des fondateurs du Hamas ou encore de Khairat al Shater, un membre important des Frères Musulmans égyptiens.

Car, pour le moment, la confrérie musulmane reste officiellement une organisation politique illégale: en raison de ce statut, elle peine à s'installer durablement sur Facebook. Selon Afshin Shahi, un chercheur à l'université de Durham en Angleterre cité par The National, les Frères Musulmans percevraient les réseaux sociaux comme une «arme à double tranchant», propice à la «promotion de leurs points de vue, mais au détriment de la confidentialité et du contrôle».

Outre une maîtrise accrue de sa communication, l'organisation devra aussi veiller à la sécurité de son réseau social: le code open source utilisé serait moins protégé que le Facebook original, plus complexe, face aux attaques pirates. Un autre défi.

[Lire l'article original de The National]

Photo: capture d'écran de IkhwanBook

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