Economie

Les «terres rares» le sont-elles vraiment?

Charles Homans, mis à jour le 08.07.2010 à 7 h 16

Pas si vous êtes prêts à creuser.

Le nouvel iPhone d'Apple a un point commun avec nombre d'autres appareils électriques -des éoliennes aux écrans plats: sa construction nécessite des «terres rares», un groupe de métaux qui se trouve en bas du tableau périodique des éléments. Les terres rares entrent dans la fabrication des produits électroniques de grande consommation (qui font l'objet d'une demande exponentielle dans le monde entier); elles sont également nécessaires à la conception de produits issus de la technologie verte, comme les batteries nickel-hydrure métallique pour voitures électriques. Seul problème: les Chinois détiennent le quasi-monopole de la production, et ils pourraient eux-mêmes en manquer prochainement. Alors, les terres rares le sont-elles vraiment?

Terres chinoises

Pas exactement. Le terme de «terres rares» est ancien; il date de la découverte de ces éléments par un lieutenant de l'armée suédoise, en 1787. D'ailleurs, la plupart de ces 15 (ou 16, ou 17 -les scientifiques sont partagés) éléments sont assez communs; plusieurs d'entre eux sont plus présents dans l'écorce terrestre que le plomb ou le nitrogène. Les pierres à briquet sont fabriquées à partir de terres rares, et les lampes à incandescence fonctionnent grâce à ces dernières depuis plus d'un siècle. Elles ont été extraites partout -de la Suède à l'Asie du Sud-Est, en passant par l'Ouest américain. Il semble même qu'il y en ait un peu en Afghanistan.

De nos jours, en revanche, la quasi-totalité des mines de terres rares se trouvent en Chine. Les Chinois ont dominé le marché dans les années 1980 et 90 en faisant baisser les prix mondiaux; ils contrôlent désormais jusqu'à 97% des gisements pour certains de ces éléments. En Amérique, la seule mine de terres rares d'envergure était celle de Mountain Pass (Californie); elle en fut la première productrice mondiale jusqu'à sa fermeture, en 2002.

Les iPads sont innocents

Mais si l'offre est limitée sur le marché mondial, c'est principalement pour des raisons économiques et environnementales; la rareté de ces éléments n'est pas en cause. Certes, les iPads se vendent comme des petits pains, et les voitures électriques haut de gamme s'exposent dans tous les salons -mais nous ne consommons qu'une minuscule partie des terres rares: environ 130.000 tonnes par an, soit à peine plus du dixième de la production de cuivre... du mois de février dernier. Selon les analystes, le marché mondial des terres rares devrait atteindre entre 2 et 3 milliards de dollars d'ici 2014 -ce qui demeure anecdotique: à peine 1% de la production de fer actuelle. De plus, les terres rares ne valent pas grand-chose en sortant de la mine; c'est lors de l'affinage qu'elles acquièrent la majeure partie de leur valeur marchande.

Il existe également des risques d'ordre environnemental. L'exploitation des terres rares génère des déchets radioactifs; aux Etats-Unis et au Canada, leur production nécessite l'obtention de nombreux permis, et des efforts d'atténuations coûteux. L'Amérique du Nord part donc désavantagée, l'industrie minière chinoise étant beaucoup moins encadrée. Conséquence directe: en dépit de la hausse des prix de ces dernières années, l'exploitation des terres rares demeure infiniment moins rentable que celle du cuivre ou du fer; pour les grandes compagnies minières, le jeu n'en vaut tout simplement pas la chandelle.

Légères ou lourdes

Il est cependant possible, à moyen terme, que des sociétés de taille plus modeste se lancent dans la production de terres rares -et ce pour diverses raisons. D'une, il se trouve que certaines terres rares sont réellement... rares. Les terres rares «légères», comme le cérium (qui entre dans la composition de l'émail et des verres de lunette), sont assez communes, tandis que les «lourdes», comme l'europium  (télévisions en couleur et autres écrans), sont de plus en plus difficiles à trouver. Selon les prévisions de l'United States Magnet Materials Association, en Chine, la demande en certaines terres rares devrait surpasser l'offre d'ici deux à cinq ans. Ceci devrait inciter les compagnies minières à exploiter les quelques gisements restants. Par ailleurs, l'armée américaine (qui achète des terres rares pour fabriquer des lasers, des missiles et des radars, entre autres technologies) ne veut plus dépendre des seules importations chinoises.

En avril, un rapport de l'US Government Accountability Office a estimé que la mise en place d'une production nationale prendrait entre sept et quinze ans -mais un membre du Congrès a récemment déposé un projet de loi qui pourrait accélérer le processus d'attribution des garanties de prêt auprès du gouvernement américain (entre autres avantages) pour les compagnies minières. Au moins deux sociétés américaines s'apprêtent à faire leur entrée en scène: Molycorp Minerals, qui a racheté la mine de Moutain Pass en 2000 et qui souhaite la rouvrir prochainement, et Avalon Rare Metals, qui compte exploiter un gisement très important au Canada, dans les Territoires du Nord-Ouest. Si les prix continue de grimper, plusieurs de ces entreprises pourraient bien faire des bénéfices -rien d'extraordinaire, cependant. La ruée vers le praséodyme ne sera pas pour 2011.

Charles Homans

Traduit par Jean-Clément Nau

Photo Une: Metallic Crystal/ maticulous via Flickr License CC by

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