La démocratie et le pari de Pascal
Ce qui frappe dans la vie politique française, c'est la constance dans le grotesque et le chaos. Mais ça marche tout de même à long terme, alors tentons l'optimisme.
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Ok, tout n'est pas égal à tout. Côté crapuleries, entre les petits arrangements logistico-tabagiques entre amis du gouvernement et l'évasion fiscale pure et simple (si elle est avérée), il y a évidemment une différence d'amplitude. Et sans doute l'indignation de l'opposition, même hypocrite et surjouée, est-elle ultimement plus légitime que les turpitudes révélées chaque matin par une «presse d'investigation» alimentée en scoops par les dénonciateurs comme par les dénoncés et en fonction d'agendas tenus, eux, secrets.
Un peu comme une routine
Un regard panoramique sur le petit théâtre de la politique «à la française» donne pourtant plus envie d'aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte que de crier «Halte au feu!» dans le désert, fût-ce avec Michel Rocard et Simone Veil. Car enfin, la générosité d'une shampouineuse milliardaire au profit d'un ministre du Budget/trésorier de parti est troublante, mais celle d'un magnat de la haute-couture à l'égard de deux éléphants socialistes (et concurrents) ne l'est pas moins. Pour ne rien dire de ces histoires de logements de fonction détournés de leur usage, de limousines avec chauffeur, de jets loués à prix d'or, d'enveloppes en papier kraft bourrées de billets de banque, de cumuls de mandats ou d'amitiés douteuses qui méritent à peu près autant d'être qualifiées de «classiques» que le Tour de France ou le Paris-Roubaix.
Quiconque a un peu de bouteille dans l'observation de la vie politique française –et a lu quelques romans classiques et autant de livres d'histoire– est en effet surtout frappé par la permanence de ces comportements prétendument «déviants». D'accord, on ne parle pas encore de déplacements de ministres en Falcon 900 dans Bel-Ami mais c'est davantage parce que les avionneurs ne s'intéressaient par encore à la presse, du temps de Maupassant, que parce qu'ils ne les avaient pas encore inventés.
En France, d'un régime l'autre, d'un gouvernement l'autre, la majorité profite, l'opposition s'indigne, leurs clientèles respectives font l'un et l'autre alternativement et l'atmosphère générale de décadence terminale est la norme –autant que les discours populistes et proto-insurrectionnels. On y fait même la révolution à intervalles plus ou moins réguliers, mais c'est pour tout réinstaller comme avant, des têtes nouvelles remplaçant les têtes tranchées littéralement ou figurativement.
L'aberration sur pattes
Ça peut être un peu angoissant, comme ça, lorsqu'on le vit au quotidien. Mais cette constance a aussi quelque chose de rassurant: la France est une espèce d'aberration sur pattes, dont la réussite indéniable à long terme (elle reste la cinquième puissance économique mondiale avec tout ce que ce raccourci implique de niveau de développement humain) est théoriquement incompatible avec le chaos qui lui tient lieu de système. Peut-être est-elle, quelque part, suffisamment bénie des dieux, pour rester sur la bonne trajectoire quoi qu'il arrive. Ou peut-être pas... Peut-être que ce coup-ci, c'est vraiment la fin des haricots.
Moi, maintenant que les jeux de hasard en ligne sont autorisés et que le soleil brille, je me la joue Pascal. Je fais le pari de la première hypothèse, celle de la marche inexorable, bien qu'insensée, vers le «mieux». Absurde? Bah, si je me plante, tout comme lui, je n'ai pas grand-chose à perdre: tout ça durera bien encore deux ou trois générations, non?
Et puis, «à l'aise Blaise», comme on dit chez nous. Chez nous, au pays du chaos.
Hugues Serraf
Photo: Les députés socialistes quittant l'Assemblée nationale, le 6 juillet 2010. REUTERS/Gonzalo Fuentes
Mis à jour le 07/07/2010 à 6h45

















































Vous faites preuve ici, d'une légèreté bien française.
Aussi loin que l'on remonte dans le temps, on a toujours vu avant le chaos, que certains continuaient à danser sur le volcan en faisant des mots d'esprit.
Après il y a ceux qui s'en sortent et les autres.
Mais pourquoi s'en faire quand il suffira d'un pas de côté pour se retrouver.... du côté du manche ?
L'article d'Hugues Seraf a quelque chose de roboratif. J'ai envie de dire "enfin !". Pourtant je suis moins optimiste que lui quant à la pérennité de notre système. il me semble en effet que nous sommes entrés définitivement dans un système que, faute de mieux, j'appelle "post-démocratique". L'évolution a sans doute commencé il y a une trentaine d'années, peut-être quarante. Le nouvel ordre (ou désordre) se caractérise par une perte progressive de la légitimité, souvent proche de l'abdication, des politiques au profit de nouveaux pouvoirs, les media bien sûr, mais aussi de tout un système de confiscation de la parole publique et de matraquage idéologique au détriment, non seulement des élus du peuple, mais aussi des intellectuels et des scientifiques. Il en résulte une dictature de l'instant, donc la perte de toute vision lointaine, historique ou prospective. Cela entraîne en outre une acculturation collective qui ouvre grand la porte à toutes les impostures.
Sommes toutes, je préfère la vision optimiste d'Hughes Serraf et de son ami Pascal...
On s'en moque de savoir si Woerth est le seul corrompu ou non, si c'est un comportement habituel ou exceptionnel. La première chose à dire c'est qu'il s'agit d'un comportement nuisible, de la part de quelqu'un qui est justement en charge de juger de l'utilité des comportements des citoyens. Woerth est nuisible, il n'y a pas grand chose d'autre à dire.
La deuxième c'est de savoir si c'est le système qui n'est pas corrompu. Je ne parle pas de la notion de corruption au regard de l'honnêteté mais au regard de l'efficience: il y a des comportements nuisibles et d'autres utiles qui ensemble entraînent non pas la déviance mais la déviation du système.
Il me semble que des similitudes peuvent être faites entre la situation actuelle du monde politique, celle que vit le football français et les réactions des supporters et des citoyens.
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Au travers des réactions sur les différents sites sportifs, beaucoup réclament un vaste nettoyage au niveau de l’équipe à cause du comportement de certains joueurs, dit meneurs. Mais il est également reproché à ceux qui ont suivi de n’avoir pas osé se démarquer. Bref, tout le monde dehors. Sur cette approche là, les positions de Laurent Blanc et le refus trop politique qu’il a montré de faire table rase et un vaste nettoyage, ont déçus nombre d’internautes.
Au niveau du gouvernement, il me semble qu’il en va de même. Plutôt que de congédier quelques lampistes, je crois qu’un changement radical et immédiat aurait été mieux compris par les citoyens. Remercier tous ceux ayant abusés de leur fonction.
Nous sommes en période de crise ; le gouvernement et sa majorité nous demande, à nous, le peuple, de se serrer la ceinture. Soit, mais pourquoi nous seulement ? Pour quelles raisons les efforts ne sont-ils pas partagés ? La perception des choses est plus importante que la réalité.
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Malgré les compétences des Ribéry, Evra, Anelka, Abidal et autres, beaucoup s’attendaient à un coup de balai. A comportement inadmissible, sanction définitive. Idem pour les ministres et autres parlementaires cumulards voire profiteurs des largesses de la République, (tous avantages cumulés, retraites et tout ce que l’on oublie). Un grand coup de karcher était attendu. Voire une refonte de l’accès à la politique.
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Peut-être l’époque de 40 ans du même député est-elle en train de s’achever.
Peut-être, comme le suggère Marianne Arnaud, faut-il limiter non seulement le cumul mais aussi le nombre de mandats parlementaires ?
Peut-être le peuple va-t-il se réveiller, d’une certaine façon : poujadiste ? N’y aurait-il pas besoin de sentir un assainissement des choses, comme une idée de justice et de répartition différente des chances ? Comme un : assez d’iniquités !
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Il est probable que Martine Aubry ait senti cette attente encore latente chez les citoyens. En période de crise, ce qui était toléré ne l’est plus.
Aussi, les partis extrêmes ont-ils très probablement la possibilité de ratisser large prochainement.
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Quand les décideurs tergiversent au lieu de trancher sèchement voire brutalement comme on l’attend ou comme on l'espère en ces périodes difficiles, leur crédibilité en prend un coup et ils peuvent perdre la main, le jeu politique n’étant plus de mise, le résultat étant attendu, voire exigé.
Pourquoi partez-vous d'un diagnostic d'un dysfonctionnement de la représentation démocratique avec des élites en crise pour en conclure à la pertinence d'un système plus ou moins dictatorial ? Le parallèle avec le football est intéressant par exemple, je ne suis pas certain qu'un homme providentiel (comme on en a vu avant ou dans d'autres sports, et dont le port de tête princier leur a permis d'échapper à toute critique journalistique... c'est à dire que là déjà il y aurait à dire) soit une solution. Alors c'est vrai qu'un bon dictateur sévèrement burné ça impressionne quelques temps mais ça passe assez rapidement. Dans les entreprises privées on le sait, l'Histoire aussi nous a montré que dans la plupart des cas les "leaders" tenaient plus à Guignol qu'à un héros shakespearien. Ainsi il faut comprendre que dans ce qui se passe dans nos modes de gouvernance, en équipe de France, avec la presse et dans nombre de lieux de socialisation, nous vivons un moment de crise structurelle. Il ne s'agit pas de reconnaître des coupables, mais de voir comment nous pouvons réorienter le système en en changeant les bonnes variables. Ainsi pour un sujet aussi simple que le football la fin des retransmissions en exclusivité des matchs à la télévision ferait plus changer les choses que n'importe quel sélectionneur/président ou institution, depuis la formation jusqu'à la valorisation du travail en passant par la représentation esthétique du spectateur.
J'ai suivi votre argumentation mais je ne vois pas dans ce que j'ai écrit, une allusion à une quelconque forme dictatoriale. Qu'un manager frappe du poing sur la table, à un moment donné, ne me semble pas être incompatible avec la démocratie.
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Nous sommes en période de crise sur bien des points et certaines clarifications seraient nécessaires.
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Je pense que si le poujadisme a eu à une époque un succès relatif, c'est qu'une forme d'exaspération avait gagné la population. Peut-être sommes-nous aujourd'hui devant une situation qui présente quelques similitudes, d’où, probablement la possibilité ou l’opportunité pour les extrêmes de gagner des points ?
Vous n'avez pas remarqué qu'il n'y avait pas de manager ? Et que ceux qui tapent du poing sur la table veulent tout sauf des clarifications (actuellement mais à travers toute l'Histoire) ?
Peut-être sommes-nous face à des changements qui nous dépassent et que nous voulons quelqu'un qui nous rassure en nous disant que demain sera pareil à hier et avant-hier. On nous promet le 19è siècle et la révolution industrielle, temporairement un pouvoir peut instaurer la fin de l'Histoire, la fin des négociations avec les autres, la fin de l'adaptation de l'Homme au monde, la fin de la construction de l'organisation sociale, temporairement il est possible de faire croire à la population que le pouvoir d'un homme permet à chacun de redevenir puissant (et virile, soyons fous)... mais dans les faits ça ne marche pas. Ca ne marchera pas plus cette fois-ci que les autres, et il y faudra peut-être des guerres et des révolutions sanglantes pour que la réalité nous rattrape, mais moi je préfère pas.
La démocratie c'est le pouvoir des plus nombreux, même si ce sont des crétins (dixit Bernard Kouchner?)
Au delà de la masse critique une démocratie explose-t-elle?
La démocratie absolue engendre le chaos!
La dictature démocratique tue aussi sûrement que les autres formes de gouvernement.
Les termes d'un pari pascalien comptent plus que le pari lui-même...
La démocratie n'est pas le pouvoir des plus nombreux mais la négociation de tous. Alors on a mis en place le suffrage universel comme outil d'institution de la représentation et aujourd'hui il ne reste plus que ça de la démocratie. On vote et celui qui s'est mieux vendu à l'élection fait à peu près ce qu'il veut derrière.
D'ailleurs énormément de choses se font en France en concurrence avec l'état, de manière réellement démocratique mais sans spectacle, et des fois ce sont des minorités qui décident après des concessions aux autres minorités.
De toutes façons dans une démocratie il n'y a que des minorités.
ce n'est peut-être pas une affaire de démocratie, mais plutôt de justice. Dans un pays où tous les jours des tours de vis sont annoncés par le gouvernement, les gens regardent comme du grand guignol les élus-dont les privilèges sont importants- sortant théâtralement de l'assemblée -surtout en présence des caméras de télévision- alors que ces mêmes députés devisent ensemble à la buvette de cette même assemblée...
A l'heure où la crise frappe le plus grand nombre, les élus, les ministres devraient donner l'exemple et ne pas se donner en spectacle.
Pourquoi, de droite comme de gauche, n'abandonnent-ils pas leurs privilèges, les cumuls de mandats, les cumuls mandat-retraite, etc... pourquoi ne sont-ils pas sanctionnés lorsqu'ils sont absents de l'assemblée alors que le citoyen lambda a une retenue sur salaire s'il est absent .... Pourquoi n'existe-t-il pas une retraite à 62 ans pour les élus de tous bords ? Tout cela est particulièrement injuste alors que les services à la personne vont être supprimés et que les allocations adulte handicapé vont être réduites.
En fait les plus faibles payent pour ceux qui détiennent soit l'argent soit une parcelle de pouvoir. Les sanctions doivent être les mêmes pour tous !
C'est çà la démocratie et je suis certaine, si tout continue comme avant, qu'à la prochaine élection le taux d'abstention soit encore plus important ou que dégoûtés les électeurs se tournent vers les extrêmes, ce qui est dangereux.