Culture

La culture en guerre contre Berlusconi et les mafias

Slate.fr, mis à jour le 05.07.2010 à 18 h 14

Pompéi via Wikimedia

Pompéi via Wikimedia

Alors que la loi sur les écoutes téléphoniques surnommée «loi-bâillon» provoque déjà un tollé en Italie, de Milan à Palerme les théâtres, bibliothèques, musées, le monde de l'archéologie et du spectacle s'indignent à leur tour contre la politique culturelle du gouvernement de Silvio Berlusconi, au travers d'occupations, grèves, démissions et pétitions qui donnent à l'Italie des airs d'années 70, rapporte El Pais. Au centre de cette protestation, un décret approuvé par le Parlement sur l'initiative du ministre de la Culture Sandro Bondi, et la menace de coupes budgétaires potentiellement contenues dans l'ajustement fiscal actuellement en débat au Parlement.

Le sentiment des artistes comme des journalistes est que, sous couvert de protection de l'économie du pays, le gouvernement en profite pour mener une politique plus profonde qui consiste en:

la destruction de la pensée, la mort de l'opinion publique et la défense des mafias

Les directeurs de musées et les défenseurs du patrimoine national ont rallié la protestation depuis que le gouvernement a annoncé un «projet d'amnistie» qui légaliserait la détention de biens archéologiques obtenus illicitement. Pour eux, l'argument du gouvernement de «cataloguer les biens volés» ne tient pas, il s'agit bien là, en légalisant de facto des décennies de vols de vestiges archéologiques «d'aider les mafias». Ces mafias, ce sont les «arqueomafias», des réseaux criminels internationaux qui remarquent les pièces dans les églises ou dans les fouilles, et plus tard les revendent aux musées étrangers.

Ainsi, alors que des millions d'euros alimentent chaque année le marché illégal de l'art, alors que les vols de vestiges archéologiques font l'objet de nombreuses enquêtes judiciaires, le gouvernement propose que quiconque possédant des biens archéologiques depuis une date ultérieure à fin 2009 puisse les garder pendant 30 ans, et ce en ne devant verser en contrepartie qu'une petite somme à l'Etat.
Cette facette moins connue de la mafia représente une part pourtant importante de son économie, et les preuves sont nombreuses. En témoigne par exemple l'existence à Pompéi de tunnels qui relient la cité du Vésuve à des maisons des membres de la Camorra, la mythique mafia napolitaine.

Opéras

Autre cheval de bataille de Berlusconi, la réforme des fondations lyriques de la loi Bondi, du nom du ministre de la Culture, approuvée cette semaine. Qualifiée de mercantile et ultralibérale par les syndicats, critiquée sur le web par les mélomanes et des afficionados, cette réforme réduit le personnel des salles d'opéra. Trop cher, il doit selon les dires du gouvernement être sacrifié en temps de crise. Les nouveaux contrats vont être en conséquences bloqués pendant 3 ans, ce qui selon les détracteurs de la loi, va conduire à «tuer les corps de ballet».

L'orchestre de La Scala, l'un des plus importants théâtres d'opéra du monde, a notamment suspendu de nombreuses représentations et menace d'annuler sa tournée à Pompéi et Buenos Aires. Les musiciens ont joué quelques après-midi dans la rue pour donner plus de visibilité à la protestation.

[Lire l'article sur El Pais]

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Photo: Pompéi via Wikimedia



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