France

Christian Blanc: Et de trois démissions!

Gilles Bridier, mis à jour le 06.07.2010 à 17 h 37

La petite histoire retiendra que, pour la troisième fois de sa carrière, Christian Blanc a démissionné de ses fonctions.

Et de trois! Avant le secrétariat d'Etat à la région capitale qui lui avait été confié en mars 2008, Christian Blanc avait claqué la porte de la RATP comme d'Air France. A l'époque, ce sont des divergences avec les Premiers ministres en place, Pierre Bérégovoy et  Lionel Jospin, qui avaient déclenché ses coups d'éclat. Mais cette fois, le scénario de départ prend une autre tournure.

Le symbole qui tue

Christian Blanc qui a le geste large pour satisfaire sa passion des cigares lorsqu'il les achète avec les deniers de la République, tombe pour un scandale à 12.000 euros. L'objet du litige est chargé d'une lourde symbolique: le cigare, dont l'image est associée à l'opulence et à la provocation capitalistes. Comme un pied de nez aux contribuables qui paient ceux de Blanc au moment où les Français doivent se serrer la ceinture...  Le couperet est tombé, et l'officielle démission annoncée par les services de l'Elysée masque mal un vrai limogeage que les intéressés ne cherchent pas à dissimuler: Blanc pour signifier qu'il porte le chapeau, l'Elysée pour éteindre la braise qui couve sous certains scandales.

Le cigare, c'est certain, a mis le feu aux poudres. Mais ce n'est pas forcément la seule raison. A l'Assemblée nationale, Christian Blanc ne comptait pas que des amis. Lorsque le 16 juin, le Canard enchaîné révéla l'abus dont il s'était rendu coupable, les commentaires allèrent bon train dans les couloirs du Palais Bourbon pour l'enfoncer un peu plus. Et qu'est-ce qui justifiait que, en plus, il n'ait «spontanément» remboursé que 3.500 euros? Deux semaines plus tard, Le Premier Ministre François Fillon demandait sa tête au Président de la République. Et l'obtenait. Certes, s'agissant de désamorcer les accusations de corruption et les excès de personnalités en vue du gouvernement, la symbolique du cigare a pesé extrêmement lourd. Mais il existait entre François Fillon et Christian Blanc un réel contentieux.

Des cadavres dans les placards

En septembre dernier, le secrétaire d'Etat à la Région capitale, fâché que le Premier ministre eût modifié un de ses textes destiné au Conseil d'Etat à propos du Grand Paris, lui fit connaître sa façon de penser sur un ton fort irrespectueux. Remet-on à sa place un Premier ministre lorsqu'on est secrétaire d'Etat? En outre, François Fillon était dans son rôle en exerçant sa faculté d'arbitrage sur ce qui touche aux travaux de son équipe. Mais de la part du secrétaire d'Etat, il ne s'agissait pas de maladresse.

Christian Blanc tenait ainsi à manifester qu'il tenait son pouvoir du Président de la République lui-même, et qu'il supportait mal que le Premier ministre prête l'oreille aux critiques d'élus de droite comme de gauche irrités qu'il empiète sur leurs compétences pour financer son du Grand Paris. Blanc se mettait-il - déjà - en situation de démissionner? Nicolas Sarkozy valida son projet. L'incident était clos. En apparence.

Il ne fallait pas que Blanc trébuchât. Or, il s'est pris les pieds dans cette affaire de barreaux de chaise. Cette fois, il devra démissionner, même contre son gré. François Fillon ne manquait pas d'arguments pour convaincre Nicolas Sarkozy de s'en séparer. Sans sa protection, l'artisan du Grand Paris ne pouvait que sauter.

Les portes avaient claqué à la RATP et à Air France

Christian Blanc a connu des démissions plus glorieuses. A la tête de la RATP, il avait mis à plat les relations avec les syndicats pour réorganiser la régie parisienne. Et pour calmer la colère de Parisiens fatigués de supporter des grèves à répétition qui les privaient de transports publics, il souhaitait installer un service minimum qui couronnerait la réorganisation. Mais en 1992, Pierre Bérégovoy est à Matignon et refuse de prendre le risque de défier les syndicats alors que la gauche s'affaiblit et que la droite marque des points. Christian Blanc refusait que ses arguments fussent relégués au second plan: il démissionna. Quinze ans plus tard, devenu député sous l'étiquette Nouveau centre, c'est lui qui déposera une proposition de loi visant à instaurer un service minimum dans les transports publics.

Le scénario à la RATP connut quasiment un «remake». Air France était devenue une compagnie ingérable. Les personnels refusaient de faire les frais des gains de productivité imposés par la déréglementation aérienne. Edouard Balladur, nouveau Premier ministre, prit les syndicats à contre-pied. Christian Blanc, marqué à gauche, fut appelé aux commandes. Un bras de fer s'engagea. Finalement, un programme d'adaptation sur le long terme fut conclu. Suivant sa logique, le patron de la compagnie qui recevait déjà ses visiteurs un cigare planté dans la bouche, souhaitait aller jusqu'à la privatisation. Plusieurs années avaient passé. Après une dissolution de l'Assemblée nationale qui surprit la droite comme la gauche, Lionel Jospin arriva à Matignon. Le communiste Jean-Claude Gayssot fut nommé aux Transports. Pas question, pour lui, de privatiser! Entre Blanc et Gayssot, Jospin arbitra: priorité à la politique, aux symboles de gauche et à l'alliance avec les communistes.  Encore une fois, Christian Blanc devait se plier à la raison politique. Ombrageux, il refusa. Et démissionna.

Destin compliqué

Quand on le verra réapparaître après un passage dans une banque d'affaires, ce sera dans la politique, avec son propre parti et en apparenté UDF. Il se rêve alors un destin national: «Je suis prêt», livre-t-il dans une lettre ouverte où il conseillait à Jacques Chirac de démissionner.  Mais s'il veut rebondir à nouveau, il lui faudra faire oublier les cigares de trop, et beaucoup d'adversité.

Gilles Bridier

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Image de Une: Christian Blanc assistant à un match de rugby au stade de France Charles Platiau / Reuters

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