Economie

L'économie à l'épreuve de la vitesse (5)

Marie-Laure Cittanova , mis à jour le 05.07.2010 à 16 h 46

Rencontres 2010 du Cercle des économistes.

«Trop vite», dit Jean Louis Servan Schreiber dans son dernier essai sur nos sociétés modernes, devenues très court termistes. Cela s'applique aussi, naturellement, à l'économie et à la crise. Au-delà des interrogations soulevées par le Cercle des Economistes lors de ses journées d'Aix en Provence, on voit bien que les derniers évènements se déroulent en accéléré. C'est le cas de la crise financière de 2008, et -heureusement- de la réponse des gouvernements, et des banques centrales, qui ont évité au monde une faillite bancaire généralisée. Mais très vite aussi, survient la suite: les interrogations sur la dette créée par les états pour pallier les défaillances des banques.

Très rapide encore, le rattrapage des pays en développement, pour ne pas dire qu'ils sortent renforcés de la crise alors que les plus riches sont affaiblis. Extrêmement véloces enfin les changements technologiques, qui rendent souvent périlleux le pilotage des entreprises traditionnelles lorsqu'elles se trouvent confrontées à une révolution. Parfois même, comme l'a remarqué Yseulis Costes, créatrice d'une société de communication et marketing sur internet, 1000mercis, «Les entreprises vont moins vite que le public».

Une chose semble ne pas vouloir accélérer: la capacité des politiques à comprendre ce monde nouveau qui nous entoure. Les responsables venus des pays en développement lors des dixièmes rencontres économiques d'Aix en Provence organisées par le Cercle des Economistes, ce week end, n'ont cessé de le répéter: «En Afrique, les choses changent, et le G20 est inadapté car il ne voit pas ce qui se passe dans le monde», a ainsi souligné Mo Ibrahim, un milliardaire africain qui a fait fortune dans la téléphonie et se consacre à l'amélioration de la gouvernance sur son continent. C'est vrai de l'Afrique mais plus encore de l'Asie ou de l'Amérique latine. Dominic Barton, du cabinet de Conseils Mc Kinsey, remarque que la crise a accéléré le rééquilibrage entre les pays en développement et les pays riches.

Pourtant, l'ex ministre de l'économie argentine Roberto Lavagna l'a bien dit, «il n'est pas possible d'être global en économie et local en politique», sinon tout va se morceler. Rien d'étonnant que lors de ce grand séminaire international d'Aix, bien des intervenants aient appelé à davantage de coopération. Au niveau mondial, bien sûr, mais surtout au niveau de l'Europe. Afin que celle-ci puisse retrouver un potentiel de croissance supérieur aux misérable 1,5% par an qu'elle connait depuis deux décennies, ce que Patrick Artus, économiste chez Natixis, appelle une «bizarrerie européenne».

La plupart des personnalités présentes ont ainsi appelé à des réformes structurelles d'envergure et rapides pour que l'Europe évite un sort à la japonaise, avec vingt ans de stagnation. Les idées sont légion, depuis le «grand emprunt européen» préconisé par Jacques Attali jusqu'au financement des universités par les étudiants et les entreprises en passant par une «Business act» européen pour aider les petites entreprises européennes. Vieux refrain, jamais mis en musique. Or, c'est bien le retard à l'allumage des politiques qui inquiète.

Lorsqu'ils ont été confrontés à la crise de la dette grecque, les Européens ont tardé à prendre les décisions nécessaires. Ils ont ensuite trainé des pieds pour adopter des plans de réduction des dépenses publiques, alors que la contrainte des marchés se faisait très forte. Le dialogue franco-allemand est léthargique, les décisions tardent... Pourtant, estime l'économiste Philippe Trainard, si l'Europe n'est pas prête, les Européens, eux, le sont.

Marie-Laure Cittanova

(envoyée spéciale aux Rencontres 2010 du Cercle des économistes à Aix en provence)

LIRE EGALEMENT SUR LES RENCONTRES 2010: Croissance ou décroissance (1), Conflits ou coopérations (2), Les effets nocifs des nouvelles régulations (3) et Vers une croissance durable (4).

Image de Une: Course de «boîtes à savon» à Berlin Thomas Peter / Reuters


Marie-Laure Cittanova
Marie-Laure Cittanova (35 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte