Economie

Vers une croissance durable (4)

Le Cercle des économistes, mis à jour le 05.07.2010 à 16 h 48

La croissance est aussi une question d'audace.

Les rencontres 2010 du Cercle des économistes qui se déroulent du 2 au 4 juillet ont pour thème les modèles de croissance après la crise. Nous publions à cette occasion une série d'articles des principaux intervenants. Celui-ci résume la séance inaugurale.

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«Things have changed». Il n'est pas certain que Mohamed Ibrahim ait l'habitude de citer Bob Dylan dans chacune de ses interventions, mais le titre de la chanson convenait parfaitement au thème de la session inaugurale des dixièmes Rencontres Économiques du Cercle des économistes: «La croissance au cours des deux derniers siècles, ruptures ou continuité?». Crise aidant, l'époque actuelle est en effet une période charnière, propice à des rééquilibrages et une évolution des rapports de force. Les invités réunis autour de Christian Stoffaës et Christian Menanteau ont ainsi eu à partager leurs réflexions sur les mutations en cours et les nouvelles voies de croissance.

La spécificité de l'économie actuelle, comme l'a noté le président du Conseil d'analyse économique (CAE) Christian de Boissieu, tient dans le fait que les phénomènes de recomposition ont été bien plus rapides que prévu sous l'effet accélérateur de la crise. Apparition de nouveaux acteurs, réduction de la «frontière technologique» (selon les termes du rapport Shifting Wealth de l'OCDE) entre pays développés et émergents, crise de gouvernance internationale... la crise est bel et bien une explosion de symptômes préexistants.

Souhaitée par tous, la croissance est loin d'être uniforme et immédiate. En Europe, elle tarde à revenir et risque d'être bien inférieure à ce que pourrait connaître un groupe des 2 (G2) réunissant États-Unis et Asie, pour reprendre l'image de Christian de Boissieu. Ce glissement de richesse et de pouvoir trouve d'ailleurs son expression dans une plus grande prise en compte des émergents dans les questions de gouvernance, avec l'exemple de la création du G20. Si nous ne sommes plus le centre du monde, faut-il dès lors parler de déclin? Pas si sûr, même si les pays développés doivent désormais compter avec de nouveaux paramètres de croissance. Parmi ces paramètres, l'émergence de nouveaux pôles géographiques de croissance est indéniable: l'Asie s'affirme comme un nouvel hégémon, entrainant dans son sillage l'Amérique du Sud et l'Afrique. La progression de ce dernier continent souffre toutefois d'un déficit de gouvernance politique comme l'a regretté Mohamed Ibrahim.

Le vœu des intervenants, parmi lesquels Christian de Boissieu et l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, de trouver une combinaison européenne de croissance n'est pas sans rappeler l'opposition entre politiques de soutien à la croissance et de rigueur. «L'Europe doit arriver à marcher sur deux jambes, a déclaré Christian de Boissieu, celle de la réduction des déficits et celle des stratégies schumpetériennes». Si la rigueur est - aujourd'hui plus que jamais - un mot qui fait peur, Alain Juppé a rappelé  non sans humour que ses deux expériences de rigueur (1986-1988 et 1995-1997) avaient permis de réduire le déficit public selon une méthode qui a fait ses preuves: «en augmentant les impôts, en réduisant les dépenses, et en perdant les élections». Une politique de rigueur ne doit cependant pas être une fin en soi, mais constitue un préalable à une croissance saine et durable.

Comme l'ont souligné les intervenants, la croissance n'est pas uniquement un objectif à reconquérir, elle est à réinventer. La prise de conscience écologique impose en effet de repenser notre modèle de croissance. Tentant de dresser un premier bilan du Grand emprunt, Alain Juppé a ainsi mis en avant les pistes de croissance proposées par la commission qu'il a co-dirigée avec Michel Rocard, misant sur les énergies renouvelables ainsi que l'économie numérique, le soutien aux PME et la recherche et développement (R&D). L'ancien Premier ministre admet que le Grand emprunt n'est pas une solution idéale mais il peut représenter un élément de réponse pertinent à condition de ne pas dégrader la signature de la France et de définir des investissements stratégiques. La croissance tant attendue ne sera donc pas la même qu'avant, à condition de concevoir le développement durable comme une chance et non une contrainte. Finalement, comme a souhaité conclure Christian de Boissieu, l'enjeu pour la France est de pérenniser les objectifs du Grand emprunt. De plus, la question monétaire, qui a notamment été soulevée par l'historien Maurice Lévy-Leboyer, ne doit pas être éludée et sera sans surprise au programme des prochaines réunions du G20.

Si une leçon doit être retenue de cette session inaugurale, elle est double: la croissance ne connaît ni recettes miracles ni déterminisme. Fondatrice de l'agence interactive 1000mercis en 2000, Yseulys Costes nous a rappelé que la croissance était aussi une question d'audace: «Il en fallait du courage pour créer sa boîte après le rapport Cohen et Lorenzi!».

Pierre Letoublon

Le Cercle des économistes

LIRE EGALEMENTCroissance ou décroissance (1), Conflits ou coopérations (2) et Les effets nocifs des nouvelles régulations (3).

Photo: Près de l'aéroport des East Midlands, REUTERS/Darren Staples

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