France

Regard américain sur la (non) diversité des grandes écoles françaises

Slate.fr, mis à jour le 03.07.2010 à 15 h 55

Entrée Sciences-Po / peco

Entrée Sciences-Po / peco

Le New York Times livre un regard très américain sur un phénomène très français en observant les grandes écoles tenter de diversifier leur recrutement: «La France s'imagine être un pays aux "valeurs républicaines", une méritocracie gérée par une élite bien formée qui émerge d'un système d'éducation violemment compétitif».

Parce qu'entrer dans les meilleures grandes écoles garantit dans les faits les meilleurs emplois à vie, le gouvernement incite les écoles à se fixer un objectif de 30% d'étudiants boursiers, plus de trois fois la proportion actuelle dans les écoles les plus sélectives.

Alors qu'aux Etats-Unis le moment de gloire du parcours académique est la «graduation ceremony», la remise des diplômes, «en France, les familles fêtent davantage l'admission à l'école que la cérémonie de diplôme», explique le directeur de Sciences-Po Paris Richard Descoings. «Une fois que l'on a réussi l'examen d'entrée à 18 ou 19 ans, on a trouvé sa place, pour le reste de sa vie».

Le journal explique que les français ne sont pas tous convaincus par les objectifs du gouvernement, certains craignant qu'ils aillent à l'encontre de l'idéal français d'une «méritocracie aveugle aux différences de couleur, religion ou origine». Sauf que cette méritocratie encourage une reproduction sociale «des élites riches et blanches, qui donnent à leurs propres enfants les outils sociaux, le soutien financier et la culture générale nécessaire pour réussir les concours».

La Conférence des Grandes Ecoles a accepté de signer une Charte de l'égalité des chances en Février 2010, promettant d'essayer d'atteindre les 30% d'ici 2012 sous peine de perdre une partie du financement de l'Etat. Mais le New York Times souligne la difficulté «de mesurer la diversité dans un pays où tous les citoyens sont présumés égaux et où il n'y a pas de statistiques officielles sur la couleur, la religion ou l'origine»:

Un objectif ne peut pas être appelé un "quota", sous peine de trop faire penser aux Etats-Unis et à la discrimination positive. A la place, on présume que les citoyens les plus pauvres seront plus divers, avec une bien plus grande proportion de personnes musulmanes, noires, et d'immigrants de deuxième génération.

Les grandes écoles ont peur que ces objectifs sapent l'excellence académique et estiment que ce processus doit commencer plus bas dans l'échelle académique, en aidant des élèves pauvres à fort potentiel à intégrer les classes préparatoires.

Les écoles sont ainsi nombreuses aujourd'hui à suivre l'exemple de Richard Descoings et de son programme pour les lycées en Zone d'Education Prioritaire; mais l'an dernier, Sciences-Po a admis 126 boursiers sur 1.300 étudiants. Toujours bien loin des objectifs souhaités par le gouvernement.

[Lire l'article sur le site du New York Times]

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Photo de une: Entrée Sciences-Po / peco, via Wikimedia Commons

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