Misère de l'économie
Le G20 de Toronto s'est conclu sur un aveu d'ignorance, pourtant, il faut trouver à donner une sécurité dans l'instabilité.
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La question posée par les gouvernements est pourtant simple: faut-il aujourd'hui maintenir l'accélérateur enfoncé ou appuyer sur le frein? Maintenir les plans de relance ou engager l'austérité? Et bien les réponses des économistes sont radicalement opposées: les Américains disent à Barack Obama «relance», les Allemands disent à Angela Merkel «austérité». Comment est-il possible pour une discipline qui s'inscrit crânement dans les «sciences» sociales de ne pas savoir s'il faut aller en avant ou en arrière?
«Faites comme vous voulez»
En 2010, quatre-vingts années après la Grande Crise et des millions de pages savantes écrites sur le réglage de la conjoncture, la macro-économie est toujours incapable de répondre autrement que par des «convictions», keynésiennes pour les uns, ricardiennes pour les autres. Le G20 de Toronto a dû se conclure par un aveu d'ignorance: «Faites comme vous voulez.» Chaque gouvernement a été renvoyé à lui-même c'est-à-dire au tâtonnement, à la conduite au feeling, au «encore un peu de relance mais déjà de l'austérité et on verra en septembre ce qu'il en est». Bref, la politique est face à la misère de l'économie.
Du coup, les marchés ont dicté leur volonté: ce sont eux qui imposent la rigueur, à la Grèce, au Portugal, à toute l'Europe et, demain, à Barack Obama. Ces marchés «savent-ils» mieux? Que nenni: un jour, ils montent les taux pour forcer à l'austérité et le lendemain, comme s'effrayant eux-mêmes, ils craignent que le trop d'austérité ne casse la croissance. Et voilà que les Bourses s'effondrent. Bref, les marchés sont aussi peu dignes de confiance que les économistes.
On dira que ce n'est pas facile. Car tout dépend de la fameuse question de l'«anticipation». Comment les gens vont-ils réagir si un gouvernement annonce la rigueur? Seront-ils effrayés et mettront-ils de l'argent de côté? Ou bien seront-ils rassurés et vont-ils puiser dans leur épargne? Cette question, voilà trente ans qu'elle est au centre des études des économistes: ils sont toujours incapables d'y apporter une réponse claire, «scientifique», qui aide les politiques à choisir.
Changements de paradigmes
Même constat d'ignorance sur l'autre grande question simple posée par le G20: quelle est la bonne finance pour le XXIe siècle? Faut-il une réglementation très serrée des banques et des instruments financiers ou bien est-ce irréaliste et inutile, auquel cas une régulation souple doit s'appliquer? Lisez la littérature économique, vous y trouverez le blanc et le noir, mais jamais de certitudes élaborées, démontrées, irréfutables. Du coup, le G20 s'est désuni et la «régulation financière» que tout le monde dit être urgente depuis deux ans, est renvoyée aux calendes grecques. Chacun fera ce qu'il voudra...
Allons plus loin. Les grandes crises débouchent sur des changements de paradigme. La Grande Dépression a engendré le keynésianisme: un Etat social est utile au capitalisme pour régler le problème précédent de la «demande globale» insuffisante et du chômage. Puis la Grande Inflation (à partir de la crise du pétrole) a légitimé le libéralisme, la déréglementation et la concurrence, comme une bonne réponse au problème précédent d'affaissement des gains de productivité et donc d'inflation. Quel économiste saura trouver aujourd'hui la réponse à la troisième crise en un siècle, la Grande dépression où nous sommes plongés?
Le problème est connu: l'instabilité. Qu'elle s'observe sous la forme des bulles financières, des précarités dans l'emploi ou des divorces familiaux. Les solutions? On ne sait pas. Ce dont on est sûr, c'est que les réponses d'hier ne correspondent plus. Ils faut inventer autre chose. Par exemple le «retour de l'Etat» est une rigolade: les précarités ont grimpé avec les dépenses sociales publiques. Vouloir revenir à l'emploi stable toute la vie est une hérésie mais laisser faire aussi, puisque cela conduit à la fin des classes moyennes, aux troubles sociaux et à une remise en cause populiste de la démocratie.
Il faut trouver à donner une sécurité dans l'instabilité et donc refonder tout le modèle social autour de cette question. En réalité, des économistes ont travaillé sur beaucoup de ces sujets, à commencer par Amartya Sen. Les politiques devraient commencer à moins écouter les anciens élèves manichéens de Keynes ou de Ricardo.
Eric Le Boucher
Photo: I'm thinking of... / Davide Restivo via Flickr License CC by
À LIRE ÉGALEMENT: Un G20 pour rien ; Laissez tomber Keynes, passez à Schumpeter
Chronique également parue dans Les Echos.
Mis à jour le 08/07/2010 à 18h22












![G20, Otan, Europe, Syrie, Iran, ce qui attend François Hollande [Les dossiers du quinquennat] G20, Otan, Europe, Syrie, Iran, ce qui attend François Hollande [Les dossiers du quinquennat]](http://www.slate.fr/sites/default/files/imagecache/bloc-alaune/afghanistan_4.jpg)


































Pas du tout d'accord avec l'article. Le principal responsable de cette crise est justement le keynésiannisme. L'Etat fédéral américain à créé une bulle immobilière qui lui a explosé à la gueule, et accuse ensuite le marché de quelque chose dont il n'est en rien responsable.
Mais bon, accuser le marché d'être responsable des erreurs de l'Etat est une habitude.
Votre commentaire devrait aider M. Le Boucher à comprendre pourquoi l'économie est en situation de misère intellectuelle : la réflexion des économistes procède bien souvent de la récitation d'un catéchisme au plein sens, y compris religieux, du terme (marxiste pour les uns, néolibéral pour les autres - Smith était peut-être un peu plus subtil, lui), et non de l'observation empirique des faits, dans toute leur complexité, sans sélectionner seulement ceux qui arrangent la théorie. Cette attitude n'est pas non plus rare en sociologie : l'économie est sans doute effectivement plutôt une science humaine qu'une science naturelle comme certains économistes le prétendent...
Attribuer à l'Etat la responsabilité de cette crise, au-delà du fait qu'en raison de l'idéologie du marché infaillible et omnibienfaisant il n'a précisément pas exercé ses responsabilités, c'est juste une mauvaise plaisanterie.
En physique, un échec expérimental aussi cuisant aurait ruiné la théorie sous-jacente, parce que les faits sont toujours le seul juge en dernier ressort. En économie, apparemment, on peut continuer avec la même théorie sans même la retoucher. On peut continuer à défendre le collectivisme en dépit de l'échec systématique de ce système. On peut continuer à bâtir des théories sur l'hypothèse que les agents sont rationnels et cherchent toujours à maximiser leur utilité, ce qu'on sait pourtant être faux, ou que les marchés sont infaillibles (on vient d'en avoir une éclatante preuve !). On peut affirmer que la dépense publique est toujours bénéfique alors que les 35 dernières années en France montrent que ce n'est pas toujours vrai. On peut proclamer que le monétarisme est la meilleure des politiques et assure une croissance mirifique alors que cela plombe l'Europe depuis 20 ans bientôt.
Mais interroger ces certitudes, ces théories simples censées s'appliquer en toute circonstance, reviendrait à faire observer à Benoît XVI que la possibilité de la résurrection de Jésus est douteuse...
Et bien justement, une observation emipirique des fait vous aurait montré que le marché est très loin d'être libre, et que l'Etat Fédéral Américain intervient massivement dans le marché immobilier depuis des décennies.
Exemples parmi d'autres :
- Freddie et Fannie Mac, des institutions semi-publiques qui ont financés des milliers de milliards de crédits garantis par l'Etat, dont les fameux crédits subprimes. Le département américain du logement à d'ailleurs imposé à Freddie et Fannie de détenir un important quota de crédits subprimes (je n'ai plus le chiffre en tête). J'ajoute au passage que pendant sa campagne Sarkozy c'était montré très intéressé par ces crédits...
- le Community Reinvestment Act, qui a obligé les banques à baisser leurs critères pour l'admission de crédits, et donc à prêter massivement à des ménages peu solvables
Donc bon, on peut toujours accuser le marché de tout et n'importe quoi, mais les fait sont là.
Mais bon après tout on est en France où le libéralisme a très mauvaise presse (ah oui au fait le néo-libéralisme n'existe pas), ce qui après tout ne me dérangerai pas si il y avait au moins un média ou parti politique à contre courant, mais non. De l'Humanité au Figaro, du NPA au FN, l'anti-libéralisme met tout le monde d'accord.
Je mettrai juste pour finir une vidéo de 10 minutes, d'un économiste libéral américain qui avait prédit cette crise en détail (curieux qu'un partisan des thèses libérales ai prévu cette crises sois-disant due au libéralisme non ?). Regardez là, elle dure juste 10 minutes.
http://www.dailymotion.com/video/xbfmbb_la-crise-etait-elle-inevitabley_news
Le libéralisme, dans l'économie comme dans la vie, c'est une bonne chose : il s'agit d'affirmer la liberté.
Mais comme dans la vrai vie, il faut des lois pour réguler cette liberté (sinon, c'est retour à l'état de nature, avec tout le bordel que ça implique).
Et les lois, ce sont les états qui les font.
Refuser l'intervention de l'état en économie, c'est comme refuser l'intervention de l'état lorsqu'un crime est commis. C'est l'anarchie.
Ironfist (lol) est donc un anarchiste.
Beau syllogisme, non ?
Votre focalisation sur le caractère semi-public de Freddy Mac, élément somme toute anecdotique, est typique de cette sélection des seuls faits qui arrangent la théorie que je mentionnais : vous apercevez un protagoniste qui a vaguement à voir avec l'État, et hop, sans chercher à creuser la complexité, vous tenez votre explication. Mais vous oubliez que ce n'est pas l'État mais des margoulins on ne peut plus privés qui ont cherché à refiler frauduleusement des prêts immobiliers à des gens insolvables et incapables de comprendre ce qu'on leur faisait signer. Vous faites peu de cas de l'incapacité d'acteurs financiers paraît-il autorégulés à faire preuve de la plus élémentaire prudence et qui ont préféré se goinfrer tant et plus. Vous esquivez que ce n'est pas l'État (responsable uniquement parce qu'il a abandonné son devoir de contrôle) mais des banques qui ont inventé tous ces actifs financier poubelles, CDO, CDS et tutti quanti, se montrant de surcroît incapables d'évaluer correctement leur valeur et les risques associés, et ont ensuite pris en otage les États en menaçant de faire s'écrouler l'économie mondiale. Vous passez à côté du fait que si le marché immobilier états-uniens s'est retourné, cela a à voir avec l'asphyxie progressive de l'économie par les prix délirants du pétrole, largement dus à la spéculation d'acteurs financiers qui n'en produisent ni n'en consomment, se contenant d'acheter et vendre du pétrole-papier virtuel comme d'autres jouent au bandit manchot. Et si en France les crédits hypothécaires, qui ne sont jamais que des pyramides de Ponzi géantes, sont interdits, il faut plutôt se réjouir que l'État s'y mêle d'interdire ce qui menace la solidité financière du pays.
De même quand Pascal Salin, zozo libéral prétendument économiste, explique que ce sont les États qui sont responsables à cause d'une politique monétaire par trop laxiste, il omet de préciser que du fait de la dérégulation et de la libre circulation des marchandises, la répartition des revenus et patrimoines est devenue telle qu'elle génère des flots de liquidités venant des super-riches qui doivent s'abattre tels des nuages de sauterelles d'actifs en actifs, générant des bulles, et que seul l'endettement généralisé des Occidentaux, privé ou public, permet de soutenir une demande capable d'absorber l'offre des entreprises et permettre à l'économie de faire semblant de tenir debout ; que de plus la Réserve Fédérale doit régulièrement abaisser encore ses taux pour empêcher le collapsus du système financier suite à la faillite de tel fond spéculatif (au hasard LTCM) ou à une crise monétaire en Amérique Latine ou en Asie due à la libre circulation des capitaux (et oui, miraculeusement, les pays qui continuent de contrôler les flux de capitaux sont plutôt plus épargnés par ces crises à répétition).
Il s'en faut de beaucoup que je sois antilibéral, mais il ne faut pas abandonner pour autant tout esprit critique en décrétant que par principe le marché a toujours raison.
Le titre de l article est un parangon de raillerie.
Le reste de l article est plus fade.
Iron fist n a sans doute pas tort lorsque il prétend que les Etats Unis aiment faire d une pierre deux coups, mais sa remarque nous dirige vers un hors sujet par rapport a l article.
La remarque de Mécenius rattrape cependant complètement la carence de raillerie du texte de l auteur apres son titre:
Un Laic , dit qu une science économique est misérable parcequ on en fait une religion, ce qui tombe bien puisque le politicien a toujours aimé servir un peu d opium au peuple .
(Nb : Si la France n était pas converti à la laïcité , on aurait dit que science économique misérable est une science des concupiscences, a mettre bien sur entre les mains des politiciens pour notre plus grand plaisir ! et au diable la crise/damnation)
Je n ai aucune compétence ou formation en économie, mais je suis effaré par le degré de connivence entre cette "sciences humaine" et la politique,( je suis peut être simplement ignorant ! n hésitez pas a m éclairer ! )
Dans quel mesure un manuel d économie n en devient pas également un manifeste qui annonce nous apprendre ou aider a bien gouverner", ca semble tellement convenable ,
Si j étais chef d état, je voudrais avoir les meilleurs élèves de cette discipline :
pour savoir quoi faire ,
pour que les autres pays savent quoi faire ,
… pour moi !!!!
La sciences économique produit une norme, difficile d ignorer une norme meme sans vouloir la suivre ….
Je n ai aucune compétence non plus sur l épistémologie des sciences économiques ; je sais cependant que les sciences humaines pèchent ( plus que les autres ) sur les garanties d indépendance et d impartialité de leur travaux ,
les sciences économiques ne font sans doute pas défaut à cette règle, mais je crains cependant que la proximité du politique ne doit rien arranger à l affaire,
ou alors peut être que les sciences économiques sont extraordinairement dispensés de ces considérations ? auxquels cas je vous pris encore une fois d excuser mon ignorance.
Si ce n était pas le cas , on pourrait y trouver une piste a propos des dissensions entre économistes allemands et états uniens….
Et d ailleurs a propos , quelque un saurait il m expliquer :
Les théories économiques semblent avoir recours invariablement à des valeurs morales utilisés comme axiomes comportementaux pour leurs modèles statistiques,
On pourrait ensuite bien sur s en servir pour produire un résultat économique ,
Mais pourquoi pas avec, un peu d imagination, s en servir principalement pour induire / promouvoir ( de gré ou de force) les comportement moraux sous tendu par le modèle et qui ne sont pas toujours spontanément présent dans le monde réel, notamment chez le voisin d a coté !.
La deuxième approche me semble avoir des perspectives politiques juteuses : de la coercition morale athée !!! ( nb de la coercition " laïc proof" ! )
Parmi ces deux ou 3 possibilités, expliquez moi laquelle est la bonne façon d utiliser la théorie économique ?,
et si vous y arrivez, pourquoi un politicien choisirait plutôt celle la ?
L'anarchie n'est pas l'absence de règle, c'est l'absence d'autorité unique pour les faire appliquer.
Internet fait émerger de nouveaux modèles de régulation ou plutot d'auto-régulation
Reste à voir jusqu'à quel point on pourra dupliquer ces modèles dans le réel, mais c'est sur qu'on serait bien inspiré... de s'en inspirer.
La question posée par les gouvernements est pourtant simple: faut-il aujourd'hui maintenir l'accélérateur enfoncé ou appuyer sur le frein?
La question s'inscrit elle même dans une conception de l'économie, celle de la synthèse. On veut contrôler l'économie comme on contrôle le débit d'un robinet. Ce faisant, on aggrave les crises. La crise financière provient ainsi de la politique de crédit facile menée par les USA, pour relancer leur économie, après l'éclatement de la bulle internet, et la fin d'un cycle.
Les politiques de rigueur viennent du fait que les gouvernements n'ont pas voulu agir sur les déficits en période de croissance, de peur de ralentir la croissance. Résultat, il n'y plus de marge de manœuvre aujourd'hui, et on se retrouve avec une politique de rigueur en pleine crise.
Le véritable problème de l'économie, c'est qu'elle se veut une science, comme les mathématique, pour répondre à la demande des dirigeants de réguler l'économie comme on régule le débit d'un robinet. Mais on ne peut pas atteindre cet objectif.
Ensuite, les théories économiques mises en avant sont celles qui arrangent. On a remis en avant le keynésianisme, car les keynésiens, qui restent majoritaires, étaient tout content de prendre leur revanche. Puis, le discours de la rigueur est revenu. En fait, nous vivons en accéléré le débat du stop and go des années 1970.
Il n'y a pas de mesure miracle. Les théories libérales ont montré leur efficacité. Le keynésianisme, qui s'inscrit dans l'économie de marché, ne l'oublions pas, son échec. Comment agir sur une économie libérale devrait être la question.
Mais un autre problème va surgir: la sphère politique et l'opinion demandent des solutions de court-terme. Or, une économie, cela se construit. Si on s'est fourvoyé dans une mauvaise direction, il faut nécessairement du temps pour que l'économie se reconfigure et reparte dans le bon sens. Il n'y a pas de miracle en économie.