France

Woerth-Bettencourt: bouclier fiscal et visites en Suisse

Slate.fr, mis à jour le 05.07.2010 à 14 h 37

Lilianne Bettencourt aurait reçu 30 millions d'euros du fisc au titre du bouclier fiscal en mars 2008, rapporte Médiapart (article payant). Le ministre du Budget, ministre de tutelle du fisc, était à l'époque Eric Woerth, déjà ennuyé par l'affaire Bettencourt puisque sa femme Florence faisait partie des gestionnaires de fortune de l'héritière L'Oréal.

L'information a été confirmée à Médiapart par l'avocat de l'ancienne comptable de Mme Bettencourt, qui a affirmé au site: «Le chiffre que vous avancez est tout à fait juste d'après ce que m'a dit ma cliente, qui a arrêté de travailler pour Liliane Bettencourt en novembre 2008».

Cette restitution fiscale est tout à fait légale, mais fait tache quand on sait qu'à cette même période, l'héritière possédait deux comptes en Suisse non déclarés, comme les enregistrements pirates obtenus par Médiapart l'ont révélé.

Eric Woerth était-il au courant de ce versement? D'après un fonctionnaire des impôts, les remboursements supérieurs à plusieurs millions d'euros nécessitent l'aval du ministre de tutelle. Mais dans un communiqué de presse, le ministre a affirmé qu'il n'avait pas «donné son aval»:

Un ministre du Budget n'a pas dans ses attributions de calculer lui-même l'impôt de chaque Français, du plus riche au plus modeste. Si l'administration fiscale considère que les éléments déclaratifs fournis par un contribuable le rendent éligible au bouclier fiscal, elle procède, conformément à la loi TEPA, au versement correspondant. Un ministre du Budget n'intervient en aucun cas dans cette procédure.

Dans tous les cas, l'héritière qui a reçu 30 millions de remboursement n'aurait pas subi de contrôles fiscaux depuis 15 ans, affirme Médiapart, alors que les grandes fortunes sont normalement contrôlées tous les 3 ans.

L'affaire prend également de l'ampleur en Suisse, où un spécialiste des family offices a déclaré à la Tribune de Genève que Florence Woerth se rendait régulièrement à Genève pour Liliane Bettencourt:

Eric Woerth, qui avait fait de l'évasion fiscale sa priorité, nous a longtemps fustigés comme les ennemis numéro un. C'est lui aussi qui, avec Peer Steinbrück, alors ministre allemand de l'Economie, nous a conduits sur la liste grise de l'OCDE, celle des paradis fiscaux non coopératifs. Mais savez-vous qu'au même moment, sa femme Florence, l'une des gérantes de fortune de Liliane Bettencourt, était vue très souvent dans le «family office» de la milliardaire française, qui se situe à deux pas de l'Hôtel d'Angleterre?

Le groupe socialiste de l'Assemblée a déposé une «proposition de résolution visant à faire la lumière sur la gestion du dossier fiscal de Madame Bettencourt». Le député socialiste Jean-Jacques Urvoas publie sur son blog sur Libération.fr la liste de questions qu'il espère voir résolues par cette proposition («M. Woerth est-il intervenu de quelques manières que ce soit -par action ou par omission- pour empêcher un éventuel contrôle fiscal concernant Mme Bettencourt ou la société Clymène?»; «Les liens entre la femme de M. Woerth et Mme Bettencourt ont-ils pu influencer les éventuels choix du ministre du Budget dans cette affaire?»; «Mme Woerth a-t-elle été embauchée par M. De Maistre à la demande du ministre du Budget?» etc)

[Lire l'article sur Mediapart, sur la Tribune de Genève et sur le blog de Jean-Jacques Urvoas]

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Photo: Liliane Bettencourt quitte l'Elysée en 2007, REUTERS/Charles Platiau

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