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Un G20 pour rien

Daniel Vernet, mis à jour le 07.07.2010 à 15 h 38

Après Toronto, la question de la réforme des institutions se pose.

Après chaque réunion du G20, c'est la même question: quelle est la légitimité de ce rassemblement de chefs d'Etat et de gouvernement qui certes représente quelque 80% de la production mondiale mais laisse de côté quantité de pauvres et une poignée de riches? Après la réunion qui vient d'avoir lieu à Toronto, une nouvelle interrogation a surgi: à quoi sert-il? Au plus fort de la crise financière et économique, il avait pu donner l'impression –ou l'illusion– qu'une gouvernance internationale se mettait en place. Entre les pays industriels traditionnels et les Etats émergents, moteurs de la croissance future, l'accord semblait s'être fait sur une stratégie commune qui impliquait une convergence des objectifs et une division du travail sur les moyens de les atteindre.

Rien de tel à Toronto. Au contraire, les divisions et les divergences d'intérêts ont pris le dessus. Et elles ne séparent pas seulement les vieux nantis et les nouveaux riches –«the west and the rest», selon le mot d'un universitaire-diplomate singapourien Kishore Mahbubani, qui a fait florès–, mais les Occidentaux. Entre ceux qui veulent continuer à soutenir la relance de l'économie, même au prix de la dette (comme les Etats-Unis) et ceux qui craignent de ne plus pouvoir maîtriser leur endettement (comme les Européens, dans le sillage de l'Allemagne).

G35 à 40

G20: l'expression elle-même est trompeuse. Ce ne sont pas vingt, mais trente-cinq à quarante participants qui se retrouvent pour ces grand-messes annuelles. La liste des Etats est largement arbitraire, résultat de savants dosages politiques. Dans cet exercice, les Européens se distinguent, non sans mécontenter leurs partenaires. Aux pays qui sont là au titre du G8 s'ajoutent les Néerlandais qu'on ne veut pas brimer, les Espagnols, au titre de la présidence tournante de l'Union européenne, mais de toutes façons, ils réussiraient à se faire inviter, puis le président de la Commission, le président de la Banque centrale européenne et depuis l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, le président «stable» du Conseil européen. Sur la photo de famille, la place qui lui est attribuée par le protocole en dit long sur la considération que le monde entier lui voue: au dernier rang.

Même Nicolas Sarkozy, qui se présentait volontiers comme l'inventeur du G20 –en fait il voulait un G13 ou un G14 sur des critères tout aussi obscurs–, en est revenu. Il privilégie de nouveau le bon vieux G8, les huit pays les plus industrialisés du monde, selon la définition dépassée mais estampillée d'origine. Il va jusqu'à le qualifier de rassemblement de démocraties, ce qui parait bien généreux pour la Russie, qui, depuis feu le président Boris Eltsine, y a gagné une place.

Réformer les institutions d'après-guerre?

«Nous n'avons pas besoin d'un nouveau congrès de Vienne», vient de déclarer le ministre norvégien des Affaires étrangères, Jonas Gahr Store, qui critique le caractère «arbitraire» du G8 et du G20. «Nous ne sommes plus au XIXe siècle, quand les grandes puissances se rassemblaient et redessinaient le monde», ajoute-t-il. Aucun pays scandinave n'est présent dans le G8 ou le G20, alors que la Norvège est le premier pays d'Europe, pour le revenu par habitant. Sa suggestion: réformer les institutions existantes établies au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale (ONU, Banque mondiale, Fond monétaire internationale) pour les adapter à la situation nouvelle. Et s'il faut créer une nouvelle institution pour la «gouvernance économique mondiale», celle-ci devrait comprendre tous les Etats, avec des droits de vote correspondant à leur PNB.

Cette idée créerait peut-être des relations plus équitables, mais elle ne résout pas le défaut principal des organisations de l'après-guerre: des droits qui ne correspondent pas au rapport de forces actuel. Or il s'est avéré très difficile de les modifier parce que les «grands» ne veulent pas perdre leurs prérogatives. La gouvernance mondiale créée après la Deuxième Guerre mondiale était une aristocratie incarnée par le Conseil de sécurité des Nations unies avec ses cinq membres permanents dotés d'un droit de veto. Le G8 et le G20 sont également oligarchiques. Le passage à une vraie démocratie n'est pas pour demain. Et d'ailleurs est-il souhaitable?

Daniel Vernet

Photo: Les chefs de l'Etat et de gouvernement, le 27 juin 2010 à Toronto. REUTERS/Charles Dharapak/Pool

 

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