Et si la marée noire avait été un accident nucléaire
En matière de catastrophes, il faut toujours penser l'impensable.
- Au sein d'une réserve naturelle, un pélican épuisé se débat dans une mare de pétrole, Louisiane, le 5 juin. (S.GARDNER/REUTERS) -
En avril dernier, une explosion à fait vingt-neuf morts dans une mine de charbon de Virginie-Occidentale appartenant à Massey Energy. Dans le golfe du Mexique, la fuite de Deepwater Horizon est allée contaminer les côtes, maculant la Louisiane de sa noirâtre souillure. Ces deux évènements retentissants viennent souligner une même réalité: les énergies fossiles sont de plus en plus difficiles à atteindre, et leur extraction expose à des risques croissants.
Voilà bien longtemps que l'option nucléaire n'était pas apparue aussi attrayante qu'aujourd'hui aux Etats-Unis. Au début de l'année, le gouvernement américain a décidé de financer la construction de deux nouveaux réacteurs dans la centrale de Vogtle, en Géorgie. Ce seront les premiers réacteurs à entrer en fonctionnement depuis 1996; beaucoup d'autres pourraient suivre.
La marée noire renforce-t-elle le nucléaire?
Les catastrophes de la mine Massey Energy et de Deepwater Horizon donnent peut-être raison aux partisans de l'énergie nucléaire... mais elles donnent peut-être aussi raison à ceux qui y sont opposés. Les catastrophes écologiques (comme la récente marée noire) mettent en lumière les problèmes liés à l'exploitation des ressources naturelles. Mais elles nous en apprennent tout autant sur les accidents et les scénarios catastrophes –et ce dernier enseignement est tout aussi inquiétant.
Si vous pensez que la catastrophe du golfe du Mexique est une conséquence du trop grand empressement des compagnies pétrolières, qui forent sans équipement adéquat ni protocole de sécurité suffisants, vous êtes sans doute favorable à un ralentissement de l'extraction des énergies fossiles; peut-être préconisez-vous le passage au nucléaire. Mais si vous pensez que la marée noire n'est pas tant une question de dangerosité de la recherche des énergies fossiles que de bon fonctionnement des mécanismes de sécurité intégrée, vous avez toutes les raisons de douter de l'option nucléaire.
Lorsque j'ai commencé à réfléchir à cet article, je n'aurais jamais pensé écrire cette dernière phrase. Dans mon esprit, l'affaire Deepwater Horizon allait évidemment dans le sens des partisans de l'énergie nucléaire: les images de pélicans mazoutés n'étaient-elles pas, pour eux, la meilleure des publicités? Pensez ce que vous voulez du nucléaire –mais vous conviendrez bien qu'il ne noircit pas les plages.
Et si quelque chose allait de travers?
Le nucléaire ne pollue pas notre air. Il permet à l'Amérique de limiter sa dépendance énergétique. Et maintenant que le réchauffement de la planète est un problème de premier plan, le nucléaire est encore plus attrayant: c'est de loin la plus viable des sources d'électricité ne rejetant par de CO2 dans l'atmosphère. Elle fonctionne sans accrocs depuis bien des années. (En France, 80% de l'électricité produite est nucléaire; on y construit encore des réacteurs –le plus récent a été lancé en 2002).
Au vu de tous ces éléments, on aurait pu imaginer qu'une immense marée noire soit un argument de plus en faveur du nucléaire et contre les énergies fossiles; d'un certain point de vue, c'est bel et bien le cas. Mais il existe une très bonne raison de penser le contraire. Lorsqu'on parle du nucléaire, l'inquiétude première se résume en quelques mots: «Et si quelque chose allait de travers?». Et de fait, Deepwater Horizon nous rappelle que les choses peuvent effectivement aller de travers, de façon inattendue, à des moments inattendus, et que le résultat peut être catastrophique.
David Leonhardt, journaliste au New York Times, a tout de suite su saisir la dimension intellectuelle de la catastrophe. Dans un essai paru dans le New York Times Magazine, il analyse notre propension à sous-estimer la probabilité «des évènements graves qui ont peu de chance de se produire». Les économistes s'intéressent à cette théorie depuis quelques temps. Cette incapacité à prendre au sérieux les scénarios catastrophes est l'une des idées directrices du best-seller économique de Nassim Taleb, «Le Cygne noir».
Pas comparable à Tchernobyl
Les théories avancées dans l'ouvrage de Taleb sont à la mode, mais je n'y adhère pas complètement; en général, ceux qui commencent à prendre les scénarios catastrophes au sérieux ont tendance à surestimer leurs effets potentiels (lorsque les marchés s'effondrent, la Terre ne s'arrête pas de tourner pour autant). Lorsqu'il s'agit d'un accident nucléaire, en revanche, ces craintes sont justifiées: les répercussions d'un tel évènement sont incommensurables. Aussi dramatique que puisse être la marée noire de Deepwater Horizon, on ne peut la comparer à la catastrophe de Tchernobyl (1986); elle a contaminé une zone de près de 1.800 kilomètres carrés, qui demeure inhabitable à ce jour.
Par une triste ironie du sort, la marée noire a récemment éclipsé une nouvelle d'importance: la condamnation de sept responsables d'Union Carbide. En 1984, à Bhobal (Inde), un nuage de gaz toxique s'était échappé de leur usine, faisant des milliers de victimes. L'Occident a pour l'instant été épargné: les pires catastrophes environnementales causées par l'homme –Bhopal, Tchernobyl– ont toujours touché d'autres parties de la planète. On pouvait les mettre sur le compte d'erreurs de gestion, ces pays (l'Inde, l'Union Soviétique finissante) étant coutumiers du fait.
Anticiper le désastre
Mais avec Deepwater Horizon, l'«évènement grave ayant peu de chance de se produire» est à nos portes. Depuis l'accident de la centrale de Three Mile Island (le cœur d'un réacteur avait en partie fondu), une bonne partie des Américains voient le nucléaire d'un mauvais œil. Mais c'était une non-catastrophe. Les systèmes et les protocoles de sécurité ont fonctionné. La fonte du réacteur a été enrayée. Les systèmes de sécurité du puits de Deepwater Horizon n'ont, eux, pas fonctionné. La forte pression a eu raison du puits –mais elle a également eu raison du bloc obturateur, qui était justement censé l'enrayer. C'est tout le problème des systèmes de sécurité de dernier ressort: ils doivent pouvoir faire face aux évènements les plus insoupçonnables, résister aux conditions les plus épouvantables. Autrement dit, ils doivent anticiper les conditions pouvant nous mener au désastre.
Le principe de responsabilité délictuelle –fermement ancré dans le système judiciaire américain– a pour vertu de pousser les sociétés à prendre au sérieux les scénarios catastrophes: leurs intérêts économiques sont en jeu. Mais la tendance à sous-estimer les effets de tels évènements fausse, là encore, notre perception des choses. Les accidents sont non seulement plus fréquents que les gens ne le pensent, mais ils sont également plus graves et plus coûteux que les comptables ne l'estiment –BP vient de l'apprendre à ses propres dépens.
Plafond de responsabilité à 10 milliards
Si j'ai exposé deux points de vue différents sur l'énergie nucléaire en début d'article, c'est parce qu'il est réellement difficile de les départager. Jim Rogers, le directeur général de Duke Energy, a dit un jour qu'il est «impossible d'aborder sérieusement la question du CO2 si l'on ne prend pas le nucléaire au sérieux». Il est vrai qu'à notre époque, les déclarations du PDG d'un groupe spécialisé dans la production d'énergie peuvent (et doivent) être prises avec des pincettes; reste que cet argument ne manque pas d'intérêt.
Mais aussi tentante que puisse paraitre l'offre nucléaire, une question plane toujours: que se passerait-il en cas d'accident? L'énergie nucléaire souffre de ce que l'on pourrait appeler le «paradoxe de la catastrophe»: le scénario catastrophe est si effroyable qu'il est encore plus difficile d'évaluer ses effets et ses répercussions que dans les autres cas de désastres potentiels. Les lois qui encadrent l'industrie nucléaire reconnaissent implicitement cet état de fait: en cas d'accident, le plafond de responsabilité de l'industrie est de 10 milliards de dollars. Or tout le monde sait qu'en cas de réelle catastrophe nucléaire, cette somme ne serait qu'une goutte d'eau dans l'océan. Le coût d'un tel évènement serait tellement élevé qu'instinctivement nous le plaçons dans la catégorie des désastres presque impensables.
C'est précisément pour cela qu'il nous faut y penser.
Mark Gimein
Traduit par Jean-Clément Nau
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Photo: Au sein d'une réserve naturelle, un pélican épuisé se débat dans une mare de pétrole, Louisiane, le 5 juin. (S.GARDNER/REUTERS)
Mis à jour le 03/07/2010 à 18h14










































Bien avant la catastrophe, il y a le quotidien du nucléaire.
Tangible, mesurable, vérifiable (enfin si les autorités veulent bien le permettre).
Ingénieur physicien à l'origine, je n'ai en vérité pendant longtemps que peu remis en question ce qu'on m'avait appris, bien emballé dans le discours scientifique. Sauf que. Il y a les déchets produits au quotidien.
Or pendant qu'Areva prétend recycler 96% des déchets ( http://areva.com/FR/activites-1370/traitement-et-recyclage-des-dechets-nucleaires.html ), le documentaire DÉCHETS - Le cauchemard du nucléaire d'Éric Guéret publié par Arte, nous apprend par exemple que s'il est depuis quelques années interdit de jeter des fûts de déchets au fond de la mer, ce que rejette le tuyau de La Hague dans la mer, s'il était mis en fus, Areva n'aurait pas le droit de le mettre à la mer. Qu'à peine 10% des déchets envoyés en Russie n'est retraité et renvoyé en France.
Ceci pour les déchets les moins dangereux. Pour les déchets hautement radio-actifs, et qui le resteront pour des milliers d'années, on cherche des endroits pour les enfouir.
Oui mais, dans 200 ans ou plus, ces produits seront toujours aussi dangereux. Et nos descendants seront-ils toujours au courant de tous les lieux de stockage ? Nous n'avons par exemple aucune garantie que les nappes phréatiques ne seront pas touchées un jour, dans un avenir où aucun de nous (ni des responsables directs) ne sera plus là.
Bref, on joue aux apprentis sorciers, et on laisse le cadeau empoisonné aux générations futures.
Marc
alors, résumons : grâce aux aides des états, la responsabilité du pollueur (fabricant nucléaire d'électricité) est limitée à 10 Mds $ (aux USA) et 600 millions d'euros (en France)...
Or BP a dû faire un chèque provisionnel de 20 milliards de dollars pour une bête marée noire !
cherchez l'erreur !
le jour où le nucléaire devra payer tous ses coûts (recherche, exploitation, assurances, traitement et stockage des déchets, démantèlement) on s'apercevra avec effroi de la somme !
en termes réels, c'est l'énergie la plus chère à produire...mais elle a un avantage : elle permet de créer des bombinettes qui ne devraient jamais servir !
Le nucléaire est truffé d'un nombre d'inconnues hallucinant, tant en terme de coût que de sécurité.
La réalité est qu'en l'absence d'un nombre suffisant ("statistiquement significatif") de catastrophes, il est impossible de prédire leur probabilité!
Il faut donc s'attendre au pire puisqu'on ne peut pas l'écarter.
Reste à savoir (débat ouvert) qu'est-ce que le pire, et comment le comparer aux dégats de l'exploitation des énergies fossiles (réchauffement climatique, pollution atmosphérique, maladies respiratoires, guerres).
Et concernant le coût, les inconnues sont les suivantes:
- quand on commence à construire des réacteurs on peut difficilement s'arrêter: il faut les entretenir, et l'expérience de l'EPR finlandais prouve qu'en mettant la filière en sommeil pendant 20 ans on doit tellement payer pour retrouver l'expertise qu'on a laissé se perdre qu'on aurait mieux fait de pas s'arrêter.
- alors qu'il y a encore 3 ans il était encore clair pour tout le monde que toutes les centrales françaises devaient être remplacées (cf le débat Sarko-Ségo et sa polémique sur les générations de réacteurs), aujourd'hui il s'agit de prolonger leur vie. Quel est le coût des changements conjoncturels de politique dans une filière dont l'échelle temporelle dépasse de très loin la durée des mandats électoraux?
- quel est le coût de démantèlement d'un réacteur? En France aucun REP (type de la quasi-totalité des réacteurs de production en France) n'a jamais été démantelé, le seul réacteur de ce type qui a été éteint (Chooz A) est en cours de démantèlement depuis 20 ans et le sera 20 ans de plus, alors que c'était un réacteur expérimental, c'est-à-dire qu'il est 5 fois moins puissant que les réacteurs mis en service dans les années 80! Si le temps de démantèlement d'un réacteur est le même que sa durée de vie, on peut craindre le pire pour la quantité de déchets produits et d'argent dépensé!
Le pire c'est qu'avec toute ces considérations, je ne vois pas comment on va pouvoir se passer du nucléaire. Les énergies fossiles sont en train d'atteindre leurs limites, et même tous les efforts du monde en terme d'économie d'énergie dans le logement et tous les investissements dans les éoliennes n'enlèveront rien au fait que notre économie est basée sur la production, et que la production consomme trop d'énergie pour se passer du nucléaire.
Il va donc falloir qu'on fasse du nucléaire, mais qu'on arrête de se voiler la face. Il faut évaluer les coûts de l'ensemble du cycle de vie, ne pas faire comme si le problème des déchets n'existait pas, et assurer à la filière que les changement de mode ne mettent pas en danger le fonctionnement des réacteurs.
Moi j'aime bien le nucléaire... j'aime son électricité assez propre produite en France que nous pouvons exporter.
Hier, sur Arte, il y avait une excellent documentaire sur Tchernobyl qui montrait comment la zone interdite était redevenue sauvage et jouissait d'une biodiversité et d'une santé insolente. Notons aussi, qu'en dehors de cette accident spectaculaire, il n'y a jamais eut d'autre catastrophe nucléaire, ni même de véritable accident grave. On peut aussi mettre en évidence, que cette catastrophe est plus le résultat de la déchéance du système communiste que la nature même de la technologie.
Alors, oui, des milliers de personnes sont décédées dans cette catastrophe. Des milliers d'autres vont mourir. C'est désolant. Mais, les autres énergies, sont elles plus propres ? Moins meurtrières ? Le gaz, le pétrole... moi, je les vois plus meurtrières... plus générateur de guerres.
Deepwater, comme son nom l'indique, c'est sous l'eau, très profond... une centrale nucléaire, c'est en surface. En cas de pépin, c'est plus accessible.
Les déchets nucléaires... OK, ils sont dangereux, pas de discussion la dessus. Mais au moins, si on fait le boulot correctement, on sait ou ils sont. Les déchets des de l’énergie fossile, vous savez où ils sont ? En dehors de dans vos poumons et la couche d'ozone ?
Juste, un mot sur l'hydro-électricité. En dehors du fait qu'ils bousillent totalement le biotope des régions et des mers alimentés par les fleuves sur lesquels ils sont construits, rendent aussi des régions entières définitivement inutilisables. Imaginons un instant que le barrage d'Assouan ou celui des Trois Gorges venaient à rompre, à votre avis, ça ferait plus ou moins de morts que Tchernobyl. Je dis ça, car de plus en plus de sismologues pensent que le poids de l'eau stockée derrière les barrages, pèse sur les plaque tectoniques et déclenche des tremblement de terre.
De plus, mesurez vous l’hypocrisie des occidentaux, qui se vautrent dans l'énergie pas chère et interdisent aux nations "en voie de développement" de s’équiper aussi, au nom de l'écologie. Eux, pour qui, avoir accès à de l'eau potable et un minimum d'électricité pour l'industrie, informatique, lumière, réfrigération, cuisine etc... est un combat de chaque minute.
Je fais la peau rapidement à l'éolien et au photovoltaïque: ces technologies, qui réclament de très importantes surfaces de terrain, produisent très peu d'énergie et ce au mieux, 25% du temps. Il faut aussi dépenser de vaste quantité d’énergie, la plupart du temps fossile, pour les fabriquer et les installer. Un panneau solaire au silicium, c'est une tonne de sable en fusion pendant 48 heures... ça en fait des joules, calorie et KW. Moi, j'attend qu'on me démontre, qu'il faut moins d'énergie pour mettre en place, que ce qu'elles produiront pendant leur vie. Pas convaincu... croire à ces technologies c'est comme croire qu'on peut soigner le SIDA par les plantes. Ceci dit, dans une ferme isolée elles ont leur place, mais pas comme source principale.
Ne soyons pas entièrement négatif, il y a des technologies "vertes" qui fonctionnent très bien : le biogaz et la méthanogénèse, les fours solaires avec turbines à vapeur. Ça marche très bien...
Alors, comme je l'écrivais dans un autre commentaires, il n'y a pas d'énergie innocente, nous devons faire des choix. Moi, mon choix, c'est un oui franc et massif au nucléaire.
Ne dernière chose, je crois d'abord et avant tout aux économies d'énergie: penser non pas de nouvelles sources d’énergie, mais de nouvelles manières d'économiser celle qu'on a déjà.
Les questions ne sont pas :
Pour ou contre le nucléaire ?
Pour ou contre le pétrôle ?
Pour ou contre la finance ?
etc.
Mais plutôt :
Quelles sont les régulations à mettre en place pour vérifier la sureté de fonctionnement des installations nucléaires, pétrolières ou même financières, etc. ?
Sans un minimum de prudence, même remplacer une ampoule c'est dangereux. Par exemple si on a la flemme de couper le contact avant de changer l'ampoule.
A l'échelle de BP, quand on a la flemme de remplacer les vannes ou autres sécurités défectueuses, on se brule (et on brule les autres)...
Bref dans beaucoup de domaine il faudrait créer une véritable industrie de la régulation dont les intérêts financiers seraient inverses aux intérêts financiers de l'industrie à réguler en question (sinon il y a conflit d'intérêt).
Aujourd'hui les industries nucléaires et aéronautiques sont les plus surveillées et les plus sures. Malheureusement, être premier d'une classe de médiocres n'est pas génial.
Donc ces industries ont encore beaucoup à faire pour atteindre un niveau suffisant de sureté. Sans parler des autres industries donc.
H
PS une action qui est montée proportionnellement à l'effondrement de BP c'est Bureau Veritas, le contrôle qualité a de beaux jours devant lui...