Pourquoi LeBron James ne doit pas aller à Chicago

LeBron James le 9 mai 2010 à Boston, REUTERS/Adam Hunger

LeBron James le 9 mai 2010 à Boston, REUTERS/Adam Hunger

Pourquoi vouloir faire jouer ensemble LeBron James, Dwyane Wade et Chris Bosh est une mauvaise idée.

Si l'on en croit certaines sources anonymes, LeBron James serait aujourd'hui disposé à signer avec toute équipe désireuse de lui proposer un contrat. Le week-end dernier, le New York Times, citant un «dirigeant» anonyme, affirmait que James allait jouer avec Chris Bosh à Chicago, et que l'affaire était entendue. Le Plain-dealer de Cleveland (qui prend peut-être ses désirs pour des réalités) affirme quant à lui qu'une «source proche de James» pense que les Cavaliers (de Cleveland) sont toujours ses favoris. La taupe du New York Postune personne proche de James»- déclare que ce sont les Nets qui sont son premier choix. (Mercredi 30 juin, le Post est parvenu à trouver quelqu'un acceptant d'être cité: «Dolly Lenz, agent immobilier de renom» a déclaré au journal que LeBron «semble décidé à s'installer dans le West Village», ce qui signifie qu'il devrait jouer pour les New York Knicks la saison prochaine.) Quant à l'informateur secret d'ESPN, il annonce que Miami «tient à présent la corde» et compte acquérir James, qui jouerait alors aux côtés de Dwayne Wade et de Chris Bosh.

Pour résumer: après des mois de spéculations, tout ce que nous savons est qu'une personne de l'entourage de LeBron adore se payer la fiole des journalistes sportifs. Bon, d'accord, on peut aussi dire que nous avons appris -à compter que ces rumeurs soient fondées- que James a l'intention de former une moitié de «Dream-Team» avec un ou deux de ses coéquipiers de l'équipe olympique. Un tel groupe serait sûrement idéal pour remporter une série de titres, mais LeBron devrait savoir qu'il existe une exception à la maxime américaine qui veut que tout le monde aime le gagnant: lorsque vous gagnez sans mérite, tout le monde vous déteste. C'est pourquoi, ne serait-ce que pour entretenir sa réputation, James à sans doute mieux à faire que de créer une association qui se résumerait à une simple machine à gagner des trophées. Quel mérite aurait une équipe associant James, Wade et Bosh à l'emporter face à des équipes de seconde zone constituées par les joueurs libres de tout contrat et dont personne ne veut?

Les conditions pour créer une Dream Team

Le plafonnement des salaires au sein de la NBA rend presque impossible la constitution d'équipes de superstars -à leur apogée, tout du moins. S'il existe des précédents d'équipe regroupant des joueurs exceptionnels mais vieillissants -voyez les Rockets de Barkley-Olajuwon-Drexle ou Barkley-Olajuwon-Pippen, les Lakers de Bryant-O'Neal-Malone-Payton ou les Celtics de Garnett-Allen-Pierce, certaines conditions doivent être réunies pour associer les meilleurs joueurs de la NBA quand ils sont au sommet de leur carrière. Il faut premièrement disposer d'une quantité d'excellents joueurs en fin de contrat. Il faut ensuite que quelques équipes se séparent de tout leur effectif de joueurs pour pouvoir les acheter. Enfin, il convient que les stars s'entendent pour repeupler un tel champ de ruines, afin de s'assurer qu'un véritable torrent de joueurs de deuxième et troisième catégorie viendra boucher les trous dans les effectifs. Si ces trois conditions s'avéraient réunies, il est difficile d'imaginer qu'elles puissent se reproduire à brève échéance. C'est la garantie d'un championnat intéressant.

Si cela n'est pas souhaitable, il est malgré tout compréhensible que James pousse à la création d'une super-équipe indestructible. Jusqu'ici, dans sa carrière, James a été la victime de l'obstacle le plus insidieux qu'un joueur de basket ait à affronter: des équipiers merdiques. James en est partiellement responsable. Lorsque Danny Ferry était Manager général de Cleveland, les Cavaliers n'auraient jamais rien fait sans l'accord de leur superstar. Le résultat? Des contrats négociés à la va-vite avec Shaquille O'Neal et Antawn Jamison, joueurs finissants qui plombèrent davantage encore les Cavs.

Si l'on prend en compte la part qui fut la sienne dans les misères de Cleveland, un changement de partenariat ne permettra pas à James de gagner des fans ailleurs qu'à l'endroit où il viendra poser ses affaires. La tradition du sport montre qu'un joueur effectuant un mouvement de ce genre n'est compris que lorsqu'il est en fin de carrière. Lorsque Ray Bourque remporta la Stanley Cup avec les Colorado Avalanche après 21 années passées avec les Boston Bruins, les fans de hockey de la Nouvelle-Angleterre et d'ailleurs en furent ravis. Et après avoir passé douze saisons sans rien gagner dans le Minnesota, personne ne fit à Kevin Garnett le reproche de rejoindre les Celtics.

Aveu de faiblesse

Agé d'à peine 25 ans, LeBron est loin d'avoir enduré ce que Garnett a traversé. Changer de ville reviendrait à concéder qu'il n'arrivera jamais à rien tant qu'il restera à Cleveland. Mais rejoindre Bosh et Wade serait pire, et reviendrait à dire qu'il ne peut exploser nulle part. Le fait qu'il soit un grand fan des Yankees est peut-être significatif: la meilleure comparaison qui vient est celle d'Alex Rodriguez, un garçon qui a renoncé à devenir le meilleur joueur du monde pour faire partie d'une des meilleures équipes du monde. Après avoir rejoint New York, A-Rod a fini par gagner le titre de World Series qui lui faisait défaut. Tout le monde le déteste encore aujourd'hui.

La position de LeBron dans la chaîne alimentaire de la NBA est déjà un peu périlleuse: après la finale de la NBA de cette année, Kobe Bryant a été de nouveau universellement consacré comme le meilleur joueur de basket du monde. Mais si Kobe est au-dessus du lot, c'est parce qu'il dispose de l'égo le plus boursouflé de la NBA. En 2004, il a présidé à la destruction des Lakers de Los Angeles, trois fois champions, anéantissant son association avec Shaquille O'Neal au profit d'un one-man-show. Après avoir remporté son cinquième titre -son second après que les Lakers se soient débarrassés de leur loyal pivot- Kobe a atteint son objectif: «remporter un trophée de plus que Shaq.»

Le mérite avant tout

Bien sûr les Lakers ne sont pas véritablement un one-man-show –l'équipe de Kobe a entamé son actuelle série de titres en débauchant Pau Gasol des Memphis Grizzlies. La légende populaire de LeBron James s'appuiera sur l'idée qu'il aura remporté des titres à lui tout seul, quels que soient ses coéquipiers. Une grande partie de la légende Michael Jordan vient du fait qu'il a remporté six titres avec Scott Pippen et une poignée de figurants. Magic Johnson, à l'inverse, est probablement sous-évalué parce qu'il a remporté tous ses titres avec une bonne équipe des Lakers.

C'est pourquoi la meilleure option pour James est intermédiaire, entre l'isolationnisme, avec moins de titres et sans comparses et le court-packing de Roosevelt. (En 1937, FDR avait proposé au Congrès de nommer cinq nouveaux représentants à la Cour Suprême, celle-ci menaçant de déclarer le New Deal inconstitutionnel). Filer à New York ou à Chicago serait une option acceptable -et une opportunité d'échapper aux Cavaliers de l'apocalypse et de repartir a zéro avec une meilleure équipe. Si James, Wade et Bosh décident de bâtir au contraire leur équipe de tueurs, ils ramèneront les titres les plus creux de l'histoire de la NBA. Et ils apprendront alors bien vite que gagner un championnat n'est pas la même chose que de le mériter.

Josh Levin

Traduit par Antoine Bourguilleau

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Photo: LeBron James le 9 mai 2010 à Boston, REUTERS/Adam Hunger

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