France

France, UMP: Nicolas Sarkozy cumule les mandats

Thomas Legrand, mis à jour le 01.07.2010 à 16 h 33

Nicolas Sarkozy, en totale contradiction avec ses promesses, continue d'être le président de l'UMP.

Le président veut remanier le gouvernement en octobre. Et il l'annonce aux députés UMP invités à l'Elysée. Nous avons là encore une fois la manifestation de cet épisode présidentiel à répétition, de cet éternel recommencement. Avec une naïveté, auto-entretenue, pour ne jamais insulter l'avenir, certains commentateurs, dont moi, font régulièrement l'analyse suivante –vous allez la reconnaître:

Nicolas Sarkozy a décidé de se présidentialiser.

Généralement, on dit ça après une défaite électorale (européenne, régionale). Ou après une quelconque déconvenue. On croit deviner que..., on nous laisse entendre que... le président sera moins interventionniste, qu'il prendra de la hauteur, qu'il laissera son Premier ministre ferrailler, bref, il faut bien qu'il y entre un jour, dans ses habits de président. On ajoute généralement –instruit par l'expérience:

Le peut-il seulement?

Et quelques temps après on s'aperçoit (de moins en moins étonné) qu'en réalité il ne le veut pas ou qu'il ne le peut pas. La distinction est plus d'ordre psychologique que politique et sort donc de mes compétences. Encore une fois, nous en sommes là...

Nicolas Sarkozy ne prend pas la hauteur promise et continue de recevoir les députés de la majorité pour leur donner la marche à suivre, c'est-à-dire qu'il continue à se comporter en chef de la majorité. Dans ce qu'il a dit mercredi aux députés UMP, on retient qu'il compte remanier le gouvernement en octobre. Mais ce qui est beaucoup plus significatif, c'est que le président dise: «Je ne demanderai pas à Eric Woerth de démissionner de son poste de trésorier de l'UMP.» Nicolas Sarkozy est donc président de l'UMP. Je sais, ça paraît étrange de s'en étonner encore, plus personne ne le souligne, parce que ça s'est, paraît-il, toujours fait... En réalité, ça n'a jamais été à ce point-là. Et c'est surtout en contradiction radicale avec ceci:

Le président de la République, c'est l'homme de la Nation, ce n'est pas l'homme d'un parti. Je veux être le Président de tous les Français.
Nicolas Sarkozy, pendant la campagne de 2007

Figurez-vous que c'est le même discours que tout le monde cite en ce moment, vous savez celui dans lequel il dit qu'il veut une «république irréprochable».

Le candidat disait donc que le président n'est pas l'homme d'un parti. Et devant les parlementaires d'un parti, le président justement a aussi dit ceci mercredi. Je cite encore:

Il y aura une réorganisation de l'UMP et du gouvernement après la réforme des retraites, en octobre.

Donc la gestion de l'UMP apparaît comme une question du même ordre que la composition d'un gouvernement ou la réforme des retraites. On est là à l'exact opposé de la promesse d'avril 2007. Tout ça a bien sûr des conséquences en termes de déséquilibres institutionnels. Jean-Pierre Raffarin parlait, il y a quelque mois, d'impasse institutionnelle. Cette façon de refuser de se situer «au-dessus des partis» pour reprendre une expression célèbre du général de Gaulle, a des conséquences sur le climat politique en général et sur l'état de crispation de la société. En ce moment, par exemple, Nicolas Sarkozy, chef de l'UMP, apparaît comme étant celui qui est responsable et même commanditaire du cumul tant décrié entre les fonctions de ministre et de trésorier d'un parti. Il ne peut pas, en conséquence, jouer son rôle de président, un peu éloigné de ces contingences, qui, pour résoudre une crise, romprait de façon arbitrale un silence imposant afin de demander à son ministre de se mettre en conformité avec la déontologie élémentaire qui doit régner dans un gouvernement. Ce pouvoir-là, le pouvoir du sage, le pouvoir d'apaiser la société, le pouvoir de dénouer les crises politiques, Nicolas Sarkozy se le retire tout seul en s'obstinant à rester, contre la logique des institutions et contre l'esprit de sa campagne électorale, président de l'UMP.

Thomas Legrand

Photo: Nicolas Sarkozy le 30 juin 2010 à l'Elysée. REUTERS/Philippe Wojazer

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