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Le blues du joueur de golf français

Yannick Cochennec, mis à jour le 02.07.2010 à 11 h 53

Malgré la remarquable deuxième place de Grégory Havret à l'US Open, le golf de haut-niveau peine à prendre son envol en France.

Le désormais célèbre bus de l'équipe de France de football a conduit nos Bleus dans le fossé du ridicule. Il a fait une autre victime: le golf français, écrasé sous les roues de la polémique.

Le dimanche où le pays glissait dans une douce folie médiatique à cause de nos mutins en crampons, Grégory Havret, 391e mondial et issu des qualifications, terminait deuxième de l'US Open sur le parcours terriblement compliqué de Pebble Beach, en Californie, en dominant, s'il vous plaît, Tiger Woods qui jouait dans sa partie le dernier jour.

Jamais un Français n'avait atteint un tel classement dans ce tournoi du Grand Chelem. Hélas, personne, ou presque, n'a remarqué ce résultat historique complètement balayé par le vent de folie venu d'Afrique du Sud. Le golf tricolore n'a tristement pas été payé en retour de cette performance de premier plan.

Cette semaine, toutefois, il a l'occasion de se rattraper à l'occasion de l'Open de France, disputé du 1er au 4 juillet au Golf National de Saint-Quentin-en-Yvelines. Grégory Havret en sera, comme tous les meilleurs Français, sans oublier quelques-unes des meilleures gâchettes mondiales représentées par les Britanniques Lee Westwood, Luke Donald, Ian Poulter et Rory McIlroy, le prodige nord-irlandais, les probables fers de lance européens lors de la prochaine Ryder Cup, jouée en septembre au Pays de Galles.

Le parcours de l'open de France candidat à la Ryder Cup

L'Open de France a des arguments sonnants et trébuchants pour composer un plateau aussi relevé. Il offre l'une des meilleures dotations sur le Vieux Continent avec quelque 3 millions d'euros, en baisse, crise oblige, de 25% par rapport à 2009. Cette épreuve est la vitrine du golf français et elle se doit d'être plus que jamais impeccable dans le cadre du dossier de sa candidature à l'organisation de la Ryder Cup en 2018. Dans huit ans, ce célèbre match Europe-Etats-Unis sera disputé, en effet, dans l'un de ces cinq pays: France, Allemagne, Espagne, Portugal ou Pays-Bas, sachant que le pays hôte sera désigné en 2011.

Même si le golf se porte de mieux en mieux dans l'hexagone avec quelque 400.000 licenciés recensés, la tenue de la Ryder Cup au Golf National de Saint-Quentin-en-Yvelines serait un événement mondial susceptible de faire progresser davantage cette discipline sur une terre qui, et ce n'est pas offense de le dire, n'a jamais fait pousser un champion.

Dans l'histoire du golf, un seul Français a enlevé un titre du Grand Chelem, Arnaud Massy, vainqueur du British Open en 1907. Depuis, trois secondes places ont seulement égayé le palmarès tricolore: Jean Van de Velde (British Open 1999), Thomas Levet (British Open 2002) et donc Grégory Havret (US Open 2010). C'est évidemment très pauvre comparativement aux nations britanniques, mais aussi à l'Allemagne et l'Espagne qui ont notamment pu compter sur des stars comme Bernhard Langer, Severiano Ballesteros et Jose-Maria Olazabal.

Le golf est un sport à forte densité concurrentielle. Actuellement, aucun Français n'a sa carte sur le circuit américain, le plus côté au monde, et doit donc se «contenter» du circuit européen, moins prestigieux, mais néanmoins relevé où des joueurs comme Thomas Levet, Raphaël Jacquelin, Christian Cevaër, Grégory Bourdy ou François Delamontagne tirent parfois leur épingle du jeu.

Pourquoi le golf français échoue-t-il à produire un ou des champions, celui ou ceux capables de déclencher un véritable engouement? Par nature, le champion reste un être exceptionnel, sorte de miracle mystérieux qui ne s'explique pas. Au tennis, Roger Federer et Martina Hingis ont offert à la Suisse deux des joueurs les plus talentueux de l'histoire moderne sans que l'on puisse écrire que ces deux prodiges doivent leur réussite au système de formation local qui serait supérieur à tous les autres. L'un et l'autre ont réussi à transcender leur destin avec leurs dons.

Un oiseau rare

En golf, la France n'a pas eu la chance de tomber sur cette espèce rare alors que l'Italie, également en retrait, semble avoir trouvé cette pépite en la personne de Matteo Manassero qui a passé le cut du dernier Masters à seulement 16 ans - du jamais vu à Augusta.

D'autres explications, plus objectives, peuvent être retenues. Le sport ne fait pas partie de la culture française et le golf encore moins que bon nombre d'autres disciplines. Même si le plus vieux parcours date de 1856 (Pau), le golf a tardé à creuser un sillon populaire en restant trop connoté «sport de riches». C'est encore le cas dans de nombreux esprits alors que des barrières sont tombées avec le temps avec la diffusion notamment d'un matériel financièrement plus accessible dans certaines grandes surfaces spécialisées.

Il n'en demeure pas moins que pour jouer au golf, il faut, c'est vrai, quelques moyens qui freinent son développement sachant que, là encore, la Fédération Française de Golf a mis en place certains programmes adaptés pour s'ouvrir au plus grand nombre. Elle vient de présenter, par exemple, un projet du type 100 parcours inspiré de l'opération 5.000 courts qui avait accompagné la croissance du tennis en France.

Contrairement au tennis, longtemps catalogué discipline bourgeoise et devenu deuxième sport en France avec un peu plus d'un million de licenciés, le golf n'a pas eu la chance non plus de bénéficier d'un boom comme celui connu par le tennis au milieu des années 70 grâce à la figure christique de Björn Borg, puis dans les années 80, d'un Yannick Noah.

Le Suédois est devenu l'une des premières stars internationales du sport à la fois en raison de ses résultats mais aussi de son look qui a séduit et suscité des passions chez les jeunes. Avec, pour la France, la chance de pouvoir s'appuyer sur un événement comme Roland-Garros pour accélérer son essor avec le pouvoir de la télévision publique qui a ouvert largement ses antennes aux retransmissions.

«Engrenage positif»

Le Borg du golf, Tiger Woods (bien plus que Jack Nicklaus), n'a émergé que tout récemment, avec cette notable différence que ses exploits, contrairement à ceux du Suédois jadis, sont confinés à Canal Plus et aux chaînes spécialisées, à des heures souvent indues pour pouvoir susciter des vocations de fans.

Pour beaucoup, en France, le golf reste un sport carrément invisible. La presse quotidienne évite aussi de s'appesantir sur le sujet.

Mais le tableau n'est heureusement pas si noir. Il y a quelques mois, la France a pu ainsi se féliciter de compter un n°1 mondial dans ses rangs avec Victor Dubuisson, 20 ans. Certes, il ne s'agissait que du classement amateur, mais cette hiérarchie a récemment distingué un garçon comme Rory McIlroy. Victor Dubuisson est un «produit fédéral» qui a pu compter sur l'aide de la Fédération. Depuis 2005, en effet, cette dernière a changé totalement de politique pour favoriser le passage de ses plus sûrs espoirs vers le monde professionnel. Elle a commencé à investir sur ses talents, hier un peu livrés à eux-mêmes. Dubuisson a su en profiter.

Dans quelques semaines, cet espoir aura le privilège de pouvoir disputer le British Open, tournoi jusqu'auquel le neveu de l'ancien basketteur, Hervé Dubuisson, conservera son statut d'amateur avant le début de la grande aventure professionnelle. «J'espère que Victor fera mieux que nous, car il peut maintenant prendre le bon wagon, emmagasiner l'expérience que nous mettons du temps à avoir, disait Thomas Levet voilà quelques mois dans les colonnes de L'Equipe. Des jeunes qui montrent le bout du nez, l'intégration du golf au Jeux Olympiques en 2016, la possibilité que la Ryder Cup 2018 se déroule en France, c'est bon pour la motivation de tout le monde. L'engrenage est positif!»

Il ne manque plus que le résultat qui « changerait » tout...

Yannick Cochennec

Photo: sernier jour de l'US Open 2010, Grégory Havret et Tiger Woods. Hans Deryk / Reuters

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