La France n'obéit pas aux marchés mais fait ce qu'ils demandent
Pourquoi Paris sauvera son triple A.
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Depuis Démosthène, rien n'a changé: la politique est d'abord l'art de la parole. Les discours sont peut-être d'une qualité littéraire plus faible aujourd'hui qu'au IV° siècle avant J.-C., mais ils restent le premier levier de l'action gouvernementale. On en a une nouvelle illustration avec le débat sur le redressement des finances publiques et cette rigueur dont il ne faut pas prononcer le nom.
Depuis que ce dossier est ouvert, le Premier ministre François Fillon manifeste des dons pour l'euphémisme d'autant plus surprenants qu'il n'avait pas hésité antérieurement à employer un langage franchement brutal en parlant d'une France «en faillite». Abordant la question des déficits à Epinal, le 3 juin, il affirme ne pas céder aux «diktats des spéculateurs et des marchés», mais rappelle qu'il est «dangereux d'ignorer les avertissements». Autrement dit, la France n'est pas aux ordres des marchés, elle fera de son plein gré ce qu'ils lui demandent de faire... Ce n'est pas la même chose!
Donc, sans le dire, la France adopte la rigueur, essentiellement parce qu'elle a peur de perdre la note AAA accordée par les agences de notation à sa dette publique. Plus ou moins ouvertement, l'argument est constamment présent; c'est pour cette raison, par exemple, qu'il faut avancer au plus vite sur la question des retraites. François Fillon est revenu sur le sujet le 25 juin: «Ce qui est en jeu, c'est la crédibilité financière de la France, c'est la qualité de notre signature, donc le niveau auquel nous empruntons et c'est ultimement, au fond, une part de notre souveraineté». «La politique de la France ne se fait pas à la corbeille», comme disait Charles de Gaulle, mais elle ne doit surtout pas décevoir les investisseurs internationaux. Quand ce n'est pas M. Fillon, c'est Mme Lagarde ou M. Baroin qui se chargent de faire passer le message.
Les exemples grec ou espagnol sont là pour le rappeler: une baisse des notes entraîne automatiquement une hausse des taux d'intérêt à payer et un alourdissement de la charge de la dette qui se compte rapidement en milliards d'euros. Toute la question est de savoir si la France est vraiment menacée et s'il est nécessaire d'agir dans l'urgence. La multiplication des plans d'austérité, qui ont gagné aussi le Portugal, le Royaume-Uni et l'Italie, peut le laisser croire: quand tout le monde annonce des mesures, celui qui ne fait rien risque d'attirer sur lui l'attention fort peu bienveillante des agences de notation et des marchés. Et Mme Merkel ne nous aide pas.
Pourtant, quand on regarde les choses de plus près, on ne voit pas les marchés s'agiter autour de la France. Or, les agences de notation agissent rarement avec une grande prescience: en général, elles abaissent les notes quand la confiance dans un pays est déjà chancelante et que les marchés n'attendent plus que ce signal pour déclencher les hostilités. Dans le cas de la France, on ne constate aucune attente fébrile. Au contraire, à chaque vague de défiance envers les dettes publiques, les investisseurs achètent de la dette française comme ils achètent de la dette allemande ou néerlandaise et les taux à long terme français ont plutôt tendance à baisser. Le problème est que l'Allemagne inspire encore davantage confiance et que ses taux baissent plus vite; donc l'écart entre les deux pays s'est élargi. Mais, quoi qu'on en dise à Matignon, la France n'est pas encore considérée comme un pays en faillite.
Le plus étrange dans cette affaire est d'ailleurs la tendance des Européens en général à adopter l'attitude contrite du pécheur qui bat sa coulpe sur la place publique. Avons-nous, dans la zone euro, péché plus que les autres? «Aujourd'hui, constate Bernard Aybran, directeur de la multigestion chez Invesco Asset Management, la zone euro est l'une des moins endettées des économies occidentales, qu'il s'agisse de la sphère privée ou de la dette publique. A l'avenir, les besoins de financement de la zone euro devraient également être moindres que ceux des autres grandes régions».
De fait, nos chiffres se comparent avantageusement à ceux des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Mais c'est à nous d'abord que l'on demande de faire pénitence. En cas de problèmes, ce sont toujours les faibles qui paient. Et l'euro, monnaie d'une zone, a des faiblesses que n'ont pas le dollar et la livre, qui sont des monnaies d'Etat. C'est sans doute ce qui explique que nous tenions autant compte des «avertissements» des marchés, de nouveau tout puissants.
Gérard Horny
LIRE EGALEMENT: L'euro est-il condamné?, La crise après la crise: la déconstruction européenne et Derrière la rigueur, la réinvention de l'Etat social.
Image de Une: Le parquet de la Bourse de New York Keith Bedford / Reuters
Mis à jour le 01/07/2010 à 14h48













































Bien que dans le fond l'article est correct je pense qu'il faut apporter qques precisions...
1) Bien que les agences de notations "agissent rarement avec une grande prescience" leur action (en particulier un downgrade) peut avoir des consequences enormes (bcp de fond de gestion ont des regles qui les obligent a detenir des bond note au dessus d'un certain niveau)
2) Il est vrai que lors des vagues de defiance envers les dettes publique la France n'est pas la plus maltraitee, de la a dire que les investisseurs achetent de la dette francaise c est tendencieux, voire faux (Les investisseurs connaissent une tripotee de pays plus "sains" que la France en europe, Allemagne et la Hollande en effet mais aussi l'Autriche, le Danemark, la Finlande, la Suede ou encore la Suisse)
3) Si la France est loin d'etre en situation de faillite, il faut tout de meme admettre que les couts d'emprunts ont explose! Sur le marche des CDS, de 5 a 10bp en 2007, on est passe a 20 en 2009 et on en est a 90 aujourd'hui ce qui est considerable!
Sans doute avez-vous raison, et c'est tant mieux !
Il n 'en reste pas moins que le dernier chiffre de la dette publique française qui vient de tomber, s'élève à 1 535,5 milliards d'euros, soit 80% du PIB, contre 78% fin 2009, ce qui reste tout de même préoccupant.
Dans ces conditions il semble que ce soit de la saine gouvernance que de prendre les devants, en appliquant une certaine politique de rigueur, plutôt que d'attendre que les agences de notation ne nous tombent dessus.
Le terme "diktat des créanciers" est plus juste que "diktat des marché". Le marché de la dette est une place sur laquelle se rencontrent des vendeurs et des acheteurs de dette, comme sur un marché de campagne entre le producteur et l'acheteur de légumes.
Les marchés ne sont que l'expression des volontés de nos créanciers. Que nous leur ayons abandonnés une partie de notre souveraineté n'est pas une surprise et était prévu depuis de nombreuses années : Cela fait 35 ans que nous n'avons pas eu un exercice budgétaire positif.
Le France n'a pas qu'un problème d'endettement, elle surtout montré son incapacité à se réformer. La réforme c'est avant tout l'adaptation au monde tel qu'il est en dehors de nos frontières. La France à montré son incapacité à s'adapter à l'évolution du monde. Ce qui n’est pas le cas du Royaume-Uni ni des Etats-Unis.
Bref, il nous reste 2 choix: Refuser la règle du jeu mondial, fermer nos frontières et vivre en autarcie. Ou accepter ces réformes toujours repoussées.
La réforme des retraites échouera. La France aura montré une fois de trop son incapacité à se réformer. Nous perdrons notre triple A, ce qui déclenchera un plan de rigueur encore plus austère que ce que nous commençons à entrevoir.
Le France n'a pas qu'un problème d'endettement, elle surtout montré son incapacité à se réformer. La réforme c'est avant tout l'adaptation au monde tel qu'il est en dehors de nos frontières. La France à montré son incapacité à s'adapter à l'évolution du monde. Ce qui n’est pas le cas du Royaume-Uni ni des Etats-Unis.
L'Amérique a une dette extérieure et privée supérieure à la notre, l'Angleterre a une dette extérieure supérieure à la notre; c'est quoi ces réformes géniales que le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont su accepter pour s'adapter à l'évolution du monde ?
https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/rankorder/2079rank.html
Passer de la critique à la proposition est toujours un exercice difficile.
Tout d'abord selon l'indicateur que vous nous proposez la dette rapportée à la population (60 M de Français / 300 M d’Américains), la dette française est 2 fois la dette américaine. Mais Je faisais référence au RU et aux USA uniquement parce que cités à la fin de l'article. Les marchés pensent que le RU et les USA ont certe une forte dette mais un potentiel de croissance supérieur à celui de la France.
Les réformes nécessaires sont donc celles qui orientent l’économie française vers la création de richesse., la croissance. Ce sont celles qui orientent les déficits publics vers l’investissement et non vers la dépense du tout venant. Ce sont celles qui visent à créer plus d’activité économique, à orienter le pays vers le travail.
Avec les 35 heures les français ont décidé d’aller vers la société des loisirs au détriment de la société du travail. c'est un choix tout à fait respectable. Mais personne n’a réfléchi au coût de cette société du loisir, ni au fait que si vous échangez les hausses de salaires provenant de l’amélioration de la productivité contre du temps, alors vous avez plus de temps libre, mais moins de richesse. Et la richesse ne sert pas qu’à verser un salaire ou un dividende. En France, pour 50%, elle sert à payer les services publics et les services sociaux.
Ces préambules passés, les réformes nécessaires sont principalement guidées par l’Optimisation des dépenses de l’état afin de baisser la pression fiscale sur le travail et redonner de la fluidité à la France :
=> Augmentation de la flexibilité des personnels de l’état et des collectivités, au travers de l’unification de toutes les fonctions publiques.
=> Introduction de mesures de productivités dans les services de l’état pour s’assurer que chaque Euro prélevé sur la richesse du pays est utilisé au mieux.
=> Améliorer les process internes des administrations dans un objectif d’augmenter les personnels actifs et diminuer les personnels de soutient sans diminuer la qualité des prestations offertes.
=> Création d’un régime de retraire unique et augmentation de la durée de cotisation, plus juste que la seule augmentation de l’âge de départ.
=> Décentralisation, création de centres autonomes et indépendants au niveau régional afin de donner plus de flexibilité aux actions menées.
=> Suppression des 35 heures (mesure tellement géniale que l’ensemble des autres pays développés se sont empressés de l’adopter).
Déjà, si on fait ça, on diminue les déficits, on augmente la richesse produite et l’efficacité de la dépense publique. Si vous voyez d'autres mesures, je serais heureux de pouvoir compléter cette liste.
"La réforme des retraites échouera" ??
Ce n'est pas une réforme, c'est du foutage de gueule caractérisé. Il n'y a donc pas échec, mais pleine réussite, on se fout bien de nous avec cette modification de la loi sur les retraites, succès total pour Sarkosy. (clairement, par contre, ça ne résoud pas le problème des déficit du système de retraite. Mais était-ce vraiment l'objectif du ptit chef ?)
Cher constructif, la solution est très simple : revenir sur les baisses d'impôts de la droite depuis 8 ans. Moins de flics, moins d'armée, et plus de social. Et imiter les USA (les Français vivant à l'étranger paient leurs impôts en France...)
(oui, je sais, mais Didier Porte s'est fait virer, alors j'essaie de le remplacer comme chroniqueur ultra-gauchiste... le pouvoir Sarkosyste me déprime de plus en plus !!)
Vous avez raison il faudra revenir sur une grande partie des baisses d'impôts depuis 8 ans. Mais cela ne suffira pas. Si notre pays était réputé pour sa sous-imposition, ça se saurait.
Vous avez raison, il faudra une réforme des retraites bien plus importante afin de couvrir tous les besoins de nos chers et toujours plus nombreux retraités. Mais cela ne suffira pas à couvrir nos déficit et à payer les intérêts de notre dette (dont 50% est versé à ces chers retraités au travers de leur assurance vie).
Il faudra en plus tailler dans les dépenses. Moins de flics, pourquoi pas. Moins de militaires, pourquoi pas. Il faut juste être conscient des conséquences à long terme de ces choix. Certainement plus d'infirmières (et d'infirmier aussi) pour soigner ces chers et toujours plus nombreux retraités. Mais il faudra surtout moderniser les services centraux des différentes administrations, et tailler dans leurs coûts de fonctionnement pour baisser l’ensemble de nos dépenses.
Plus notre notation sera basse et plus la purge sera terrible. Plus les Français s’arc-bouteront contre ces réformes et plus notre note sera basse. Et nous perdrons notre triple A à la rentrée lorsque devant la pression populaire et les grèves à répétition, le gouvernement reculera sur les retraites.
Ceci dit, rien de nouveau. Ça fait 10 ans que beaucoup le pensent. La crise à juste avancé l’échéance de 5 ou 6 ans. Lisez le résumé de ce bouquin paru en 2006:
http://www.amazon.fr/jour-o%C3%B9-France-fait-faillite/dp/2246711215
Les agences de notation, et leurs fameux "Triple A" ont depuis la crise, montre leur incompetence. Il ne faut pas attendre qu'ils abaissent leur notation pour agir, j'ai meme envie de dire : il ne faut pas en tenir compte!
Oui, il faut reformer, il faut de la rigueur, il faut prendre conscience de tout ca et arreter de nous mener en bateau, et les marches feront ce qu'on leur demande : ils suivront les resultats economiques et politiques.
Ces agences sont la pour "noter", elles ne sont pas la pour gouverner! Les marches sont la pour permettre des echanges monetaires, ils ne sont pas la pour gouverner nos politiques!
Il me semblait que c'etait la lecon premiere de la crise, mais 2 ans apres, nos politiques sont encore a genoux devant ces fameux experts economiques, specialistes du "Triple A".
C'est marrant quand meme, ce "Triple A", nous on le connaissait dans les brasseries, toujours addosse au mot "Andouilles".
Je crois que la boucle est bouclee....
C'est vrai, les agences de notation ne sont pas là pour gouverner. Mais les gens qui nous prêtent de l'argent pour finir nos fins de mois se réfèrent à cette note pour fixer le prix que nous devons leur payer. A nous de nous délivrer de la pression ces créanciers.
Oui, le thermomètre que sont les agences de notation a montré son incompétence. Mais si le thermomètre n'est pas compétent, cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de fièvre sur notre dette. En réalité nos politiques ne sont pas à genou devant les agences de notation. Ils sont à genou devant nos créanciers qui se référèrent aux agences de notation et nous prêtent de l’argent au travers des marchés.
N’oublions jamais que même si nous supprimons les marchés et les agences de notation, nous avons toujours besoin d’emprunter 100 Md € supplémentaires (hors crise) tous les ans pour payer nos fins de mois.